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Christophe Kuchly

 

Parlait tactique sous l'identité de L'apprenti Footballologue chez horsjeu.net, et a créé le site L'instant X avant de rejoindre les Dé-Managers. Traîne sur le forum sous le nom de Radek Bejbl et écrit dans La Voix du Nord et La Voix des Sports.


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PSG-Barcelone : Paris à très haut débit

Supérieurs dans tous les domaines à une équipe qui n'a jamais trouvé la "MSN", les Parisiens ont mis en lumière les lacunes barcelonaises avec fracas (4-0). Ce n'était qu'un huitième de finale aller, mais la prestation fera date et ouvre des perspectives intéressantes.

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"S’ils jouent dans votre camp, il y aura obligatoirement des moments où les trois de devant seront dangereux. En revanche, s’ils sont dans leur moitié de terrain, ils sont en difficulté car ils ont du mal à remonter le ballon." Raynald Denoueix, interrogé par Sud Ouest avant la rencontre, connaît son Barça. Unai Emery aussi. Mardi soir, pour Paris, c'était l'un de ces matches où tout fonctionne, où les joueurs magnifient le plan de jeu. Face à un adversaire prestigieux mais réduit au silence, il n'y a pas eu exploit mais démonstration. Avec, dans le rôle de professeurs, des jeunes d'une insolente confiance.

 

 

Les bons ingrédients

Le football a ceci de particulier que deux résultats diamétralement opposés peuvent être jugés comme logiques. Si, lors des audacieuses relances parisiennes depuis l'arrière, une passe avait été mal assurée, Suarez et ses copains en auraient sans doute profité. Même chose si le pressing avait été cassé et les attaquants barcelonais trouvés. L'histoire de la compétition rendait la probabilité forte, cette équipe catalane ayant pris l'habitude de sanctionner chaque erreur grâce à un trio offensif incroyable. Même si un Atlético pourtant pas génial venait de bousculer Barcelone en Coupe. Même si, cette saison, le milieu prend régulièrement l'eau, Busquets et Rakitic ayant considérablement baissé de niveau et le physique d'Iniesta commençant à le trahir.

 

 

Plutôt que le passé, il fallait donc saisir le présent. Et le présent, en ce jour de Saint-Valentin, c'était un club parisien capable de faire tout ce qui embête Barcelone, mieux que tout le monde. Du pressing pour mettre en danger une équipe pas si sûre techniquement? Cavani a sans cesse coupé la première relance, immédiatement aidé de l'un des trois milieux axiaux après la transmissin, puis de l'un des ailiers dans la zone où le Barça pensait construire. Du jeu placé pour forcer des joueurs de ballon à défendre? La prestation de Kimpembe, impeccable en défense mais surtout propre dans ses relances sous pression, quelque chose que Thiago Silva n'a pas forcément dans son (grand) répertoire, symbolise le talent parisien. Et là où l'Atlético rate des penalties où subit un drapeau levé à mauvais escient, Paris convertit des occasions pas toujours évidentes et ne baisse jamais le pied. Pris comme ça, ce succès devient finalement très logique.

 

 

Un bon cuisinier

Depuis des années, Unai Emery a prouvé qu'il maîtrisait à la perfection la préparation de confrontations aller-retour et avait plus de mal en championnat, où l'identité de jeu et sa reproductibilité sont plus importantes que la lecture détaillée d'une échéance précise. Que la preuve en soit faite en Ligue des champions et dans de telles proportions peut surprendre, mais peut-être pas autant que le niveau d'intensité – pas que physique – atteint par ses hommes. Hormis peut-être Kurzawa, pas toujours concentré, tous les joueurs ont atteint en même temps une forme de plénitude footballistique. Le troisième but, construit depuis l'arrière et qui troue le (médiocre) pressing barcelonais, nécessite ainsi un niveau technique qu'on attribue généralement au camp d'en face. Alors, avec une énergie largement supérieure à celle des Catalans, seul le réalisme pouvait changer le visage d'un match à sens unique.

 

 

Là où Busquets et un André Gomes très rarement bon quand il n'est pas en sentinelle ne courent pas tellement, Verratti, Rabiot et Matuidi cavalent. Et si le dernier a d'autres qualités, les deux premiers n'ont actuellement rien à envier à leur vis-à-vis balle au pied. Égalité (voire mieux) technique des deux milieux à trois et supériorité dans l'intensité? Pas seulement. En multipliant les déplacements, les Parisiens ont créé des surnombres aux quatre coins du terrain. Quand Di Maria décroche et se recentre pour s'insérer entre les lignes, Neymar attend devant. Quand Cavani revient, Suarez occupe sagement sa zone. Quand Meunier monte, ni Neymar ni personne ne le suit. Tout seul pendant quasiment tout le match côté droit, le latéral belge symbolise le choix barcelonais: ne pas faire défendre l'ailier dans sa zone et profiter des espaces. Une impasse à quitte ou double qui ne paye pas quand la balle n'arrive jamais. Le Brésilien a certes fini par l'avoir en deux ou trois occasions, mais la fenêtre s'est aussitôt refermée. Une fois, il resta un courant d'air, mais Gomes ne cadra pas sa tête.

 

 

Un plat dégusté 

Le concert de louanges est forcément à pondérer par le niveau de l'équipe adverse, pas à la hauteur de son nom et de celui de ses stars. Mais impossible de réduire le match à une déroute bien exploitée par un PSG en jambes. Dans ce jeu risqué, où n'importe qui, en partant de Trapp dans les buts, peut compromettre une action en ratant une passe ou un contrôle en possession du ballon où en faisant la mauvaise course une fois sans, le rôle de Messi est vite devenu clé. Puisque les ballons n'arrivaient jamais dans la zone dangereuse, l'Argentin a reculé pour les monter lui-même, ce qu'il fait de plus en plus et qui a rythmé sa carrière en sélection. S'il réussissait un ou deux dribbles, il pouvait se retrouver avec quinze mètres d'espace, Suarez à sa droite, Neymar à sa gauche.

 

 

Et bien non. À l'image de ce tacle de Rabiot qui amène le deuxième but, les Parisiens l'ont parfaitement muselé, jouant de manière si compacte qu'il lui était impossible d'enchaîner. Sans rampe de lancement, sans vitesse, Barcelone perdait ainsi ses plus grandes forces actuelles. L'ère du tiki taka révolue, le jeu placé offre en effet beaucoup moins de possibilités qu'avant, et une équipe peut se regrouper par séquences sans être mise en danger. Paris, qui a beaucoup couru (112 kilomètres à 104) mais en variant au maximum ses sprinteurs au milieu, a ainsi eu la possibilité de gérer son physique sur des temps faibles pas nécessairement voulus mais salvateurs sans être risqués.

 

Il est pour l'instant beaucoup plus facile d'estimer la portée médiatique de cette victoire, et de la probable qualification, que sportive. En prouvant sa valeur dans les grands matches européens, Unai Emery a montré que son groupe a compris ce qu'il demande, déjugeant une partie des experts (qui étaient pourtant prévenus que ce match pouvait remettre pas mal de choses en cause) et confirmant que Paris est revenu dans une dynamique ancelottienne. Mais si le niveau atteint par le collectif dans son ensemble laisse espérer de grandes choses, la problématique posée par certains adversaires moins renommés et donc plus proches des oppositions domestiques pourrait paradoxalement être plus dure à résoudre. Mais ça, ce sera pour un autre jour...

 

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