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Christophe Zemmour

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Messi à la Masia

Zanetti sans bavure

Passe en retraite – Cette fois, la page se tourne : à quarante ans, Javier Zanetti a raccroché les crampons. Tentons de lui rendre un peu du respect qu’il a donné au football.

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Javier Zanetti, c'est d'abord une coupe de cheveux. Une raie sur le côté immuable, un rabat convexe, la signature d'un homme et d'un joueur à la fois rigoureux et élégant, tel un acteur américain des années 50. Une coiffure qu’il a toujours voulu garder parce qu’elle faisait sa patte, et que seuls ses enfants sont autorisés à toucher. "Je suis quelqu’un de méthodique dans tout ce que je fais. Sentir mes cheveux en place me donne confiance. C’est une question d’image, mais aussi de caractère." Le charismatique numéro 4 nerazzurro aura finalement été bien loin de ces Angels with Dirty Faces [1], du surnom donné à ses compatriotes Omar Sívori, Antonio Angelillo et Humberto Maschio, devanciers exilés en Italie en 1958. Non, lui aura été un ange véritable, de visage et de cœur.

 

Javier Zanetti 

 

Fidèle et humble

C'est l’un des derniers représentants d’une génération de joueurs argentins ayant suscité l’affection sans parvenir à être sacrée, qui a enfin tiré sa révérence, à quarante ans. Au bout d’une carrière qui le rattache viscéralement à l’Inter Milan, bien qu’il ne fût pas le seul club de son long parcours professionnel. Il rejoint la Lombardie après trois premières années passées au pays entre 1992 et 1995, aux CA Talleres et CA Banfield. C'est d'ailleurs Angelillo, alors recruteur en Amérique du Sud pour l'Inter, qui le repère et le convainc de signer pour le club de Moratti.
 

Il fait preuve de discrétion et d'humilité dès ses débuts chez les Nerazzurri: "Quand je suis arrivé sur le balcon, les fans n’en croyaient pas leurs yeux. Je venais juste de passer au milieu d’eux, et ils n’avaient aucune idée de qui j’étais. Pas même le vigile à la porte." Il s’était également présenté devant la presse, un sac en plastique à la main, une paire de chaussures à l’intérieur. Quand on lui demande de choisir une voiture, il décide de prendre une BMW. Cela le gêne, puisqu’il redoute de donner "un faux message" à ses coéquipiers. Il est alors rassuré lorsqu’il constate que son véhicule est "le plus moche de tout le parking".
 

À l’arrivée de José Mourinho en 2008, il est mis en concurrence avec tous ses coéquipiers, tout Zanetti qu’il est. Javier accepte, fait le dos rond et regagne petit à petit, grâce à son professionnalisme et son exemplarité, son statut de titulaire et de capitaine. Le Special One devra alors le reconnaître: “C’est une force de la nature, ils ont dû se tromper sur sa date de naissance et son passeport.” Il soulève, portant son sempiternel brassard jaune, la C1 en 2010, à trente-six ans. Enfin, après toutes ces saisons à voir son Inter dans l’ombre de la Juve et du Milan, avant que le scandale du Calciopoli ne redistribue les cartes.

 

Une belle et increvable mécanique

Une discipline qui le conduira même à aller faire un footing le jour de son mariage, juste après avoir échangé alliances et vœux avec son épouse Paula. “Si j’avais dû m’énerver à chaque fois que Javier partait s’entraîner, j’aurais été amère chaque jour de ma vie depuis mes quatorze ans.” Comme ce voyage en famille en Turquie, pour lequel elle avait malencontreusement réservé un hôtel sans salle de sport et où elle avait alors dû servir d’haltère improvisé, positionnée sur les épaules de son mari. Un goût pour le labeur qu’il entretient depuis ses seize ans, quand il aidait son maçon de père, ”partant du bas pour atteindre le sommet”.
 

Pourtant pas gâté par dame nature à l’origine, contrairement à ce que pense le Mou, avec notamment de sérieux problèmes respiratoires durant son enfance et une éviction du centre de formation d’Independiente en 1989 – car jugé trop faible physiquement –, Zanetti aura su, grâce au travail, façonner et conserver une hygiène de vie et une condition physique qui lui auront permis un tel rendement et une telle longévité. Il fait un retour après sa blessure au tendon d’Achille en 2013, finissant sa carrière un an plus tard. Il avait alors juste besoin de “changer les pneus après avoir parcouru tant de kilomètres”. “Partir à quarante ans est un sentiment inestimable. C’est le bon moment pour le faire. Est-ce que j’ai désormais peur? Non, il n’y a aucune peur.
 

La mémoire retiendra sûrement du Trattore (tracteur) ses grandes chevauchées sur le côté droit, faites avant tout d’assurance, d’intelligence et d’équilibre, plus que d’envolées techniques superflues. Cela ne l’a pas empêché de signer deux buts mémorables en 1998, le premier au Parc en finale de la C3 face à la Lazio Rome, le second 544 kilomètres plus au sud, concluant du gauche la magnifique combinaison sur coup franc permettant à l’Argentine de revenir à 2-2 contre l’Angleterre. Polyvalent, performant aussi bien en défense qu’au milieu, Zanetti était un joueur infatigable, propre et simple, anticipant, lisant, taclant, offrant une de ces solutions sur lesquelles tout entraîneur espère compter. Il aura notamment reçu, en plus de 1.100 matches, à peine 66 avertissements et… 3 expulsions, dont la seule en Serie A aussi tardivement que lors de la saison 2011/12.

 

Admiré de tous

Comme d’autres, il aura eu une relation quelque peu malheureuse avec la sélection. Bien que recordman des sélections (145 capes), il rate les coupes du monde de 2006 et 2010. Surtout, il est de ces nombreuses finales malheureuses, aux JO d’Atlanta de 1996, lors des Copa América de 2004 et 2007 perdues face au rival brésilien, encore bourreau en 2005 en Coupe des Confédérations. Mais il en reste une icône, un soldat exemplaire. “Depuis mon enfance, mes parents m’ont appris à tout donner dans tout ce que j’entreprends. La notion importante est la ‘responsabilité’.
 

Au moment de laisser les clefs de la maison à Erick Thohir, Massimo Moratti confiait que Zanetti, qui fut sa première recrue, aurait même pu devenir “président de l’Inter” sous son régime. L’actuel patron l’a nommé vice-président pour les deux ans à venir et a décidé de retirer définitivement son numéro 4. Dans un rôle actif et non purement honorifique: “Un nouveau monde s’ouvre à moi et ça m’excite. Il y aura mille choses à faire.” Zanetti continue donc de servir le club, étape par étape, comme quand il fut "la bonne personne pour prendre le brassard" après Giuseppe Bergomi, de l’aveu même de l’intéressé.
 

Quoi de plus normal finalement, quand on a connu la “légende”, comme son contemporain et homologue respectueux Francesco Totti l’a qualifié: “Les joueurs comme Javier ne sont pas juste des symboles ou des emblèmes qui représentent un club pendant des années. Ce sont aussi de vrais champions qui resteront dans l’histoire du sport pour leur comportement, leur professionnalisme et évidemment leur attachement au maillot. Pupi, je t’embrasse et je te remercie pour tout ce que tu as fait pour le football. Tu es une légende pour nous tous.” Il n’y a rien à ajouter.


[1] De l’éponyme film de gangster de 1938 avec James Cagney et réalisé par Michael Curtiz. Le prochain ouvrage de Jonathan Wilson sur l’histoire du football argentin, prévu pour janvier 2015, portera également ce titre. 

 

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