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Rémi Belot

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« À la fin, c'est l'institution OM qui tranche »

Il y a un an et demi, nous rencontrions Andoni Zubizerreta. Il nous avait parlé de son poste de directeur sportif et de sa manière de travailler… 

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L'entretien était paru dans le numéro 2 de notre revue, et le désormais ex-directeur sportif de l'OM avait évoqué le métier de gardien, le Pays basque, la sélection espagnole (lire l'autre extrait mis en ligne), mais aussi de sa conception de la direction sportive du club sudiste. Ses propos ont quelques résonances aujourd'hui…

 

 

 

 


On arrive à prendre autant de plaisir en tant que directeur sportif qu'en tant que footballeur?

 

Non, pas du tout. Le jeu, c'est de l'émotion, de la tension, de l'adrénaline, de la prise de responsabilités, le bonheur de gagner, la tristesse de perdre… Tout cela, c'est le terrain qui te le donne, d'une manière très directe. Et tu n'as aucun moyen de te cacher. C'est valable pour le football, mais aussi pour tous les sports, d'ailleurs. Un tennisman comme Rafa Nadal est seul avec sa raquette sur un court: s'il perd, il n'y a aucune excuse, car sur un terrain de jeu, il n'y a personne derrière qui se cacher. Quand tu gères une équipe, gagner un titre va évidemment te procurer des émotions, mais rien d'aussi fort que lorsque tu es sur le terrain. Jamais.

 

Comment êtes-vous arrivé à Marseille?

 

Après avoir quitté le Barça au début de l'année 2015, j'ai eu plusieurs propositions, mais aucune n'était vraiment satisfaisante. Et puis on m'a proposé le challenge de l'OM, à l'automne 2016. Pour moi, l'OM, c'était d'abord le club qui avait joué deux finales de Ligue des champions au début des années 90: j'avais gagné celle de 1992 avec le Barça, eux avait perdu celle d'avant contre l'Étoile rouge de Belgrade, et gagné celle d'après contre le Milan. Cela représente quelque chose, même si je n'ai jamais affronté l'OM à cette époque. Et puis, j'avais d'anciens coéquipiers qui avaient évolué ou vécu ici, comme Michel par exemple. L'idée m'a séduite, et j'ai rencontré Jacques-Henri [Eyraud] à Paris, qui m'a expliqué le projet. Cela m'a semblé intéressant, et je dois dire que l'idée de revenir aux affaires, et de vivre une nouvelle expérience à l'étranger, après celles vécues à l'Athletic Bilbao et au Barça, me plaisait assez. Sans compter qu'il n'y avait pas de projet équivalent en Espagne. Et puis je suis basque, alors j'avais quelques facilités avec la langue française. Bref, cela me semblait une façon intéressante de sortir de ma zone de confort, de découvrir une nouvelle culture, et d'apprendre de nouvelles façons de travailler.

 

« Le propriétaire peut être étranger, tant qu'il s'implique dans le club, qu'il est préoccupé par son développement… »

 

À Marseille, il y a un propriétaire américain dans un club français, et donc un directeur sportif espagnol. Cette mondialisation du football, vous l'analysez comment?

 

C'est particulier pour moi, parce que les deux clubs dans lesquels j'ai travaillé précédemment, l'Athletic et le Barça, sont tous deux détenus par leurs socios. Cela m'a amené à travailler à chaque fois avec des gens de la «maison», comme Pep [Guardiola] ou Tito [Vilanova] [1]. Mais il faut reconnaître que ce sont deux contextes assez particuliers car dans le football d'aujourd'hui, on travaille à une autre échelle. Bien sûr, le football doit garder des attaches locales: quand tu es à Marseille, tu mesures l'importance d'un stade comme le Vélodrome et ce qu'il représente pour les gens. Mais la diffusion du sport est plus globale. Selon moi, cette globalisation n'est en soi ni bonne ni mauvaise. Le propriétaire peut être étranger, tant qu'il s'implique dans le club, qu'il est préoccupé par son développement…Et c'est le cas ici à Marseille, avec l'idée de mettre en place un musée, des dispositifs qui permettent la croissance du club. Évidemment, il faut savoir s'adapter. Avec Rudi [Garcia], nous sommes arrivés quasiment en même temps, et il a fallu un temps de calage sur les méthodes, la langue… Il faut avoir une certaine flexibilité dans son mode de fonctionnement pour que cela marche, et c'est le cas chez nous.

