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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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The Pleasure of Being Robben

En battant l'Espagne par quatre buts d'écart, les Pays-Bas, cette équipe que l'on avait facilement dominé en amical en mars, a complètement redistribué les cartes et changé la vision que l'on pouvait avoir des deux équipes.

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Le premier coup de tonnerre du Mondial 2014 a eu lieu vendredi soir avec le net succès des Pays-Bas sur l'Espagne (5-1). Alors que beaucoup voyaient les Néerlandais possibles victimes d'un groupe très relevé, où le Chili fait figure de sérieux outsider, c'est finalement le tenant du titre qui se retrouve en mauvaise posture.

 

 

 

La nalyse : tout sauf de la fiction


La particularité des cycles, c’est que l’on annonce beaucoup plus souvent leur fin que leur début, et pas toujours à raison. Celui de l’Espagne ne faisait que commencer quand une défaite face à la Suisse, en ouverture du dernier Mondial, a fait naître les doutes. Une différence cependant: là où Gelson Fernandes avait marqué sur la seule occasion des siens, dans l’un de ces matches où le favori semble avoir tout contre lui, les Pays-Bas de Louis van Gaal ont largement mérité leur victoire, faisant exploser les Espagnols de toute part.
 

Scénario connu
Le plus étonnant, a priori, est que rien ne laissait supposer une telle évolution. L’équipe de Vicente Del Bosque, propulsée en tête par un but de Xabi Alonso sur penalty (avec au passage un très bon crochet d’un Diego Costa qui trompait pour la deuxième fois la défense dans la profondeur), n’avait plus qu’à gérer son avance. Capable de fabuleuses séquences offensives, la Roja est également – habituellement – reine quand il s’agit de faire tourner le ballon sans prendre trop de risques. Et on se demandait comment les Oranjes (surnom légèrement galvaudé, lui aussi, compte tenu des improbables tenues du soir) parviendraient à prendre en défaut leur adversaire.
 

Les craintes ne pouvaient qu’augmenter au moment où David Silva se présentait face à Jasper Cillessen après une passe lumineuse d’Andrés Iniesta… rendue létale par l’absence totale d’organisation du bloc défensif néerlandais. Raté, le ballon piqué du Citizen laissait l’adversaire à portée. Le tournant du match? Facile à dire après coup mais, quand on prend autant le bouillon par la suite, il serait beaucoup trop simpliste de s’arrêter sur un tel fait de jeu. On pourrait même prendre le problème de manière inversée: en virant à 2-0, l’Espagne aurait sans doute été trop bien récompensée de sa prestation, elle qui n’aura finalement été dangereuse que sur des récupérations hautes.
 

 


 

Rebondissement inconnu
L’égalisation de Robin van Persie juste avant la pause, sur une longue ouverture de Daley Blind, ce latéral gauche reconverti milieu à l’Ajax, a révélé la première limite espagnole, pas la plus étonnante: les problèmes de placement de la charnière Ramos-Piqué, l’un trop haut et l’autre trop bas, selon l’angle où l’on prend le problème (le plus évident étant que le Barcelonais a mal joué le hors-jeu). En deuxième mi-temps, les Pays-Bas du tacticien van Gaal ont posé des problèmes inattendus à un Del Bosque qui n’a jamais eu besoin de beaucoup innover pour faire gagner la sélection depuis sa prise de fonction.
 

Le trio offensif néerlandais obligeait l’un des deux latéraux, généralement Azpilicueta, à rester derrière pour ne pas être en situation d’égalité numérique. Cela a ainsi ouvert des espaces à Daley Blind face à un milieu espagnol plus lent dans ses couvertures, positionné haut et en manque de monde à droite. Sans percussion, avec notamment un Jordi Alba très discret, la sélection espagnole a subi le cours des événements et les inventions tactiques oranjes. Certes rarement dans la lumière, Wesley Sneijder a occupé Busquets et les autres. Et la supériorité des attaquants des Pays-Bas a fait le reste.
 

Climax imprévu
Car c’est peut-être la plus belle surprise (peut-on parler d’enseignement, dans un tel contexte?): chaque attaque a mis en danger une défense espagnole bien friable. Axial, Arjen Robben a pu prendre la profondeur, ouvrir des espaces et être beaucoup plus imprévisible que sur un côté. Robin van Persie, attiré par le but comme Christian Jeanpierre par Saméto, a su trouver les positions de frappe qu’il exploite toujours aussi bien. En interview, l'attaquant mancunien expliquera après la rencontre que le sélectionneur leur avait fait spécifiquement travailler les tranversales depuis le bord de touche, du milieu de terrain jusqu'à l’entrée de la surface. Et effectivement, au-delà des caviars d’un Blind énorme, cette solution a permis d’éviter le stéréotype du jeu long vertical, lequel offre souvent l'occasion à un axe défensif de se rassurer à grands coups de têtes.
 

