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Joseph Alfonsi

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Pas d'OM sans casser des oeufs

Anelka entre chien et loup

Tour à tour qualifié de "start up" du football, de caractériel irascible, de flop de l’année, de dépressif léthargique, Nicolas Anelka n’a cessé de susciter les commentaires les plus acerbes. A la veille d'un Euro qui éclairera peut-être sur sa valeur réelle, ses difficultés madrilènes trahissent-elles seulement une immaturité temporaire, ou bien un talent gravement surestimé?
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Seul l’avenir saura nous éclairer. A une époque où tout semble décidément aller très (trop?) vite, sans doute avions nous mis la charrue avant les bœufs, en oubliant qu’en dépit d’une saison prometteuse à Arsenal, Anelka n’était encore qu’un espoir du football. En faisant de lui une star avant l’heure, le monde du ballon rond frappé de déraison endosse sans équivoque la paternité de ce feuilleton laborieux.
La presse n’est pas en reste, plus encline au sensationnalisme qu’au recul et à la réflexion. Les excès se nourrissent les uns des autres dans une spirale dommageable pour tout le monde.
Si les émoluments mirifiques de la nouvelle recrue pouvaient légitimement donner à réfléchir sur l’évolution inquiétante des mœurs de ce sport, la focalisation systématique sur l’aspect financier du transfert aura constitué le premier obstacle à une intégration sereine du Français. A force de rappeler et de rabâcher ce qu’il avait coûté à son nouveau club, Anelka n’était plus simplement jugé à l’aune de ses seules prestations mais au rapport qualité-prix supposé de celles-ci. Or, qu’il s’agisse d’un joueur confirmé ou d’un stagiaire débutant, on sait qu’une période de transition est souvent nécessaire lors d’un transfert, a fortiori lorsque celui-ci s’accompagne d’un tel changement culturel. Rançon de la gloire donc, la mansuétude élémentaire qui s’impose en pareils cas, Anelka n’y aura pas eu droit. A ce prix, les performances devaient être garanties. Cette impatience a immédiatement trouvé un écho auprès des socios, lesquels, habitués aux grands joueurs, eurent sans doute du mal à digérer la facture devant les piètres prestations de l’enfant prodige annoncé.
S’imposer dans un grand club n’est jamais chose aisée aujourd’hui tant la concurrence est sévère. La pression est forte naturellement. Dans le cas d’Anelka, celle-ci est vite devenue insupportable à un joueur dont on a que trop oublié qu’il n’était encore qu’un gosse.
Il n’est pas dans nos intentions d’exonérer Anelka de ses torts. Que ce soit par ses attitudes ou ses déclarations, le Français a fort logiquement prêté le flanc à la critique. Il a d’ailleurs travaillé, depuis, à amender son comportement. Mais au-delà de ce qui peut apparaître comme un caprice de diva, en se demandant publiquement pourquoi l’équipe ne joue pas pour lui, Anelka met bien involontairement en exergue les incohérences d’un système: en raison précisément de la somme astronomique de son transfert, ce dernier n’est-il pas fondé à attendre que l’équipe soit organisée autour de lui? Autrement dit, n’est-il pas contradictoire de mettre en péril les finances d’un club en s’attachant les services d’un joueur, si celui-ci n’est pas destiné à constituer la clé de voûte d’une organisation? Aussi dérangeantes que soient ces prétentions dans un sport où il est admis que ce sont les individualités qui sont au service du collectif et non l’inverse, la requête de l’attaquant a le mérite du bon sens. D’autant plus que cette démarche a maintes fois prévalu dans le passé et continue habituellement de prévaloir, à Milan avec Van Basten, à Barcelone avec Ronaldo, à Marseille avec Papin, à Newcastle avec Shearer etc.
Cette polémique souligne fort à propos le danger des recrutements plus spectaculaires que judicieux, pour lesquels les entraîneurs ont rarement leur mot à dire, face à des présidents moins soucieux de cohérence et d’efficacité que de prestige. La folie des grandeurs est rarement bonne conseillère.

Mais voilà qu’après le désamour, vient le temps de la réconciliation. Allègrement honni par tout un peuple, Anelka est en passe d’incarner à lui tout seul le renouveau, à la faveur de deux buts décisifs, qui suffiraient presque à justifier le prix de sa venue. C’est que la vindicte est aussi féroce qu’oublieuse. En présence de Roger Lemerre, les deux matches du français lui garantissent d’ores et déjà un billet pour l’Euro.
Peut-on pour autant en déduire qu’Anelka a définitivement acquis une stature internationale? Incontestablement, le jeune joueur confirme son gros potentiel. Puissance athlétique, accélérations fulgurantes, présence physique naturelle (cf. son but de la tête à Munich), Anelka est solidement armé pour faire la différence devant, ce qui, pour un attaquant, constitue une qualité fondamentale. Ses performances londoniennes, facilitées il est vrai par un marquage moins rigoureux que sur le Continent, au cœur de défenses réputées plus perméables, semblent pouvoir être reproduites ailleurs. Lancé dans le dos des défenseurs, Anelka a démontré qu’il était bien, dans cette configuration, un joueur redoutable. C’est un atout fort appréciable pour l’équipe de France, notamment dans des matches où l’on mènerait au score, lorsque les espaces ne manquent pas de se créer.
Mais autant la critique sait se montrer intransigeante, autant elle se contente de très peu pour encenser au-delà du raisonnable, à la première occasion. Car, en dehors de ses deux buts (ce qui me direz-vous est déjà très bien), le jeu d’Anelka laisse parfois perplexe.
Est-ce le fait d’une condition physique encore précaire, d’un défaut de rythme bien compréhensible ou d’une nonchalance naturelle, Anelka ne semble pas toujours jouer dans le même registre que ses partenaires. Ce qui fait dire aux observateurs les plus attentifs, parmi lesquels Marco Simone, qu'il semble parfois passif sur le terrain, voire amorphe. Tout cela tranche bien évidemment avec le football vivace pratiqué par les autres attaquants du Real qui se trouvent, eux, les yeux fermés. Ainsi a-t-on pu remarquer, à plusieurs reprises au cours du match aller contre le Bayern, un Nicolas Anelka quelque peu en décalage, parfois même à contre-jeu. A sa décharge, on pourra avancer qu’en raison du peu de matches disputés cette saison, il est normal que les automatismes ne soient pas parfaits. Ou bien faut-il déceler dans ces "absences" passagères une réelle capacité à se faire oublier, comme pour mieux exploser au moment propice. Cette éventualité dénoterait un sens tactique insoupçonné, digne des buteurs de légende.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre: le Français possède une considérable marge de progression dans le jeu.
Une fois digérées les péripéties qui ont miné une saison qu’il doit s’empresser d’oublier, et pour peu que nous voulions bien faire fi de l’étiquette-prix apposée sur son dos, Nicolas Anelka devrait à présent s’épanouir.

Feu de paille ou future grande star, l’énigme Anelka demeure pour le moment. Restent une finale de Ligue des Champions et un Championnat d’Europe pour faire taire les derniers sceptiques et lancer véritablement une carrière qui vient de connaître, cette année, un raté à l’allumage dont le football aurait dû faire l’économie.

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