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Jamel Attal

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Le prix des buts

Rennes: le président et l'entraîneur (fable comique)

Scènes surréalistes à la télévision, après PSG-Rennes. Un entraîneur qui gagne à la veille de son éviction et un président gêné aux entournures. Des révélations officieuses, un lapsus, des justifications foireuses et des murs qui ont des oreillettes...
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Les minutes télévisées qui ont suivi PSG-Rennes ont été plus remarquables que les 90 qui avaient précédé, avec un enchaînement surréaliste d'interviews. Ça commence avec Grégoire au bord du terrain, qui révèle presque que l'annonce de la mise à l'écart de Paul Le Guen sera faite le lendemain, répétant l'adjectif "officieux" de telle sorte que le doute n'était plus permis. Une certaine amertume était perceptible envers les dirigeants, au moins coupables de ne pas assumer leur décision, secret de polichinelle depuis quelque temps. Il y a ensuite le lapsus de Paganelli, un peu nerveux au moment d'interroger l'ancien du PSG: "Vous êtes bien dans ce club" lâche-t-il en pensant au stade, ce qui déclenche la moue ironique de son interlocuteur.
C'est surtout le contraste entre ses paroles et celles de son Président qui a frappé les esprits. Au technicien calme et souriant succédait un Ruello désagréable et sur la défensive, empêtré dans ses euphémismes sur l'avenir de son employé. Tout l'embarras du monde perçait dans ses yeux, et on aurait juré qu'il avait le cul merdeux. Politiquement, cette victoire est une très mauvaise affaire, il l'aurait presque désirée pour conforter un choix qui semble d'autant plus discutable. Le malaise était accentué par cette image de Le Guen portant le casque à ses oreilles, dans une autre pièce, curieux d'écouter la déclaration présidentielle comme si son sort n'était pas encore tout à fait scellé, ou qu'il tenait à entendre le nom de celui qui lui succèdera (ou dont il deviendra l'assistant).

Quel sort cruel pour le Stade Rennais qui voit Le Guen partir, Ruello et Pinault rester. Ce départ prémédité doit devenir officiel au pire moment pour les dirigeants bretons: au soir d'une victoire symbolique à Paris, à l'encontre d'un entraîneur qui ne suscite que de la sympathie. C'est-à-dire au moment où l'on a l'impression —malgré de très mauvais résultats à domicile qui ont eu un effet de loupe sur le public— que l'équipe se révèle enfin, qu'elle est en place et finalement pas distancée dans ce championnat où le 12è peut encore espérer être champion...
Devant le micro, Ruello ne trouve qu'un argument pour justifier à l'avance l'arrivée d'un successeur sur le banc: "Il manque un style à cette équipe". La belle affaire, en ces temps de réalisme où triomphent pourtant les coyotes de la finance comme... François Pinault (certainement pas un esthète, malgré ses collections d'art). C'est un peu comme si Ferrari virait son ingénieur en aérodynamique parce que ses voitures sont moches. S'il manque quelque chose à cette équipe, ce n'est pas un style, c'est du temps pour se constituer une identité et exploiter le potentiel extraordinaire de ses joueurs. Ce qui lui a manqué, c'est un recrutement un peu plus cohérent, dont aucun responsable n'est vraiment l'auteur.
Une amélioration sensible de leur rendement à domicile permettrait aux Rennais de remonter les marches, et le maintien de Le Guen n'aurait rien d'un pari insensé pour mener à terme cette mission. Les recrues sud-américaines nous préparent peut-être déjà une revanche retentissante, qui sait?
Un retournement est encore possible, pourquoi pas, si les doutes s'immiscent dans l'esprit de Ruello, s'il est pour une fois bien inspiré. On observera donc avec curiosité la suite des événements, mais plus encore leurs conséquences à long terme.

Un entraîneur viré prématurément est forcément un peu idéalisé (comme Braga à Marseille ou Nouzaret à Saint-Etienne). Comme ses deux confrères, Le Guen a été salué chaleureusement par ses joueurs. Sa personnalité nous semble assez exemplaire en effet, et on espère toujours que les circonstances le laisseront devenir un entraîneur de talent, tel qu'on se l'était imaginé. Qu'il soit, après d'autres, victime à son tour d'un management expéditif n'est pas pour améliorer l'image des impatients, et pas toujours très compétents, dirigeants de club. En France, ces dernières années, les erreurs graves ont été commises plus souvent par des présidents que par des entraîneurs. Ceux de Rennes sont-ils sur le point d'en commettre une nouvelle?

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