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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Si la Ligue le dit, est-ce que c'est vrai ?

Minichro – Réussir à transformer des chiffres partiels, biaisés et peu probants sur la fréquentation en triomphe pour la L1, c'est le pari relevé par un article de L'Équipe

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La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

 

* * *

 

"Y a rien qui va dans cet article". Cette formule très contemporaine convient bien au bilan de demi-saison pour la Ligue 1 paru dans L'Équipe de vendredi. Comment réussit-il l'exploit de travestir une infime progression en spectaculaire embellie?

 

Dresser ce bilan provisoire n'est pas illégitime, à condition de prendre des précautions. Or la seule précaution prise figure dans le chapeau de l'article, qui mentionne "une phase aller que la Ligue juge positive", tandis que le texte épouse complètement le point de vue de la LFP.

 

Pourtant, les critiques qui ont de nouveau déferlé sur le niveau de la Ligue 1 (ses clubs, ses entraîneurs, son spectacle) peuvent difficilement être évacuées par cet empilement d'éléments hétéroclites, pris pour argent comptant et non mis en perspective.

 

Les affluences, d'abord. Leur hausse (+0,62%) par rapport à la demi-saison précédente est assez négligeable. Surtout, les chiffres officiels ont perdu toute crédibilité depuis qu'ils comptent les abonnés absents. Idem pour le taux de remplissage, enjolivé par cet artifice [1].

 

Même en se résignant à examiner ces données biaisées, sur plusieurs saisons, il n'y a pas de quoi pavoiser. Malgré l'augmentation significative de la capacité moyenne des stades (plus de 31.000 places depuis trois saisons), malgré les promesses, la fréquentation n'a pas du tout progressé à proportion des investissements dans les nouveaux stades.

 

 

 

 

Plus sensible, la baisse du nombre de sièges vides (un sur quatre en moyenne) est, elle aussi, discréditée par les entourloupes comptables de la Ligue. Le taux de remplissage ne fluctue que mollement à la hausse depuis trois saisons, pour atteindre des niveaux déjà connus en début de décennie…

 

 

 

 

Malgré une tendance positive depuis quatre saisons, parler de "chiffres record" pour un indicateur aussi contestable est donc, déjà, un abus de langage.

 

Décerner un satisfecit à la Ligue 1 et à son "attractivité" est complètement lunaire dans un contexte de crise permanente avec les supporters, d'interdictions de déplacement, de fermetures de tribunes et de huis clos [3].

 

Cerise sur le gâteau, l'article s'achève sur des données flatteuses qui prouveraient que le niveau de la L1 n'est pas inférieur à celui des quatre grands championnats européens: temps de jeu effectif et nombre de tirs. Là, ce n'est plus expédier la question, c'est la liquider.

 

Le problème est récurrent. Les sites de RMC et du Parisien ont d'ailleurs publié des articles de même teneur [3]. Bien des journalistes sportifs souffrent d'embarrassantes lacunes sur les sujets un peu techniques, quand ils ne pèchent pas par négligence ou par complaisance. 

 

 

En tout cas, un article sur la Ligue 1 ne citant que l'analyse d'un dirigeant de la Ligue, les chiffres de la Ligue et les éléments de langage de la Ligue peut-il faire autre chose que relayer la communication de la Ligue?

 


[1] Mais aussi par l'abaissement de la "capacité commerciale" de certains stades – à partir de laquelle il est calculé. Plusieurs centaines de places ont ainsi "disparu" à Bordeaux (de 42.115 en 2016/17 à 41.458) ou Lille (de 49.834 en 2012/13 à 49.082).
[2] Les confusions et incohérences y sont même pires. Les trois articles indiquent ainsi trois chiffres de croissance différents: 1,8%, 0,62% et 7,6%…
[3] Le fait que ce journaliste soit connu pour sa détestation pathologique des supporters, notamment parisiens, n'est probablement pas étranger à ces omissions.

 

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