 

Quand on parle de l'OM, on pense forcément à la très forte identité que véhicule ce club. Comment travaillez-vous à l'échelle locale?

 

Je raconte souvent cette anecdote: quand je suis arrivé, l'une des choses qui m'a le plus surpris s'est produite lors d'un de mes premiers déplacements, à Lorient. Nous avions marqué le premier but, et la moitié du stade s'était levée pour le célébrer. Alors que nous étions à l'autre bout de la France, bien loin de la Méditerranée… Marseille est plus bien plus grande que les limites de la ville! Il faut avoir cela en tête, même si une partie importante de notre projet est de tisser de fortes relations avec le tissu régional. Cela implique à la fois une forme de responsabilité sociale, mais aussi de proximité avec les acteurs locaux. Nous avons établi vingt-et-un accords avec des clubs du secteur, mais il y en a plus de quatre-vingt dans le coin. Nous apprenons à fonctionner avec eux, et à voir ce qu'il est possible de développer. Cela n'avait encore jamais été fait ici, donc on apprend petit à petit. À Bilbao, cette démarche existe depuis cinquante ans…

 

« Quand je suis en visite à l'étranger et que je parle du club, je n'ai pas besoin d'en faire des tonnes sur l'OM »

 

Vous disiez il y a quelques mois, dans le Journal du dimanche, que l'OM devait trouver sa place sur le marché des transferts à l'international. Quelle est la méthode?

 

Eh bien, c'est d'avoir de la personnalité! Dans un monde globalisé, la meilleure façon de se distinguer, c'est de rester soi-même. À savoir un club et une ville qui aiment le football, qui véhiculent de la passion. Que ce soit positif ou négatif, la passion qu'il y a ici à l'OM, cette chaleur, c'est quelque chose que les joueurs apprécient, de savoir qu'il y aura 55 ou 60000 spectateurs à chaque match pour t'encourager. Ici, le football est un élément de débat quotidien: quand tu vas au restaurant le lundi, tu vas toujours trouver deux ou trois supporters qui vont venir te parler du match du week-end. Et je crois que cela nous a beaucoup aidés la saison passée. Bien sûr, nous avons raté la qualification en Ligue des champions, mais malgré tout, la saison a été très bonne, avec cette finale d'Europa League, alors qu'aucune équipe française – et c'était déjà l'OM – n'y était parvenue depuis quatorze ans. C'est le genre de choses qui permettent de te distinguer. Quand je suis en visite à l'étranger et que je parle du club, je n'ai pas besoin d'en faire des tonnes sur l'OM. Expliquer le projet, oui, bien sûr. Mais la ville, la passion, le stade Vélodrome, l'ambiance: tout ça, les gens l'associent naturellement à l'OM.

 

Et ça suffit à convaincre un grand joueur de signer au club?

 

(rires) Il faudrait déjà m'expliquer ce qu'est un grand joueur!

