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Rennes : Pres que un club

Quand le Stade rennais retrouve l'Europe et Madrid, le verre n'est pas à moitié vide pour ses supporters. Découvrez de l'intérieur cet étrange univers.

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Cette fois c’est sûr, enfin, enfin putain, hier soir ça puait la Ligue des champions à Rennes. On aurait carrément pu s’y croire. Rennes, merde, le Stade Rennais. En Ligue des champions. Contre Madrid. En Ligue des champions.


Madrid, à peu près

L’espace d’un instant on va oublier que ce n’était pas le vrai Madrid – celui qui a des Ballons d’Or cachés jusqu’au fond du banc de touche –, mais l’autre, celui de Luccin et Forlan, ce qui est déjà pas mal du tout. C’était presque Madrid, au fond. On va oublier aussi quelle compétition on jouait vraiment parce qu’au fond on s’en fout, on avait bel et bien presque un match de Ligue des champions. A Rennes.

 

Et puis d’ailleurs, à tout prendre, ce n’est pas la peine de faire comme si: moi je le préfère presque à l’autre, ce Madrid-là. Par exemple, je fais partie de ceux qui échangent sans problème un Cristiano, tout Ronaldo qu’il soit, contre un Diego. Sans hésitation. Ce mec transpire le football jusqu’au fond de ses chaussettes. À cause à lui, beaucoup comme moi ont toujours du Werder de Brême l’image d’un club où la technique l’emporte sur le physique, et l’esthétique sur l’efficacité. Il faut le faire. Et tant pis si sa carrière n’a pas tenu toutes ses promesses, ça reste du très fort, Diego. Et puis il y a Falcao dont chacune des prises de balle tient les commentateurs en haleine, comme si il allait forcément se passer quelque chose d’énorme. Il a l’air doué, en tout cas ses statistiques parlent pour lui. La technique de Salas et le jeu de tête de Zamorano, leur coupe de cheveux à tous les deux. C’est intimidant, plus qu’Aubameyang la semaine dernière – qui a pourtant fini par nous en jeter un au fond des filets, soit dit en passant. Et puis bon, ce Madrid là est tenant du titre, tout de même, ça te pose un adversaire ça.

 


Faillir descendre

Bref. Hier soir, c’était Rennes-Atlético Madrid, en presque Ligue des champions. Rennes, au fond, c’est le club des presque. Ce club, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Combien de fois, plus jeune, j’ai passé des soirées magnifiques parce qu’on était presque descendus. Mais non, presque seulement, et finalement pas. À un Kaba Diawara ou un Yohan Bigné près – ces héros d’un temps révolu – on se maintenait, et tout le Stade le fêtait. On était presque descendus, mais non: le mot important, c’était donc le "presque", puisqu’on était encore en première division. Ce qu’on retenait n’était pas ce qui aurait pu se produire, mais précisément le fait que cela ne s’était pas produit...

 

Depuis, on a presque fait plein de trucs. Par exemple à deux reprises, au moins, on s’est presque qualifiés pour la Ligue des champions, mais il y a toujours un grain de sable, un Fauvergue, ou un autre truc pour tout faire capoter. On a presque gagné la Coupe de France aussi, fallait bien que j’en parle. Et puis non, finalement, non. Ces fois là, tout le monde s’est focalisé sur la Coupe de France, la Ligue des Champions, sur ce qu’on avait presque fait mais qu’on avait raté, alors que le mot important ça restait le « presque », comme avant. Ce qu’on aurait pu faire, avec tous les conditionnels du monde, c’est anecdotique, on l’avait presque fait, c’est tout. C’est ça Rennes, ceux qui connaissent, vous savez bien de quoi je parle.

 


Quasiment la victoire

Bref, hier soir, c’était Rennes-Atlético Madrid, route de Lorient, sur les bords de la Vilaine, et je crois que c’était un beau match de foot, bien rythmé, sérieux, contrôlé, engagé, de bons joueurs avec un bon esprit. En même temps je ne peux pas être objectif, bien sûr, quand il s’agit de Rennes, mais je crois vraiment que c’était un beau match.


