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Matchbox : Pays-Bas-Russie, 1-3. Tout ce que l’Europe compte de fans de foot salivaient à l’avance devant cette affiche. L’étourdissante sarabande russe face aux contreurs fous...
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Buts : Van Nistelrooy (86e). Pavluchenko (56e), Torbinskiy (112e), Arshavin (115e)

Tout ce que l’Europe compte de fans de foot salivait à l’avance devant cette affiche. L’étourdissante sarabande russe face aux contreurs fous néerlandais, sortis du groupe de la mort avant autant de facilité qu’Hercule des enfers, laissant derrière eux des Cerbère français gémissants: la rencontre serait forcément sublime.
Elle le fut, en effet, mais moins par la beauté de l’affrontement que par la grâce d’une nouvelle démonstration de l’équipe russe, encore plus impressionnante que lors de ces récitals précédents face aux Grecs et aux Suédois. Car s’il fallut des prolongations pour permettre aux hommes d’Hiddink d’obtenir leur qualification, le match a démontré à un degré imprévisible leur supériorité sur ceux de Van Basten. Sans une inquiétante faiblesse lors des coups de pied arrêtés défensifs, cette équipe apparaîtrait presque injouable. Ah, si on nous avait dit ça au soir de la dérouillée infligée par l’Espagne…


La nalyse

Alors que l’on supposait Hiddink résolu à ne plus toucher à son équipe-type, qui lui avait donné pleinement satisfaction face aux Suédois, le coach batave a réservé une surprise en remplaçant le milieu gauche Bilyaletdinov par le milieu droit Saenko, auteur de deux bonnes entrées en jeu lors des deux derniers matchs de poule.
À part faciliter la diction de Thierry Roland, cette manœuvre avait sans doute pour but de bloquer l’arrière gauche néerlandais, Van Bronckhorst, et de l’empêcher de combiner avec son ailier. Mais l’absence de Robben sur blessure allait de toute façon rendre le côté gauche des Oranje inoffensif, Sneijder, Van der Vaart et Kuyt – qui se sont succédé sans trop de conviction dans cette zone –, n’étant pas de véritables ailiers de débordement. Et comme, de l’autre côté, Bouhlarouz ne représentait pas un grand danger pour la défense russe et que Kuyt, censé animer son couloir, n’était pas dans un grand soir, il apparut assez rapidement que les coéquipiers de Semak allaient remporter la bataille des flancs.

Toujours aussi fougueux, les latéraux Jirkov et Anuykov n’hésitaient pas à monter très haut, et puisque les milieux axiaux Zyrianov, Semshov et Semak s’engageaient régulièrement, et toujours à bon escient, sur les côtés pour leur prêter main-forte, les Russes se créaient rapidement des occasions grâce à des redoublements de passes non loin de la ligne de touche, couronnés de fautes bataves (comme celle qui provoqua le dangereux coup franc direct de Jirkov) ou de centres précis pour un Pavluychenko qui prit rapidement la mesure de ses gardes du corps.


Kolodine capital
Les problèmes des Hollandais ne s’arrêtaient pas là, puisque De Jong et Engelaar, face aux virevoltants poids plume du milieu russe, faisaient le même match que les récupérateurs suédois Svensson et Andersson quelques jours plus tôt: d’interminables courses dans le vide derrière un ballon rendu presque inaccessible, surtout quand Archavine décrochait pour s’en mêler. Si Sneijder et Van der Vaart parvenaient par séquences, sur quelques passes appuyées, à trouver Ruud esseulé en pointe, le danger rodait bien plus sur la cage de Van der Sar que sur celle d’Akinfeev. Le géant mancunien, dont c’était le cent vingt-huitième et dernier match en sélection, dut ainsi s’étaler de tout son long pour aller chercher une frappe enroulée et vicieuse d’Archavine avant la séquence "on fire" du stoppeur Kolodine, qui balança en l’espace de trente secondes deux missiles de plus de trente mètres (un cadré, un ras de lucarne) à faire baver d’envie Ronald Koeman. Avant de remettre ça sur coup franc un peu plus tard. Les seules occasions néerlandaises provenaient de longs coups francs rentrants de Sneijder et Van der Vaart, dont la défense russe ne sut pas trop comment gérer les trajectoires, choisissant au final de ne pas intervenir, et à raison : les ballons frôlèrent plusieurs fois les montants, mais du bon côté pour Akinfeev, quinze ans de moins que Van der Sar et peut-être bien un avenir tout aussi glorieux.


