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Olivier Tomat

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L'évangile selon saint Jean-Michel

« This is paradise football ! »

Malgré le départ de Thierry Henry, Arsenal parvient depuis le début de saison à allier spectacle et efficacité. Un cas unique en Europe, en ce moment, qui doit susciter une légitime admiration.
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En dépit de certaines de ses prises de positions compulsives d’autant plus exaspérantes qu’elles sont terriblement surjouées – rappelons l’axiome: toute baisse de forme d’un joueur d’un club du G14 est probablement due à sa sélection abusive quinze ans auparavant pour un tournoi de sixte estival par une DTN dépourvue du moindre scrupule au regard des droits de propriété des employeurs sur les joueurs –, il faut bien reconnaitre à Arsène Wenger un talent professionnel hors norme.

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Savoir polir les talents

Dans la gestion de ses "actifs joueurs" (OL™) d’abord. La capacité à pousser doucement vers la sortie ses stars vieillissantes (Pires, Ljunberg, Wiltord), par le biais de CDD d’un an renouvelables, en est une modalité classique, dont le dieu Bergkamp – qui a pratiqué son art jusqu'à trente-sept ans – est la seule exception notable. Plus remarquable est sans doute la capacité du manager d’Arsenal à construire une vision à moyen terme en n’hésitant pas à laisser partir de grands joueurs pour favoriser l’éclosion de stars montantes.
Combien d'entraîneurs auraient pris l'option du départ, après des années d’atermoiement, d'un Patrick Vieira qui peine depuis lors à mettre un pied devant l'autre en club, de manière à permettre l’essor de Cesc Fabregas? Ses congénères ont plutôt tendance a empiler les ressources. On ne sait pas encore si l'exil de Thierry Henry, qui a suffi à réveiller les Cassandre d’outre-Manche, émarge à cette categorie. Mais il faut bien constater, sans rien enlever a la dimension de l’attaquant barcelonais, que le choc est pour l’instant assez bien absorbé, tant en termes de résultats que de jeu.

On a d'ailleurs du mal à comprendre les polémiques alimentées par certains responsables anglais – entraineurs (Alan Pardew) ou directeurs de la FA – à propos de la nationalité des joueurs d’Arsenal. Outre le caractère intrinsèquement douteux de l’argument, on se contentera de remarquer que, par exemple, l’invincible défense Eboué-Senderos-Toure-Flamini qui a tenu en échec, il y a deux ans, les plus prestigieuses et couteuses armadas offensives européennes et nationales n’avait couté que 2.5 M£. Soit moins de la moitié du prix d’un joueur local aussi oubliable que Glen Johnson.
Il faut simplement prendre acte de ce que Wenger est un formidable dénicheur de talents qu’il polit progressivement. L’homme qui a réussi à apprendre le dribble de dégagement à Martin Keown a en effet patiemment transformé en équipe redoutable un attelage hétéroclite de défenseurs centraux suisses, de milieux offensifs biélorusses, de lateraux ivoiriens ou d’attaquants togolais.


Recherche du geste juste

Surtout, Arsène Wenger a réussi a construire en quelque dix ans une identité de jeu dont meme le passage de la bande de terrain d’Highbury à l’immensité de l’Emirates n’a que marginalement réussi a atténuer la spécificité. On connait la recette: jeu à une touche de balle, utilisation des intervalles, niveau technique au-dessus de la moyenne (y compris chez les défenseurs), permutations incessantes, attaquants ultra-complémentaires, duos de couloir. Il ne reste plus qu’à confier les clefs à l’homme qui fera la différence dans les moments difficiles: Henry autrefois, Fabregas désormais.
En particulier, là ou une équipe comme le Barca 2007, quand elle est en difficulté, donne parfois l’impression d’attaquer une zone de hand en un mouvement monocorde de balancier stérile, la recherche du geste juste et l’obsession de la verticalité immédiate confèrent au jeu londonien une efficacité rafraichissante et, pour tout dire, quasi-romaniste (l’intensité physique en plus). Autant de caractéristiques qui contribuent au plaisir que même le spectateur neutre peut y prendre.

Plus important encore: si la desintégration d’un Slavia Prague – qu’on aurait pu croire, pour l’occasion, coaché par Francis de Taddeo – a constitué une forme d’aboutissement irréel, il est remarquable que cette cuvée des Gunners affiche une  propension constante, depuis le début de la saison, à ne pas s'écarter de cette ligne de conduite... Indépendamment de l’adversaire ou de la situation, comme en temoignent le match intense livré a Anfield ou la réponse au piège tendu par Blackburn en debut d’année.


Au fond, peu importe le résultat, peu importe que United – autre superbe équipe – finisse champion ou qu’une équipe plus réaliste ou mieux pourvue en talents individuels spectaculaires sorte les Londoniens en huitièmes de la Ligue des champions. Au moins, les fans, mais aussi les simples spectateurs, auront, de manière repétée, pris du plaisir. A la fin de la saison, pas certain que tout le monde puisse en dire autant.


N. : « This is paradise football ! » : exclamation émise par tout commentateur de Sky Sports lorsqu’il atteint l’orgasme, par exemple au moment du cinquième but de Theo Walcott.
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