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Pourquoi Petit doit revenir

Tribune des lecteurs Tout à la fois avocat et procureur, mais surtout conciliateur, BBB exhibe les pièces manquantes de l'affaire Petit-Santini et en exige la réouverture immédiate…
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Manu a raté sa sortie. Il n’aurait pas dû si mal parler à Jacques. Mais va-t-on le laisser partir comme ça? Non, parce qu’on l’aime! MANU, TU EXAGERES ! Contradictions Or donc Emmanuel Petit vient de tenter de mettre fin à sa carrière internationale, en se tirant une balle dans le pied. C’est que ce n’est pas toujours simple avec Manu. Bombardé philosophe officiel des Bleus par une presse qui mésestime les qualités nécessaires à une bonne maîtrise de la Playstation, il ne répugna pas à disserter sur des sujets aussi peu urgents que l’état du monde et l’avenir de l’humanité. Et aussi sur son moi-même profond qu’on comprend tout le temps de travers. "Qui connaît ma vraie personnalité?...On va encore dire Petit est trop philosophe, il dérange, il fait chier..." prévenait-il dans l’Humanité en juin 2000, avant de dénoncer la "pensée unique", "celle des puissants et de l’argent" (dans leur tronche!). "C'est évidemment l’économie qui dirige", subodorait-t-il, perspicace. "Si je n'avais pas été footballeur, je crois que, comme beaucoup de personnes, je refoulerais mon amertume et peut-être que cela se transformerait en violence. Parce que je n'aurais pas la possibilité de changer la façon de vivre qu'on m'impose..." (10 juin 2000). Deux ans et trois pubs d’anthologie plus tard pour des petits artisans de terroir qui n’en veulent (Lu, L’Oréal et Pepsi), le discours s’est infléchi. Une semaine avant l’élection présidentielle (celle où à la fin...nan rien), au beau milieu d’un point presse à Clairefontaine, entre le jacuzzi et le baby-foot, Petit tape du poing sur la table de ping-pong: "il faut que la violence urbaine qui se trouve en France cesse. On a atteint des limites. On les a même dépassées depuis belle lurette. Il y a un réel problème d'insécurité dans les rues". Tu m’étonnes. Mais revenons au futchebol. Comment en est-on arrivé là, à cette sortie prématurée qui, nous tous vivants, n’aura pas lieu? Le 29 avril 2003, la France s’apprête à rencontrer l’Egypte en amical. Avant d’être finalement forfait sur blessure, Petit s’exprime dans les termes suivants, sur lesquels on ne peut que jeter un regard rétrospectif pour le moins perplexe (sources F365 et l’Equipe.fr): "J'ai connu pas mal de pépins physiques. Ces blessures tombaient mal, juste avant la publication des sélections. Il y a eu un mauvais timing, car à part ça, le sélectionneur m'a appelé à chaque fois. (…) Moi, je n'ai jamais douté. Tout a toujours été clair entre le sélectionneur et moi. Des questions, je m'en suis davantage posé sur mon mollet. Il y a toujours eu des contacts avec Jacques Santini ou les membres de l'encadrement. La veille de l'annonce de la sélection pour Malte et Israël, je l'avais eu au téléphone. Le médecin aussi... Il se déplace souvent à Londres. Tout est clair"... Et, à propos de la concurrence avec Vieira ou Makelele : "Beaucoup de choses ont été écrites sur le sujet et à un moment, cela m'a agacé. On a essayé de déclencher des polémiques. J'ai failli tomber dans le piège de la presse et dire des choses, mais je ne l’ai pas fait. En plus, j'étais blessé, on tire sur l’ambulance, c'est facile (…) C'est le sélectionneur qui décide". Force est de le reconnaître , le discours tenu aujourd’hui par Manu est presque le négatif exact de ses propos antérieurs. Le malaise qu’il imputait à une presse manipulatrice (on y reviendra) est désormais intégralement inscrit au passif de Jacques Santini. De deux chose l’une: en mai, Petit maniait-il la langue de bois, ce qui ne correspond aucunement à son image? Dans le cas contraire, peut-on croire que les griefs conçus en quelques mois puissent être pleinement fondés? Tu te fais du mal Quand bien même Jacques Santini aurait intentionnellement réduit son forfait téléphonique, il nous semble que Manu disposait d’autres solutions que de claquer la porte, et qu’il l’a fait d’une manière qui apparaît presque comme délibérément autodestructrice. Petit commet d’abord une erreur dans le timing, avec une lettre de rupture publiée avant un match décisif et pas forcément gagné