J’aurais vraiment aimé être au stade, c’est clair, il paraît que c’était le feu. Quand on est un habitué des Rennes-Sedan de décembre ou des Rennes-Auxerre, qui tombaient systématiquement en février dans les années 1990, on ne peut être que dégoûté de rater un Rennes-presque Madrid de presque Ligue des champions. Dans un bar, à Montpellier, c’est moins bien: il a fallu que je prenne moi-même la télécommande pour trouver le bon Canal, et que j’attende le retour du patron à la mi-temps pour avoir le son. En plus j’avais vraiment envie d’une galette-saucisse. Mais bon, l’essentiel était là: j’ai tout vu. Et on a presque gagné. On a presque gagné, 1-1. Evidemment, on a fait match nul, mais sincèrement, on a presque gagné. Je n’exagère pas, d’ailleurs je vais vous raconter, en deux mots.

 

Déjà au coup d’envoi, frisson : cette crête jaune là, en défense centrale, ce n’est pas cette grosse brute de Mandjeck quand même? Merde, Fred, t’as un peu déconné, là, non? Heureusement, M’Vila va nous verrouiller tout ça. Ah non, c’est lui là qui papote sur la touche, mais alors, c’est qui au milieu? Tettey, Doumbia, oui oui, c’est bien Doumbia, là, près de Dalmat. Bon, je vois, j’aurais peut-être pas dû partir si tôt du bureau, pas sûr que ça en vaille la peine…

 


La légende ou pas loin

Direct, c’est la désillusion à l’envers. L’illusion, quoi, qui m’assaille. Je m’attendais tellement à ce qu’on souffre que je suis surpris de voir qu’on les tient, complètement. Comme Udine, me direz-vous, oui mais voilà, ce n’est pas Udine, c’est Madrid, et si vous avez visité les deux vous savez très bien que ça n’a rien à voir! Mandjeck intercepte et Doumbia récupère et se jette vers l’avant comme un mort de faim. Enorme pressing, mais peu d’occasions. En face ça ne va pas bien fort, les tacles sont mal ajustés et Diego descend jusque dans ses quarante mètres pour toucher des ballons. Falcao retourne aux vestiaires l’air soucieux. C’est la mi-temps, j’en commande une autre. Pourvu qu’on n’ait pas laissé passer notre chance, là.

 

 

La deuxième repart comme s’était terminé la première, à fond. Dalmat feinte, passe à Victor Hugo, qui frappe. Un postérieur dévie, c’est au fond! But, 1-0, il s’en est fallu de peu, c’était presque un but magnifique. Mais là, on s’en fout: l’essentiel c’est que c’est un but très important. Dans la minute, Costil détourne superbement en corner une frappe dangereuse, c’est bon, on mène. La légende des siècles est en marche. La suite, c’est marrant, je l’avais déjà vue, pourtant j’étais certain que le match était en direct, mais non, je l’avais déjà vue. Ces occasions gâchées, pas loin des cages, ou un plus loin parfois, cette ruée vers l’avant, globalement on maîtrise mais… M’vila qui joue haut, très haut, hé ho, descends un peu là Yann, ce n’est pas le moment de flamber. Les arrêts de Costil, un premier, un second, merde, c’est au fond. Bien sûr, c’est au fond. 1-1. L’arbitre siffle, match nul: on a presque gagné pourtant, tout le monde le dit, même les Madrilènes, d’ailleurs ça se voit sur les visages. Mais non, match nul.

 

Je la connais tellement, cette sensation, que j’apprends à la gérer maintenant, je fais autre chose, je me réjouis du fait que le PSG fasse pire – on a les consolations qu’on peut. Mais le cynisme ne l’emportera jamais sur la déception, impossible d’être blasé, il faut se faire une raison. On se console, on y était presque, ça veut bien dire qu’un jour on y sera. Au fond, c’est ça l’essentiel, si on y arrive presque aujourd’hui c’est qu’un jour, peut-être, on y arrivera. Alors soyons optimiste, Rennes près(que) un club. Allez Rennes!
 

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