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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Carte postale du no man's land suisse d'où les Bleus s'adressaient au monde.
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Ce n'est pas l'envers du décor, juste un sas entre l'intimité d'une sélection et le monde extérieur. Une zone de moins en moins franche rarement décrite par ceux qui la peuplent, où s'est pourtant joué une partie de l'Euro des Bleus: on sait à quel point leurs rapports avec les médias sont devenus centraux dans leurs aventures depuis dix ans...


Sous la toile

Posé sur un lit de copeaux de bois, à la sortie de l'autoroute entre Montreux et Berne qui donne accès à Châtel Saint-Denis, le chapiteau blanc et opaque où se déroulent les points presse de l'équipe de France paraît incongru dans le paysage, sans rien pour signaler sa fonction: la toile est blanche, vierge et opaque.
À une dizaine de kilomètres du l'hôtel Mirador et à cinq minutes du terrain d'entraînement, ce campement dressé à côté d'un rond-point semble délibérément conçu sur le principe de l'extraterritorialité. Une sorte d'ambassade délocalisée nulle part. Question chaleur humaine, il vaut mieux s'en remettre à la gentillesse des papys suisses qui s'activent pour régenter le parking.


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À l'intérieur, la lumière du jour est totalement bannie, comme s'il fallait souligner l'étanchéité du dispositif. Pas de cabine de décontamination à l'entrée, mais une sorte de hall que se partagent la cafétéria et les tables où s'installent les journalistes avec leurs ordinateurs portables. Trois espaces font suite, pour la presse écrite, les médias audiovisuels et les interviewes individuels: un parcours que doivent effectuer l'entraîneur et le(s) joueurs désigné(s). Derrière, une zone à accès restreint qui évite aux membres de l'équipe de France de traverser les espaces communs.


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En ce lendemain de défaite contre les Pays-Bas, c'est Thierry Henry qui s'y colle d'une voix douce et d'un ton lisse, répondant en anglais le cas échéant. On se dit que se coltiner une session de questions alternativement peu intéressantes ou embarrassantes, seul face à des dizaines de micros et de carnets de notes, ne peut que s'apparenter à une corvée. Et pour se prémunir des glissades (une seule petite phrase peut suffire), la langue de bois est obligatoire. Le groupe vit bien. On savait que ce serait difficile. Les Néerlandais ont eu de la réussite.


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Face aux caméras en nombre sur l'estrade, Domenech se perche sur un tabouret, donnant l'impression d'être épinglé sur le mur des sponsors. Cela fait moins mal qu'être cloué au pilori, mais cela y ressemble déjà. Dans ce décor unique, les photographes feront tous les mêmes images, la standardisation les frappe aussi. Les envoyés spéciaux, eux, en sont réduits à conjecturer sur des signes minimalistes: bouts de phrases ou expressions du visage.



À terrain découvert

L'après-midi programme l'un des trois entraînements ouverts au public et aux médias, sur le terrain du stade de Châtel Saint-Denis. Les abords sont tout de même bien gardés, avec des uniformes bleus en guise de moutons sur les collines alentours.


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Sur la route, la circulation s'est figée pour permettre au car de l'équipe de France, encadré de quelques véhicules d'escorte, de rejoindre les lieux. Avec leurs jantes sport et leurs bandes latérales, les BMW de la police suisse auraient peut-être leur place dans un journal de tuning. Au bord de la pelouse, deux membres de la protection civile suisse s'amuseront de la provocation que pourraient constituer leurs tenues oranges.


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Les spectateurs lambda ont dû réserver leurs billets bien à l'avance en s'adressant à la municipalité, d'autres les ont gagnés auprès des sponsors. Une tribune est réservée à la presse, une seconde aux VIP. Clément d'Antibes – équipé de son coq et de sa banderole – fait des appels de l'œil aux journalistes, prêt à cabotiner. C'est lui qu'il fallait nommer directeur de la communication des Bleus.


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Les joueurs font des tours de piste. Toujours contraints à étudier l'infiniment petit, les observateurs comptent les sourires (un: Nasri) et n'attendent aucune indication des exercices qui seront organisés ensuite. On a l'impression d'une simulation de séance d'entraînement, consistant une fois encore à répondre à des obligations envers l'extérieur. Au centre de la pelouse, Raymond Domenech et Pierre Mankowski devisent. À cette heure, ils ont forcément des choses à se dire.


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