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Jérôme Latta

 

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Retour vers le No Future

Qui veut se faire Gourcuff?

Délit de belle gueule? Crime de lèse-majestés? Excès de bonne volonté? On se demande ce qu'a fait Gourcuff à certains internationaux et journalistes pour qu'ils l'expédient ainsi sur le banc.
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La thèse selon laquelle Yoann Gourcuff a été borduré par certains cadres du groupe voyant d'un mauvais œil son influence médiatique grandissante et son accession à un statut enviable au sein de la sélection est d'une authenticité invérifiable, mais elle a bonne presse. Si elle a un semblant de vérité, on a de quoi se désoler de la mentalité de joueurs – internationaux stars – qui, après avoir trahi une susceptibilité pour leurs places dans le bus au moins aussi grande que pour leurs places sur le terrain, manœuvreraient pour évincer un partenaire qui leur fait de l'ombre... Mais en laissant cet aspect de côté, il y a au moins de quoi s'étonner de la façon dont cette mise à l'écart est cautionnée par une partie de la presse sportive.


Malaise malaise

L'Équipe ne craint pas de trahir la partialité de ses arguments: dans son "baromètre des Bleus" de dimanche, le journal classe Gourcuff parmi les "insuffisants" de son tableau... tout en affichant sa note moyenne de 5,7 (lors des trois matches de préparation), qui contraste singulièrement avec celles des joueurs placés dans la même catégorie: Mandanda (4), Réveillère (4) et Anelka (4,7). Encore plus étrange: les internationaux étiquetés "passables" (dont Henry, Sagna, Abidal, Évra ou Toulalan) présentent tous des notes elles aussi inférieures (1).

gourcuff_2.jpg

Ce n'était toutefois qu'un avant-goût de la page de lundi, entièrement consacrée (moins un encart publicitaire) au "malaise Gourcuff". Académie de journalisme sportif, circulaire n°80005-JK-32: prenez n'importe quel faux problème, mettez "malaise" devant, et vous avez du grain à moudre pour des jours. Nota bene: ne craignez pas d'inverser la perspective en attribuant ledit malaise à celui qui en est victime et non à ceux qui en sont responsables.
Le procédé le plus contestable consiste à faire le constat de la perte d'influence et de qualité du joueur "depuis France-Irlande"... sans noter qu'il s'applique à la quasi-totalité des autres Tricolores. Pourquoi lui, alors? Et pourquoi, de surcroît, n'a-t-il même pas droit à la défense, la page étant entièrement critique, sans aucun contrepoint? Pourquoi des journalistes, plus que d'évoquer un lobbying au sein des Bleus, y collaborent-ils directement?



Choisir Gourcuff

Sous l'effet de la vogue Diaby, aussi légitime soit cet engouement, voilà le numéro 8 des Bleus désigné comme principal candidat à une relégation sur le banc, au motif... que certains coéquipiers lui préféreraient le Gunner. Drôle de récompense, pour ceux qui manœuvreraient à leur profit personnel, et drôle de sanction pour un joueur dont la bonne volonté est plutôt frappante dans un tel contexte: lui n'a pas récriminé sur son placement et a accepté sans broncher de perdre le statut de meneur de jeu (2).

gourcuff_1.jpg

Surtout, sur le plan sportif, s'il n'a pas brillé, Gourcuff a plutôt évolué au-dessus de la moyenne. Il a donné l'impression de vouloir se mettre au service des autres et de trouver des solutions collectives, en dépit d'un déchet technique malheureusement aussi important que celui de ses partenaires. Ribéry a probablement été plus "influent", mais sur un mode plus individualiste et dans une zone plus avancée. Or, c'est justement sur la capacité de Gourcuff à faire du jeu plus qu'à mener des actions personnelles que l'on peut fonder des espoirs, notamment pour assurer l'animation au milieu et la liaison avec les attaquants – deux conditions sine qua non pour donner vie au schéma, quel qu'il soit.

Autre élément majeur: dans une formation qui peine à se créer des occasions et/ou à être efficace, la qualité de ses coups de pied arrêtés apparaît comme un atout dont il serait absurde de se priver (rappelons le but de Gallas contre la Tunisie). Enfin, il semble en progression physique et technique en comparaison de son niveau de fin de saison à Bordeaux: comme des autres sélectionnés, on peut raisonnablement attendre de lui qu'il arrive en bonne forme au moment de la compétition.


Aujourd'hui, pour une équipe aussi pauvre en certitudes, parier sur Gourcuff apparaît comme une évidence, même si ce pari n'est pas sans péril. Sa saison décevante ne doit pas faire oublier sa contribution directe à la qualification et la qualité qu'il avait alors démontrée: ce potentiel ne s'est pas évaporé, et pour espérer avec les Bleus, il faut croire en son retour en Afrique du Sud – comme en celui de Ribéry ou en la confirmation de Malouda, Lloris, Toulalan, etc. Il est en tout cas surréaliste de voir le "débat" porter sur joueur qui a aussi peu de responsabilités dans les difficultés actuelles des Bleus.


(1) Cette logique ésotérique n'a rien de très étonnant de la part d'un média qui avait contribué au discrédit de Trezeguet en 2006 en faisant dire n'importe quoi aux "statistiques" et en soutenant des argumentations à sens unique (lire "L'assassinat de Trezeguet").
(2) La rubrique football de L'Équipe y voit un manque de caractère, ce qui semble encore donner raison aux egos et aux orgueils déplacés: "Quand Anelka décide de ne pas suivre ses trois premiers ballons en profondeur contre l'Espagne, il renonce et lui donne dans les pieds le quatrième, plutôt que d'imposer sa vision".
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