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Fulano

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La D1 dans la lumière

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Revue de stress #82

Rythme et défense à trois : comment les Bleus peuvent-ils améliorer leur jeu ?

La France réagit plus qu'elle n'agit et peine à créer des choses face à des adversaires qui jouent regroupés. On peut pourtant imaginer des axes de progression, même si rien ne dit que la situation, renforcée par les bons résultats, ne convienne pas au sélectionneur.

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Avant un amical peu instructif contre la Côte d'Ivoire, il y avait une rencontre à enjeu, avec obligation de résultat. Et dans ce match face à la Suède remporté 2-1, la France a encore prouvé qu'elle était parfois une équipe à réaction, qui modifie sa manière de jouer quand elle est en danger et trouve les solutions cherchées jusque-là. Mais si on peut louer sa force de caractère, la différence entre ses phases d'action (en l'occurrence d'inaction) et de réaction sont grandes. Suffisamment pour qu'on puisse réfléchir à la manière de construire un jeu qui ne nécessiterait pas ces réveils en trombe forcés par une situation désagréable.

 

 

« Il faut plus de vitesse et de mouvement »

Les mots de Didier Deschamps à la mi-temps ne pouvaient sonner plus juste. Son appel à plus de vitesse et de mouvement a été plus ou moins entendu à la reprise, mais c'est surtout à partir du but suédois qu'il s'est matérialisé. Dans ses phases de réaction, l'équipe de France fait tout (un peu) plus vite. Plus de rythme dans les enchaînements déjà, mais aussi moins d'intermédiaires dans les passes. Et même si cette hausse de rythme n'est que légère, le châtiment face à des équipes comme la Suède est immédiat. La France s'est ainsi procurée le même nombre d'occasions (cinq) entre la 58e et la 70e minute que dans toute la première heure. Le problème, c'est qu'une fois passé l'enthousiasme né des occasions et des buts, la réaction cesse. Cinq minutes après le but du 2-1, retour à la situation initiale… et une seule occasion jusqu'au coup de sifflet final.

 

Cette prise de risque limitée est marquée par le refus des latéraux d'attaquer l'espace laissé par un bloc adverse orientant le porteur vers un côté, et réduisant les espaces au point d'y regrouper ses dix joueurs de champ sur la largeur d'un demi-terrain. Quand une équipe comme l'Atlético adopte cette stratégie défensive, son adversaire place généralement ses latéraux très haut. C'est d'autant plus nécessaire quand les ailiers ont tendance à rentrer dans l'axe, comme Payet et Sissoko. Par leur placement et l'obligation pour les défenseurs adverses de les laisser libres vont au large, les latéraux portent déjà un danger potentiel. Ils obligent aussi la défense, en cas de changement de côté, à coulisser très rapidement pour venir les bloquer, ce qui peut générer des défauts de coordination et donc libérer des espaces dans l'axe.

 

 

Si les latéraux doivent prendre plus de risque – ce qui est relatif car la position très basse du bloc adverse leur permet de bloquer les contres et d'avoir un repli défensif relativement aisé –, une autre transformation conditionne cette stratégie: renverser le jeu plus rapidement. Quand le Barça change d'aile en une passe (par Messi notamment) ou plus souvent en deux (via Busquets positionné en relais, dans l'axe, juste en dehors du bloc adverse), l'équipe de France, face à la Suède, le faisait en trois ou quatre. En passant par un des milieux défensifs ou par la charnière, elle laissait au bloc adverse le temps de coulisser pour bloquer très vite le latéral opposé. Et, dans l'axe, aucun espace ne s'ouvrait pour les techniciens doués dans les intervalles et petits espaces que sont Griezmann et Payet, les deux détonateurs.

 

 

Questions de choix

Ce manque de capacité à étirer l'équipe adverse sur la largeur pour créer des espaces dans l'axe, qui reste un principe de base, amène à se poser deux questions sur le projet de jeu de Didier Deschamps. Sur les consignes, d'abord. On peut penser, à voir les mouvements de Patrice Evra et Djibril Sidibé face à la Suède, que le sélectionneur leur a demandé de rester assez bas lorsque le ballon est côté opposé. Ils constituent alors une sécurité en cas de perte de balle et une solution pour faire tourner sans risque. Une stratégie conservatrice qui, si elle rassure sur la capacité à ne pas prendre de but, hypothèque les chances de se créer des occasions et condamne au réalisme.

 

Mais si les consignes évoluent en fonction du scénario de la rencontre, il reste une interrogation: qui sont les joueurs les plus à même d'incarner ce projet et d'en assurer la cohérence et l'applicabilité? Comme quand il ne joue pas avec Paris, Layvin Kurzawa a été remplacé par un joueur qui, s'il a été un latéral capable de percuter et de centrer, est obligé, à trente-cinq ans, de rationaliser ses courses. Et comme au PSG, où les ailiers ont la consigne de rentrer à l'intérieur du jeu pour participer à sa construction, l'équipe s'embourbe dans la densité du milieu adverse quand les latéraux souffrent. Elle redouble alors de passes inoffensives, ne se crée pas d'actions et prend le risque de se faire punir. Vu la forme de Lucas Digne, un bon Kurzawa, celui capable d'être percutant et technique, serait alors indispensable au onze.