Techniciens de surface
La maîtrise globale de la Russie allait enfin être scellée après la mi-temps, sur un superbe mouvement qui vit Archavine décaler sur l’aile gauche Semak, dont le centre parfait était élégamment coupé au premier poteau par Pavluychenko. À noter que Semak, censément milieu axial le plus reculé, réussissait sur ce centre de pur ailier gauche sa seconde passe décisive du tournoi, la première ayant été un retourné acrobatique à droite dans la surface face à la Grèce… Oui, Semak incarne le football total à lui tout seul, on n’en revient toujours pas.


arshavin_sitoff.jpgIntenable Archavine
Au début de la seconde période, l’action du but illustrait l’ascendant pris par Pavluychenko sur Ooijer et Mathijsen et, au-delà, la présence de plus en plus insolente des Russes dans la surface hollandaise. Les remplacements opérés par Van Basten n’y changeaient rien, Heitinga prenant l’eau encore plus que Boulahrouz, et Van Persie gâchant la plupart de ses ballons, dont un coup franc à dix-huit mètres qu’il expédia en tribune.
Tandis que les Néerlandais s’en remettaient de plus en plus à des coups francs ou à des frappes lointaines, les Russes continuaient de combiner à qui mieux mieux, se créant les occasions les plus dangereuses par un Archavine intenable… jusqu’à un énième coup franc excentré à trois minutes de la fin, que Sneijder balança dans la boîte, ou plutôt sur la boîte crânienne de Van Nistelrooy, qui se sortit pour la première et dernière fois du match du marquage serré d’Ignachevitch et Kolodine. Une minute plus tard, ce dernier échappa de justesse à l’expulsion, l’arbitre assistant ayant signalé à Lubos Michel que le ballon était sorti avant que Kolodine ne tacle à retardement Sneijder.


Petit dèj à Vladivostok
Les Russes respiraient, mais l’égalisation était tout de même un coup terrible pour eux après un match passé à dominer, si bien qu’on se prit à craindre quelque démobilisation fataliste de la part des Slaves. Mais on avait tort de céder aux clichés: la prolongation ne fit qu’offrir à Jirkov et ses copains une demi-heure supplémentaire de démonstration face à des rivaux épuisés.

Pourtant, les Hollandais résistèrent tant bien que mal en première période: barre de Pavlyuchenko sur une frappe lointaine, passe à dix russe dans les six mètres, percées d’Archavine repoussées par une arrière-garde exsangue… et on se mit sans doute, dans les chaumières de Moscou (où il était une heure du matin) et de Vladivostok (où on prenait le petit-déj), à convoquer le souvenir du triomphe de Van der Sar lors de la séance de tirs aux buts de la dernière Ligue des champions.
Mais l’allant russe était décidément irrésistible et c’est avec un entrain quasi enfantin que, à la 112e, le bébé Cadum Archavine enchaîna une course de trente mètres et un centre du gauche parfait que Torbinski, entré en jeu vingt minutes plus tôt, volleya de l’exter du gauche au ras du poteau. Le malingre buteur faillit périr sous la pyramide humaine qui s’ensuivit, mais le match était enfin plié. Et Archavine, avant-dernier passeur sur le premier but et passeur décisif sur le deuxième, pouvait couronner sa performance d’un but malicieux, en reprenant directement une longue touche d’Anuykov entre les jambes du grand Edwin.
Hiddink avait espéré être un "bon traître" envers son pays natal. C’est réussi.



Les gestes

• Les frappes de loin de Kolodine, sur lesquelles des millions de téléspectateurs ont instinctivement rentré la tête dans les épaules en se protégeant le visage.
• L’action estampillée Pedros-Loko de Pavluychenko et Anuykov, achevée par une frappe excentrée de l’arrière droit que Van der Sar capte d’une main.
• Les trente-six passes des Russes dans la surface de Van der Sar, avant que Torbinski ne se troue seul face au but vide.
• Le rangeage de carton rouge dans la poche de Lubos Michel, qui aurait mérité de se voir consacrer un reportage de Thomas Guichard.


