auteur
Etienne Melvec

Du même auteur

> article suivant

La chaîne de football idéale

> article suivant

Le FC Néant de Waldemar Kita

> article précédent

La Gazette, numéro 83

> article précédent

Anelka : anathème… moi non plus

Humain, trop humain

Est-ce que ce sont les journalistes qui signent les lettres de licenciement des entraîneurs? Le procès fait à Luis Fernandez jusque sur ces pages est significatif de ce que le foot français est incapable de supporter chez un homme sincère et entier.
Partager

On a vu ces derniers temps, non sans quelque surprise, Les Cahiers du football s'aligner sur l'ensemble de la presse et particulièrement sur celle qu'ils critiquent le plus. Le Parisien et les CdF, même combat? Est-ce le signe d'un embourgeoisement, d'un manque d'imagination, d'une "professionnalisation" rampante qui verrait les auteurs des leçons de journalisme sportif les mettre eux-mêmes en application? Ces questions se posent au moins pour le traitement du mandat de Luis Fernandez au PSG. Il semble clair que Pierre Martini, qui rime pour cette fois avec Karim Nedjari en dépit de ses tentatives pour se démarquer, considère que l'entraîneur du Paris Saint-Germain a dépassé son seuil de compétence. Il l'a certes affirmé plus tôt que ses "confrères" (voir le début de ce procès, en janvier dernier), et plutôt moins hypocritement, mais il y a quelque chose de désolant à voir les Cahiers se joindre à une campagne désormais proche du succès. Naissance de la tragédie La meute est lâchée, il suffit pour le constater de jeter un œil sur les Unes de ce dimanche ou de ce lundi, qui excèdent largement le seul souci informatif pour s'emparer avec une évidente jubilation de l'échec programmé de Luis Fernandez. Programmé, car si l'on prend un petit pas de recul, il faut bien constater le rôle actif des médias dans cette campagne de dénigrement, de même que leur façon de déclencher autoritairement le compte à rebours. Il y a de quoi se demander si la mise en scène médiatique de la "crise" ne serait pas, en fait, le principal déterminant de cette éviction éventuelle. Il semble qu'un club aussi exposé que le PSG ne peut tout simplement pas survivre à une pression qui, avec un tel actionnaire majoritaire, dégringole directement depuis ses propres structures. Mais si les mauvaises passes du club parisien se reproduisent à une fréquence aussi élevée, c'est peut-être en raison de son incapacité à les gérer sans céder aux sirènes du remaniement. Mon collègue parlait de "prophétie auto-réalisatrice", il est plus simple et plus justifié d'y voir surtout le pouvoir de nuisance démesuré des médias spécialisés. La lecture de l'article de Jérôme Touboul dans L'Equipe de ce dimanche, intitulé "La fin du règne de Fernandez", donne l'impression surréaliste que le rédacteur est le véritable patron du club parisien (ou plutôt son liquidateur), dont il signe le dépôt de bilan et explique péremptoirement les raisons de l'échec. La figure de la "crise de novembre", crise automnale ou hivernale (on ne sait plus trop et l'on n'en vérifie même pas l'authenticité), avait idéalement servi à préparer le terrain pour en faire une pente douce et savonneuse. Les tensions — réelles ou imaginaires — entre l'entraîneur et son joueur vedette ont été minutieusement avivées ou inventées, pour en faire la preuve de l'incompétence du coach, et surtout pour miner son autorité au sein du groupe et sa popularité auprès des supporters. Restait à enregistrer une série de contre-performances pour prononcer la sentence, et celles-ci se produisent toujours au "pire" moment pour le PSG (rappelons un Sedan-PSG qui avait opportunément coûté sa place à Bergeroo). Que cette série compte finalement trois défaites à l'extérieur dont deux contre Lens et Monaco importe peu, de même que le fait que le PSG ne soit qu'à sept points du leader, devant Lens et Bordeaux. Ecce homo Mais laissons de côté l'appréciation des résultats — non sans avoir souligné qu'il est un peu absurde de vouloir tirer des leçons définitives d'un classement provisoire — afin de se demander plutôt pourquoi Fernandez attire autant les critiques et quelle espèce d'homme il est pour mériter ça. La première question invite de nouveau à s'interroger sur le mépris spécifique dont sont victimes tous les entraîneurs dont l'élocution est soit difficile, soit pittoresque: Jacquet, Lemerre, Santini en en fait les frais, avec une constance qui signale le mépris de classe latent des lettrés que sont des journalistes, face à ces parvenus que sont certains entraîneurs. D'autres articles sur ces pages ont déjà évoqué cette tendance à postuler qu'un technicien s'exprimant laborieusement est forcément un imbécile — surtout s'il a le toupet de résister au quatrième pouvoir. En y réfléchissant, on reproche à Fernandez d'être celui qu'il est. N'est-il pas un peu idiot d'attendre de lui qu'il organise son équipe comme un stratège italien, qu'il renonce à ses coups de bluff et de gueule, à ses gesticulations? Comment croire qu'il pourrait réussir autrement qu'en étant totalement lui-même, obsessionnel, excessif, contradictoire, tel qu'il a remporté ses succès précédents? Dès lors, lui reprocher sa façon de procéder revient à mener un procès de personne. Et justement, qui est Luis Fernandez? Ceux qui ont vu sa prestation à l'émission "En aparté" sur Canal+ ce week-end n'auront pu qu'être frappés de la profonde humanité de cet homme, dont les propos sur les "banlieues" ont montré à quel point il était loin du poujadisme à la Lebœuf. Fernandez, c'est cet entraîneur qui se prend peut-être la tête avec ses joueurs, mais qui les défend corps et âme. C'est ce manager auquel on reproche d'avoir pris toutes les responsabilités au PSG, comme ses homologues français qui à l'étranger reçoivent tous les éloges. C'est cet entraîneur qui éprouve pour son club un attachement viscéral et sincère. C'est enfin un entraîneur qui réussit une alliance rarissime avec les supporters. N'est-il pas fondamentalement triste de voir cet homme échouer, ou être poussé à l'échec? Didier Deschamps a eu cette jolie phrase à propos de son confrère : "Il donne le meilleur de lui-même pour son club". Pas sûr que cela soit très rentable dans le football contemporain. Fernandez dérange trop de conventions du milieu, et il n'est pas très surprenant qu'il suscite autant d'acharnement et d'espoirs placés en son échec. Les fossoyeurs doivent cependant rester sur leurs gardes. Les inconvénients d'un limogeage doivent apparaître de plus en plus nettement aux dirigeants, avec des espoirs de réussite très incertains. Homme de "coups", Fernandez est encore capable d'emmener ses joueurs à une victoire hautement symbolique contre Lyon ce mercredi, et d'inverser durablement la tendance. Et indépendamment de toute préférence pour le PSG, cela constituerait un vrai bonheur de voir les experts et les prophètes une nouvelle fois renvoyés à leurs études.
Partager