Les malheurs d’Iker Casillas dans le jeu aérien aidants, une perte de confiance ensuite répercutée sur le reste de ses interventions, le jeu long est devenu un atout plutôt qu’un pis-aller. Mise en doute avant la compétition, médiocre face à la France, la sélection néerlandaise a pourtant de beaux atouts. Parmi ceux sans doute sous-estimés: sa paire de Jong-de Guzman au milieu, qui a suivi Iniesta et Xavi un peu partout sur le terrain, mettant fin au règne incontesté de la possession de la part du duo. Pas un coup d’état mais un 50/50 dans le domaine lors du premier quart d’heure de la deuxième mi-temps, preuve que le milieu hollandais faisait bien son travail, permettant au collectif entier de briller en contre-attaque, un jeu qui convient peut-être plus à ces Pays-Bas qui sont apparus moins inspirés et plus fragiles face à des blocs compacts (lors du match amical face à la France notamment). Voyant la possibilité d’enfoncer le clou, Van Gaal a fait entrer Wijnaldum à la place du plus défensif De Guzman, augmentant la technique et la qualité de sortie de balle. Les clous plantés dans le cercueil, autant les enfoncer bien fort.
 

Cliffhanger attendu
L'occasion est tentante, après une telle faillite, de tourner la page de l'hégémonie ibérique. D'annoncer, une fois de plus, la fin du cycle victorieux de la Roja. Mais comme ce large succès ne fait pas automatiquement des Pays-Bas un favori pour la victoire finale, il n'enterre pas non plus les champions du monde en titre. Si leur friabilité défensive est inquiétante, Vicente del Bosque a suffisamment de ressources et de profils offensifs différents à sa disposition pour remédier aux lacunes affichées. Il est aussi réputé pour être un fin meneur d'hommes. Attention toutefois car le prochain match – déjà décisif – sera face au Chili, pas aussi impressionnant que prévu face à l'Australie mais dont le système de jeu très offensif sera un nouveau grand test. Quant aux Néerlandais, le temps dira si les égos, parfois nuisibles par le passé, s'effacent véritablement au profit du bien collectif. On ne les attendait pas à ce niveau mais, désormais, ils ne pourront plus avancer cachés. (Christophe Kuchly)

 

 

 

Les observations en vrac


La dernière fois que des Espagnols ont autant galéré sur une pelouse, c'était Alex Corretja et Carlos Moya à Wimbledon.
 

Seulement quatre joueurs néerlandais (Van Persie, Robben, Sneijder, De Jong) étaient déjà titulaires lors de la finale 2010, contre sept côté espagnol.
 

Sur le cinquième but néerlandais, Sergio Ramos remporte le prix Marc Bartra du défenseur doublé le plus rapidement par son vis-à-vis.


Ne vous emballez pas sur l’Espagne: attendez un peu que la compagnie aérienne remette la main sur leur pharmacie.
 

Il aura manqué quarante minutes à Iker Casillas pour battre le record d’invincibilité en Coupe du monde de Walter Zenga (517 minutes).
 

Le carton jaune de Nigel de Jong pour une faute sur un Sergio Busquets qui se roule par terre de douleur était coté à 1.05.
 

Avec tout ça, on s’est évité une polémique d’une semaine sur la légimité du premier penalty.
 

Et si l’homme-clé de la Roja, c’était Arbeloa?

 

 

 

Vu du forum


=>> PCarnehan - 21h21
Visiblement Diego Costa a oublié de pratiquer ses onctions de placenta sur les pieds.
 

=>> PCarnehan - 21h29
Diego Costa "meurt" avec le même talent que Fred et Marion Cotillard.
 

=>> Moravcik dans les prés - 21h46
Il est tellement beau ce but qu'on dirait que c'est Bergkamp qui a marqué.
 

=>> Maniche Nails - 21h49
Pas mal ce début de remake d'Espagne-France 2006.
 

=>> ESD.3 - 22h13
Sergio Ramos a dû faire un pari avec des potes : "Mais si je peux gagner ce match sans courir."
 

=>> Toi Filou, Moi Louda - 22h24
Iker Gregorinas. Jolie "Air sortie".
 

=>> Panda - 22h28
Tu penses ne pas te faire avoir, et pourtant Van P. t'a.
 

=>> ESD.3 - 22h47
Sachant que la France a battu les Pays-Bas 2-0, calculez le score d'Espagne - Jamaïque.

 

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