Les antigestes

• La concentration de Sneijder sur un coup franc à dix-huit mètres avant que Van Persie ne surgisse de derrière pour propulser la balle sur orbite.
• Le tressaillement de paupière de Marco Van Basten à la cent huitième minute. Nos experts sont formels: ce tic signifiait "Putain, pas un pour coller aux Soviets une volée en lucarne depuis la ligne de touche".
• L’égoïsme de Torbinski qui, en fin de prolongation, fait monter ses défenseurs centraux épuisés pour un coup franc excentré, avant de tirer ledit coup franc "direct" (c’est-à-dire quatre mètres au-dessus de la barre).
• Le carton jaune qui privera Kolodine de la demi-finale: on le voyait bien lâcher une frappe de cinquante mètres, cette fois.



Les observations en vrac

Archavine et Bilyaletdinov, qui ont l’air de sortir de la maternelle, passent pour des vieillards à côté d’Afellay, qui a une tête à encore porter des couches.
• Un drapeau rouge-blanc-bleu contre un drapeau blanc-bleu-rouge : rien de tel pour retourner le couteau dans la plaie.
Hiddink serait foutu de qualifier l’AS PTT Poissy en Ligue des champions. Et d’y faire bonne figure.
• Encore deux matchs de ce calibre pour Archavine, déjà champion de Russie, vainqueur de la Coupe de l’UEFA et probable transfert à sensation à Arsenal, et Cristiano Ronaldo peut se faire du souci pour son Ballon d’Or.
• La dernière fois qu’on avait vu une passe décisive sur une touche, elle était l’œuvre de Roberto Carlos lançant Raul en finale de la Ligue des champions 2002. Quand on vous dit que les latéraux russes valent bien les Brésiliens.
• C’est Hiddink qui avait lancé Van der Sar en sélection, il y a treize ans. C’est lui qui met fin à sa carrière internationale aujourd’hui. À ressortir quand en 2020 Domenech, devenu entraîneur de l’Italie, enverra Benzema à la retraite.



Shirokov_hollande.jpgLe joueur à suivre

Roman Chirokov n’a plus joué depuis la déroute inaugurale de la Russie face à l’Espagne (1-4). Ce jour-là, associé en défense centrale à Kolodine, il avait été plutôt moins mauvais que son collègue, donnant même de la tête une passe décisive à Pavluychenko. Mais c’est lui qu'Hiddink choisit alors de sacrifier pour intégrer dans sa charnière l’expérimenté Ignachevitch. Depuis, les Russes n’ont pris qu’un but en trois matches. Mais c’est probablement à Chirokov qu’il incombera de remplacer Kolodine, suspendu.

Doté d’un jeu élégant et connu pour la qualité de sa relance, ce joueur de vingt-sept ans a longtemps navigué dans des clubs de second ordre avant de monter en régime l’année dernière. Transféré des Khimki (un club de la banlieue de Moscou) au Zénit Saint-Pétersbourg, ce milieu de terrain de formation avait été placé en défense par Dick Advocaat, le milieu du Zénit étant surchargé. Il y réussit une excellente saison et une belle campagne en UEFA, si bien qu’il honora sa première cape en mars 2008 avant d’être titularisé pour l’entrée en matière face à l’Espagne.
Hiddink lui-même avouera ensuite que c’était peut-être une ascension trop vertigineuse. Il n’empêche que (si l’un des jumeaux Berezutski, probablement Vassili, ne vient pas le griller au poteau), Chirokov semble en pole position pour épauler Ignachevitch en demi-finale. Pour une rédemption ou un nouveau naufrage?



Ooijer_russie2.jpgLe joueur à ne pas suivre

André Ooijer. À trente-quatre ans, on est censé avoir plus que trente-huit sélections si l'on est un joueur important. Mais Ooijer n’en est pas un dans la sélection hollandaise. Il est plutôt là par défaut, en fait. Stoppeur solide mais lent et techniquement quelconque, il n’a jamais diffusé un sentiment de confiance pendant cet Euro, n’échappant contre la France que miraculeusement au combo abidalien pénalty + rouge en arrêtant de la main un tir d’Henry. Hier, le joueur de Blackburn, où il est sans doute à sa place, n’a jamais empêché Pavluychenko de s’amuser. Lors de la Coupe du monde sud-africaine, Ooijer aura trente-six ans. S’il est encore là, c’est vraiment que les Pays-Bas ne savent plus former des défenseurs.



Le titres auxquels vous avez échappé

Ar, ar, Arshavin, Russia’s greatest love machine
Qu'est-ce qu'Hiddink?
Victoire dans les pieds russes
La prochaine fois tu prendras l'Guus
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