> déconnerie

La Landrenka

> sur le même thème

Fernandez déjà sur la corde raide

> du même auteur

L'officiel sur la tête

Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


Christophe Kuchly
2021-01-28

Du pétrole, mais pas assez d'idées

[Le procès du football français] Bénéficiant d'exceptionnels gisements de jeunes joueurs, la formation française doit se réinventer pour se remettre à niveau, sans négliger ses points forts. 


Christophe Kuchly
2021-01-28

Les clubs ont perdu la vision

[Le procès du football français] Le modèle économique des clubs français les oblige à vendre leurs joueurs, au détriment de leurs performances. Mais il ne justifie pas leur manque de projet sportif. 


Christophe Kuchly
2021-01-26

Entraîneurs français : un ministère sans identité

[Le procès du football français] Le procès de la médiocrité du football français commence par celui des entraîneurs: largués techniquement, dépourvus de philosophie, enfermés dans des modèles périmés? 


>> tous les épisodes du thème "Le jeu, les joueurs, les entraîneurs"

Le forum

Gerland à la détente

aujourd'hui à 02h37 - Hyoga : Il Capitano03/03/2021 à 12h54Dans l'absolu, qu'on investisse pour que l'entreprise OL ait des... >>


Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 01h43 - Gouffran direct : Un bon 0-0 à Dijon serait un excellent résultat en l'état des choses.Par contre ça va être un... >>


Le fil de butte avec ses potes en croco

aujourd'hui à 01h29 - Rolfes Reus : Ça fait deux matchs que je ne regarde pas, coïncidence ? Plus sérieusement je ne comprends pas... >>


Le fil dont vous êtes le héros

aujourd'hui à 00h44 - Autant en emporte l Owen : [Ligue des branquignols, Ronde 5]???: khwezi (khwezi_cdf) - M.Meuble (MMeuble)Jeudi 19h : Autant en... >>


Foot et politique

aujourd'hui à 00h41 - matthias : Utaka Souley03/03/2021 à 23h06matthiasaujourd'hui à 22h14Quand t'es en colère, tu devrais... >>


Paris est magique

aujourd'hui à 00h14 - L'amour Durix : C. Moa03/03/2021 à 21h17(Je donne ce point à n’importe quel club tant qu’il n’a pas le «... >>


Les jaunes, héros zen

03/03/2021 à 23h55 - lalizou : Et on ne peut même pas virer Kombouaré car les Rénés nous ont volé le prochain de la liste.... >>


Les Princes de Louis II

03/03/2021 à 23h53 - Le Meilleur est le Pires : D'autant plus frustrant ce but que pour avoir vu Delaine à Bordeaux (pour Metz) dimanche, je l'ai... >>


Tout en haut du Nou Camp

03/03/2021 à 23h17 - Lionel Joserien : Oui il leur aura seulement manqué un Barça - Real. >>


Et PAF, dans la lucarne !

03/03/2021 à 23h04 - KL : Danishos Dynamitosaujourd'hui à 16h35En bref, je dirais que la série n'aura jamais été géniale... >>


Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)