 

De l'autre côté, nombreux sont ceux qui se plaignaient du déchet de Bacary Sagna et voyaient en l'arrivée de Sidibé le successeur de Willy Sagnol. Face à la Suède, Djibril Sidibé a été en grande difficulté, et pas seulement défensivement. Son faible taux de centres réussis et ses combinaisons stéréotypées avec Sissoko, lues systématiquement par les défenseurs suédois, n'ont pas convaincu. Pendant ce temps, Sébastien Corchia, réputé pour sa qualité de pied, suivait les événements depuis le banc. Un Corchia qui, comme Kurzawa dans une moindre mesure, peut cependant être fébrile défensivement. C'est là qu'intervient l'exemple italien.

 

 

 

L'Italie comme exemple ?

La défense à trois du modèle italien, magnifiée par Antonio Conte, offre des avantages qui pourraient inspirer la France, et quelques spécificités qui l'obligeraient aussi à changer. La présence de trois défenseurs centraux permet de mettre sur les ailes des joueurs complets, au gros volume de jeu, et dont la fébrilité défensive pourra être compensée par l'un des axiaux. Dans cette perspective, Kurzawa, Corchia voire Sissoko (notons que le très offensif Victor Moses occupe ce poste dans le 3-4-3 de Conte à Chelsea) pourraient avoir le profil idéal. Mais pour que ces garçons puissent jouer haut, il faut que les stoppeurs assurent la relance. Or l'équipe de France rechigne à responsabiliser ses défenseurs centraux dans le domaine. Si Laurent Koscielny semble être capable d'assurer ce rôle et l'a même appelé de ses vœux, le match de Varane face à la Suède a montré des lacunes dans le jeu long, avec de nombreuses transversales ratées. C'est là que Samuel Umtiti, Aymeric Laporte ou l'émergent Presnel Kimpembe ont une carte à jouer, d'autant que deux d'entre eux ont déjà évolué au poste de latéral, ce qui les rend capable de serrer l'axe ou de bloquer le côté, et leur donne les moyens de porter le ballon.

 

Si les hommes de couloirs permettraient des renversements grâce à une position plus haute que celle des latéraux de défense à quatre, confier la relance aux défenseurs permettrait en plus de décharger un milieu de la tâche, ce qui permettrait à un joueur comme Paul Pogba d'avoir plus d'espace. Reste la question du meneur de jeu reculé, garant de l'équilibre qui doit avoir des qualités spécifiques (sens du jeu, rapidité d'exécution, qualité de passe). Cela exclurait logiquement Blaise Matuidi, un incontournable de Didier Deschamps, mais pourrait convenir à N'Golo Kanté, habitué à jouer devant une défense à trois à Chelsea et qui ajoute des qualités balle au pied à son gros volume du jeu. Cela pourrait aussi ressusciter la "sélectionnabilité" de Yohan Cabaye, artiste du jeu long. Enfin, les ailes étant occupées par les pistons, Dimitri Payet, libéré de la contrainte de revenir défendre bas sur son latéral, pourrait retrouver ce poste de meneur libre occupé sous les ordres de Marcelo Bielsa et jouer au plus proche de Griezmann.

 

 

Une touche d'optimisme?

Le manque de prise de risque chronique de l'équipe de France est difficilement attaquable aujourd'hui tant les résultats donnent raison à Didier Deschamps malgré un contenu en dents de scie. Si la réaction continue d'être le moteur de cette équipe, on pourrait craindre que celle-ci ne suffise pas toujours contre des adversaires de grande qualité. Ce serait cependant oublier que les grosses équipes prennent en général le jeu à leur compte, se livrent plus et laissent quelques espaces plus faciles à exploiter qu'en attaque placée. La seule condition est alors d'être performant dans la projection, ce qui est moins le cas depuis l'Euro.

 

Mais la France, avant de jouer de grosses équipes en match à élimination directe, est condamnée à affronter des plus petits, avec le rôle de favori renforcé par son bon Euro. Elle a donc l'obligation de trouver des solutions face à des blocs resserrés, et doit faire évoluer son jeu si elle ne veut pas prendre le risque de rester une sélection à réaction qui se fait peur à cause de sa prudence. À la réflexion, cela semble quand même moins risqué d'oser pendant quatre-vingt-dix minutes plutôt que réagir et mettre un peu de folie sur un petit quart d'heure. Mais pourquoi le sélectionneur changerait-il une formule qui gagne?

 

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