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Stéphane Pinguet

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La Gazette de la L1 : 10e journée

Vieira 2006, la résurrection inachevée

Lors de cette Coupe du monde allemande, il a relancé les Bleus et remis Zidane sur orbite, avant de devoir les abandonner à une encablure de l'arrivée.

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Le parcours de l’équipe de France en Allemagne risque de rester, quelques années encore, le dernier grand exploit de la sélection – n’en déplaise aux sceptiques sur l’âge et la forme des joueurs, ou sur le sélectionneur. Le deuxième tour de la compétition et les exploits de Zidane ont sans doute rejeté dans l'ombre la performance de ses coéquipiers. À l'exception d'un seul: Patrick Vieira.
 

 



 


La fin qu'on voit venir

Après un match raté face à la Suisse et un autre rageant contre la Corée du Sud, les Bleus se retrouvent, et ce sont les mots de l’époque, "condamnés à l’exploit" pour leur dernier match de poule. L'adversaire qui se dresse devant eux et qu'il faut battre par deux buts d'écart n'est que le Togo, mais la peur fait toujours recette et personne ne se moque des coéquipiers d'Emmanuel Adebayor. Lors des deux précédentes compétitions internationales (hors Coupe des Confédérations), la France a en effet chuté face au Sénégal en 2002 et la Grèce en 2004. Dans une atmosphère défaitiste, beaucoup anticipent une autre énorme déconvenue, tant le jeu français semble patiner et les cadres faire leur âge.
 

Et c’est à ce moment que Patrick Vieira, après une préparation et une entame de tournoi alarmante, refait surface pour rendre à l’équipe de France la combativité qui lui faisait défaut. Jusqu’à transcender tout le groupe, ce 23 juin 2006, le jour de ses trente ans et de sa 90e sélection, celui aussi des trente-quatre ans de Zidane, suspendu pour ce match décisif en raison de sa moyenne d’un carton jaune par match. Vieira et Zidane, les deux grognards vivement critiqués par les millions de sélectionneurs français: "trop vieux", "pas au niveau", "trop lents", "jamais décisifs". Il était donc écrit que l’équipe de France n’y arriverait pas, qu’elle rentrerait très vite, qu’on mettrait en question les joueurs, le sélectionneur, la préparation, les publicités, la conspiration allemande et l’alignement des planètes.
 


Deuxième souffle

Très vite, Vieira est omniprésent, essentiellement grâce au sacrifice de Makelele qui gère en grande partie le travail défensif. Mais de nombreuses actions restent inachevées, la poisse semble être coriace et à la 55e minute de jeu, le score est encore de 0-0. Il reste trente-cinq minutes pour marquer le double du nombre de buts inscrits par les Tricolores depuis le début de la compétition. Jusqu’à une charge de Ribéry droit dans la défense et sa passe pour Vieira, qui élimine son défenseur sur le contrôle, mais se retrouve complètement dos au but. Il pivote, enroule sa frappe, petit filet. Il en faut encore un, qui viendra dans les cinq minutes. Vieira fait un appel en longues enjambées, Sagnol le voit, Vieira saute et dévie pour Henry: contrôle, frappe et but. La France est qualifiée, le numéro 4 est le bonhomme du match. Zidane ne terminera pas sa carrière sur une suspension et tout le monde souffle.
 

Le match contre l’Espagne est connu de tous pour ce but de Zidane qui contresigne une victoire en forme de revanche sur ceux qui annonçaient sa retraite, mais en réalité le craignaient encore pour l'avoir admiré durant ses cinq années au Real. Ce match est aussi celui du premier but en équipe de France de Franck Ribéry, le vrai grand coup dans la liste de Domenech. Vieira abandonne son brassard au retour du patron, mais seulement le brassard. Il est encore l’homme du match: une passe décisive pour l’égalisation de Ribéry à la 41e, le but de la 83e qui assomme les Espagnols. En deux rencontres, il a permis aux Bleus de revoir la lumière puis de revenir dedans, avec cette qualification pour un quart de finale champagne contre le Brésil inespéré une semaine avant. Zidane peut finir le travail tranquillement.
 


La fin qu'on n'a pas vu venir

Tant de choses ont été dites sur le match du Brésil qu’il est inutile de s’attarder. Avec un niveau de jeu tellement élevé, il serait malvenu de mettre en avant un joueur plus qu’un autre – sauf Zidane évidemment, mais ce n’est plus le même combat. Tous solidaire et pourtant chacun à son poste, les stars françaises affichent un niveau au-delà des attentes. Vieira compris, tout en puissance et en rayonnement, attire les ballons comme un aimant et dans un rôle de meneur bas, il distribue et oriente. Ce ne sera pas son troisième match de suite avec une passe décisive et un but, puisque, altruiste, il en laisse aux copains et permet enfin au monde d’admirer une passe décisive de Zidane pour Henry.
 

Zidane est la star de cette finale, dernier match du maître au cours duquel il marque sur une panenka et obtient la dernière balle de but, et qu’il perd dans le thorax de Materazzi. On se rappelle finalement moins le penalty raté de Trezeguet ou la barre de Toni. Ou la sortie de Vieira. Le tournant du match oublié par les résumés officiels, celle qui fait perdre le leader du milieu, le point d’appui qui crée le surnombre, celui qui relaie les messages aussi. La France tient l’Italie, elle la submerge au retour de la mi-temps, c’est le bon moment pour marquer, pour cadenasser. Mais Vieira n’a jamais été épargné par les blessures inopportunes. Après un mondial exemplaire, il a des contractures aux cuisses, et son corps le lâche, ce grand corps nous lâche. Alou Diarra le remplace, le cœur n’y est déjà plus tellement. Peut-être même aurait-il été plus juste d’entendre les mots de Thierry Gilardi pour le grand Pat’ et seulement pour lui: "Non, oh non, pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait".
 

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