 

Disons qu'avec l'inflation des prix des transferts, cela semble difficile d'attirer de très bons joueurs alors que l'OM n'est pas parvenu à se qualifier pour la Ligue des champions…

 

La première chose à faire, c'est déjà d'évaluer sur quel marché tu peux te positionner. Évidemment, si tu as dans l'idée de convaincre Messi de venir, ça va être compliqué, sachant que seul le Barça est capable de lui assurer à la fois ce salaire et cet environnement sportif… Mais cela ne doit pas t'empêcher d'être exigeant, et nous travaillons sur la frange haute, c'est-à-dire les dix-quinze meilleures équipes européennes. L'autre élément à prendre en compte, ce sont les opportunités du marché: il y a des joueurs pour qui le salaire est important, mais il y a aussi ceux qui ne trouvent pas leur compte sportivement dans leur club, ce qui les incite à aller voir ailleurs. Quand un joueur a trois ou quatre propositions financières équivalentes, il va se décider en fonction d'autres éléments. Sans compter l'argument sentimental sur lequel il est aussi possible de jouer: il y a un enfant qui sommeille dans chaque joueur de foot! Enfin, il y a la renommée de ton championnat. Et je pense que la Ligue 1 attire aujourd'hui beaucoup plus l'attention qu'il y a quelques années.

 

« Nous ne travaillons avec aucun des "grands" agents du marché, comme Mino Raiola ou Jorge Mendes »

 

Comment travaillez-vous avec les agents? On dit que certains ont beaucoup de pouvoir…

 

À l'OM, nous travaillons uniquement avec les agents des joueurs que nous voulons. En clair, une transaction va dépendre de l'agent dont dispose le joueur, pas des joueurs dont dispose un agent: ce n'est pas du tout la même chose! Nous n'appelons jamais un agent pour savoir quel joueur il peut nous fournir. Notre méthode, c'est de définir les postes auxquels on a besoin de renforts, d'observer les joueurs sur le terrain, et c'est à partir de cela que nous ciblons nos recrues potentielles. Sur les vingt-sept contrats pros de l'effectif, je crois que, de mémoire, nous travaillons avec vingt-cinq agents différents. Et il me semble que nous ne travaillons avec aucun des «grands» agents du marché, comme Mino Raiola ou Jorge Mendes. Cela ne veut pas dire que nous ne travaillerons jamais avec eux, mais ce n'est pas le cas pour le moment.

 

 

 

 

Les gens pensaient que vous alliez faire bénéficier l'OM de votre réseau en Espagne, mais ça n'a pas été le cas. Pour quelles raisons?

 

Évidemment, je connais les joueurs, je connais les agents… Mais je vais retourner le problème: figurez-vous qu'au Barça, on a tendance à dire que le marché préférentiel doit être la Ligue 1. Et bien à l'OM, le marché préférentiel devrait aussi être la Ligue 1. Même si cette année, il est vrai que nous n'avons pas fait signer de joueur français. Mais au fond, qu'importe la nationalité: nous faisons venir les joueurs qui nous intéressent, d'où qu'ils viennent. C'est le principe de mondialisation dont on parlait tout à l'heure… Un joueur comme Rami a beau être français, il a passé une bonne partie de sa carrière en Espagne. Et cette année, on a fait venir un Néerlandais qui a longtemps joué en Italie. Franchement, recruter espagnol, cela ne m'obsède pas. L'important, c'est d'abord de faire venir de bons joueurs.

 

On peut parler de votre relation avec Rudi Garcia? À une époque, la rumeur prétendait que ça ne se passait pas très bien entre vous.

 

Oui, tout le monde a toujours un avis, de l'extérieur (rires). Il y a quelque chose de très hiérarchique dans les méthodes de travail en France: il est souvent question de savoir qui donne des ordres à qui. Moi, je réponds toujours la même chose: l'important, c'est de bien travailler ensemble. Savoir qui décide n'est pas un sujet: à la fin, c'est l'institution OM qui tranche, et les contrats sont signés par le président. Personnellement, je n'ai pas d'autre objectif que de voir l'équipe bien jouer et gagner des matches. Mon boulot, c'est de proposer les meilleurs profils possibles à Rudi. Je n'ai jamais eu pour ambition de remplacer l'entraîneur.

 

Propos recueillis par Rémi Belot, photos Valentine Vermeil.

 

[1] Les deux joueurs, formés à la Masia, ont entraîné le club pendant la période où Andoni Zubizarreta en était le directeur sportif.

 

  

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