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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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France-Roumanie : les gars

Quatre vérités et un enterrement

Raymond Domenech prend la fuite... du Parisien en pleine poire. Réussiront-ils à le faire sauter sans attendre? Bonus : Pires, la boîte à meuh.
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Il n'a pas fallu longtemps pour que Raymond Domench porte seul le chapeau du score (on a déjà oublié le match) de France-Roumanie. Mais peu importe, à la rigueur, la réalité des responsabilités du sélectionneur à cette heure (il porte au moins celle d'avoir laissé se développer ce foutoir): elles ne peuvent de toute façon s'évaluer sur cette rencontre, mais sur l'ensemble de la phase qualificative. Ce qui frappe, c'est justement le moment où une nouvelle crise éclate, avec une violence certaine: très exactement entre deux matches décisifs.


leparisien_domenech.jpg"Révélations accablantes"
C'est Le Parisien qui a allumé la mèche: après la "rupture" entre les Bleus et leur public, voici le "divorce" entre les Bleus et Domenech. Pour l'occasion, le journal renoue avec sa spécialité: la plomberie d'investigation, une philosophie qui a fait de la taupe du Camp des Loges la plus grande star animalière française depuis Mabrouk. "Et soudain, Henry prend la parole". Le lecteur est littéralement transporté dans la pièce où se déroule le drame.
Ces citations si détaillées sont-elles des retranscriptions d'enregistrement, des propos rapportés, recueillis? Ce n'est pas le sujet, l'important, c'est l'effet qu'elles font et la version à retenir: "Thierry Henry, au nom de l’effectif, a dit ses quatre vérités au sélectionneur national. Nos révélations sont accablantes pour Raymond Domenech, dont le divorce avec son groupe est désormais consommé". Un rien orienté, comme présentation, mais elle répond efficacement à la demande.


L'archange Thierry
Henry porte les habits du porte-parole, du héraut: "Ce que tout le monde voit, pense et écrit à l’extérieur, Henry a osé le dire à l’intérieur". Henry est tout à la fois la Liberté guidant le peuple et l'Archange de la révélation (1). On pourrait douter un peu de la légitimité d'un joueur qui a plus assuré que justifié son statut individuel en sélection au cours des dernières saisons, défendant en fin politique sa place en pointe et son siège dans le bus, mais ce serait de la perfidie.
Le reste du récit est en ligne, et chacun jugera de sa véracité ou de la sincérité des démentis apportés depuis – par Thierry Henry lui-même, rien moins qu'au 20 heures de TF1. En tout cas, le scénario n'est pas nouveau (2). Les acteurs non plus. Bavards impénitents, Christophe Dugarry, Robert Pires et Emmanuel Petit (Bixente Lizarazu interviendra probablement dès il aura pris sa douche) ne sont pas retenus par l'intérêt supérieur de la sélection. Ils veulent en finir vite. "On ne peut pas continuer dans de telles conditions. Ce n'est pas possible", explique le premier. "Il est incompétent", assure le second, qui semble un peu resté coincé en 2004 (lire "Pires, la boîte à meuh").


Débarquement immédiat
C'est ce qui frappe le plus: on a l'impression, chez les détracteurs de Domenech les plus radicaux, qu'il faut en finir maintenant que l'occasion se présente, sans attendre la fin de l'histoire. Ils abandonnent même ce qui leur restait de retenue en ne craignant pas de jouer contre l'équipe de France à un moment délicat, en favorisant consciemment une implosion du groupe et en tâchant de rendre impossible la mission du sélectionneur. "La scène que nous révélons va laisser des traces", promet Le Parisien dès le sous-titre, qui assène en conclusion: "Raymond Domenech ne peut plus diriger cette équipe". On s'est ratés en 2006, on l'a raté en 2008, maintenant on tire sans sommation. Tant pis si l'utilité principale de cette exécution serait aujourd'hui de défouler la frustration accumulée...

On avait dit, avant la décision de la Fédération en juillet 2008, qu'une reconduction de Domenech impliquerait une instabilité ingérable pour le sélectionneur et nuisible à la sélection (3). Cela n'a pas manqué. Le président de la Fédération, Jean-Pépère Escalettes, a même ouvert le parapluie la semaine dernière et pointé la responsabilité du sélectionneur. Reste la demi-surprise, quand même, de voir des mines exploser à l'avant-veille d'un déplacement en Serbie, avec deux effets possibles: soit la polémique resserre le groupe, ce dont on peut douter tant l'épine semble bien enfoncée dans le pied, soit elle précipite un délitement qui se traduira au Marakana de Belgrade. Le tableau d'affichage fera encore office de juge de paix, mercredi soir.


(1) "Il faut saluer ici le courage dont a fait preuve Thierry Henry. L’homme aux 112 sélections a exercé pleinement son rôle de capitaine et de leader. En témoigne, d’ailleurs, son but samedi à Saint-Denis, de ceux qui comptent, comme quasiment à chaque fois. Malgré les désaccords, le Barcelonais a trouvé les ressources nécessaires pour montrer la voie à ses coéquipiers face à la Roumanie, affichant une nouvelle fois un mental hors norme".
(2) Les fuites sur la mauvaise ambiance au sein de la sélection ou sur l'absence de leadership de Raymond Domenech n'ont manqué ni en 2006, ni en 2008. Elles constituent un genre journalistique, et la préservation de l'intimité d'un groupe, depuis 98, est un enjeu à part entière pour le staff d'une sélection.
(3) "Il est évident qu'un nouveau mandat de deux ans pour Domenech se déroulerait sur un terrain profondément miné par les procès et les malveillances. Son autorité serait constamment attaquée, au point de compromettre son travail, sa sérénité et l'indépendance de ses choix, mais aussi de précipiter des "crises" à la moindre contre-performance ou d'introduire le doute au sein même du groupe. (...) Avec Domenech, la sélection risque d'être ingouvernable". Lire "Le choix et les embarras".



Pires, la boîte à meuh
pires_guilty1.jpgTémoin à charge cité par Le Parisien, le pauvre Robert Pires est devenu depuis quatre ans une sorte de gimmick médiatique, une boîte à meuh qui vagit le "manque de respect" que lui a témoigné le sélectionneur, jadis. Le joueur s'était déjà épanché dans Le 10 Sport vendredi, il ne se fait pas prier pour revenir à la barre (1).

Robert Pires est un paradoxe: tristement blessé, au meilleur de sa carrière, juste avant la Coupe du monde 2002, il échappe aux tombereaux de critiques déversés sur des Bleus vus comme des roitelets avachis dans leurs privilèges. Pourtant, il s'évertue ensuite à incarner le type de l'international-sénateur détenteur d'un siège à vie en sélection. Il perd sa lucidité en allant jusqu'à croire les notes flatteuses que lui met son ami Pierre Ménès dans L'Équipe alors que ses performances sont, sous le maillot tricolore, en chute libre. C'est d'ailleurs après la pire mi-temps de sa carrière internationale, un soir à Chypre où Domenech commet l'outrage de le remplacer à la pause (d'accord, par Daniel Moreira), qu'il vit un grand psychodrame personnel... et sa dernière sélection, quelques interviewes incendiaires (les premiers d'une très longue liste) venant ensuite griller la possibilité d'un aplanissement – lire "Les gros mots du Petit Robert". (2)

Depuis lors, l'étoile de Villarreal récrimine auprès de quiconque veut l'entendre. "J'ai fait une croix sur les Bleus. J'ai compris depuis longtemps que j'aurai beau être le meilleur sur le terrain, il ne m'appellerait pas". Robert Pires s'estime-t-il encore éligible? Il est tellement meurtri qu'il n'envisagerait pas d'assister à un match de l'équipe de France: "Faut pas exagérer". Le vicomte Robert s'offusque même que celui qu'il dénigre constamment ne soit pas venu le saluer à l'occasion d'un Arsenal-Villareal: "Cela en dit long sur son courage". Quant aux difficultés des Bleus: "J'ai mon explication. Mais je la garde pour moi". Perdu, Roberto, tout le monde l'a vue.


(1) Lire son interview sur leparisien.fr. Notez la présentation tout en objectivité, et l'ironie de Pires développant à propos de 2006 la théorie de "l'accident" qu'on avait entendue à l'encontre de Jacquet en 1998. Autre interview sur football365.fr.
(2) Afin de lui souhaiter un joyeux Noël cette année-là, la Fédération le condamne à 50.000 euros d'amende pour s'être présenté à une interview de Téléfoot en tenue de son sponsor personnel, au grand dam du fournisseur officiel. Sa casquette "Guilty" devient le symbole de sa rébellion.

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"Pour continuer à passer à la télé, j'ai pensé au surf, mais c'est un peu bouché. Alors j'hésite encore, selon qu'une place se libère pour présenter La grande course ou Le journal du hard".
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