d’avance, en donnant l’impression de faire peu de cas de l’intérêt d’une équipe à laquelle il a tant apporté.Il s’attaque à un sélectionneur qui est à la veille de qualifier l’EdF pour l’Euro avec 18 points en 6 matches. Son intervention suit une non-sélection, alors qu’il revient à peine d’une longue blessure en raison de laquelle il était de toute façon non sélectionnable depuis plusieurs mois, et alors qu’il a extrêmement peu de temps de jeu avec Chelsea. L’intention qu’il prête à Santini de le laisser à l’écart n’est pas établie, celui-ci l’a déjà rappelé depuis le Mondial, et n’a aucunement entrepris de grande lessive à l’égard des "grands anciens". Desailly et Lizarazu sont toujours là. Le groupe a simplement été ouvert à des jeunes issus des rangs des espoirs. Pourtant Petit s’en va, "à contrecœur", et se prive ainsi de chances réelles de disputer l’Euro. Quel gâchis! "Quelquefois, la patience vous permet de rétablir certaines situations", a réagi justement Marcel Desailly, déçu, et qui parle d’expérience. Car pour figurer dans le groupe, Petit disposait encore de plusieurs mois pour passer sportivement devant Pedretti ou Dacourt, d’une manière suffisamment convaincante pour obliger le sélectionneur à aviser ou, au pire, pour pouvoir mettre les pieds dans le plat avec d’autres arguments. Au lieu de cela il donne confusément l’impression d’avoir réclamé un statut que Santini semble fondé à refuser. Car tout ne pouvait plus se passer depuis un an comme si l’épisode coréen n’avait jamais existé. Si les suspensions de Makelele et Vieira pour le prochain rendez-vous des Bleus rajoutent aux regrets devant la décision de Manu, le joli but marqué par Dacourt confirme à nos yeux le caractère discutable et peut-être même sportivement injuste de ses exigences sous-jacentes. Enfin et peut-être surtout, n’était-il pas inévitable, en quinze ans de carrière, que Petit tombât un jour sur un sélectionneur avec lequel il n’aurait pas d’atomes crochus? Ce que l’Equipe de France, dont nul n’est propriétaire, a réalisé depuis près de dix ans avec Emmanuel Petit, ne l’a-t-elle pas dû aussi à l’effort de chacun pour surmonter les susceptibilités et les divergences, au profit d’un projet commun dont l’accomplissement donne une idée assez nette de l’Infiniment Beau? Il semble que, plus que les faits et gestes réels du sélectionneur, c’est la perception de ceux-ci par Emmanuel Petit qui a conduit à cette situation. Contre toute évidence, on veut continuer à croire que ce malentendu n’est pas irrémédiable. JACQUES, NE FAIS PAS TON GROS RANCUNIER ! Et si on s’engueulait dans L’Equipe ? Au lendemain d’une qualification de nature à conforter ses choix, quelle qu’ait pu être la faiblesse présumée des adversaires proposés aux Bleus (Santini n’est pas responsable du tirage au sort), l’ancien entraîneur de l’Olympique lyonnais réagit donc à des propos qu’il est à nos yeux fondé à considérer comme excessifs et injustes. Habile, il rend d’abord hommage à "Manu, pour tout ce qu’il a fait pour l’équipe de France". Puis justifie le fonctionnement du staff, en se défendant d’un traitement de défaveur pendant la blessure du Londonien. Et évoque subrepticement le timing de l’interview et l’attitude du journal L'Équipe: "ils voulaient peut-être me mettre en difficulté?" A ce sujet, il semble bien qu’Emmanuel Petit ait considérablement modifié ses rapports avec la presse et avec l’Equipe en particulier . En 2000 , il déclarait à l’Humanité, à propos de l’Equipe justement, "J'avais et j'ai dans ce journal des personnes que j'apprécie. Je leur parle mais je ne leur octroie pas d'interview... J'ai des principes.(…) J'ai des connaissances, des copains dans ce journal à qui je sers la main, à qui je parle mais il y a des choses que je n'accepte pas (…) Parce qu'il y a un monopole, on s'imagine qu'on peut écraser tout le monde (…) Quand on se sert du pouvoir pour écraser, parce que c'est une jouissance personnelle, on me trouvera en face. (…) Lorsque tu arrives à ce point de starification, on attend toujours le moment où on peut te déloger de ton piédestal. C'est typiquement parisien". Après avoir longtemps entretenu des rapports de méfiance avec L'Équipe, Petit en est donc venu à lui accorder une interview fracassante dans le cadre de relations nouvelles sur lesquelles Santini semble avoir son idée, sans la dévoiler tout à fait. De là à imaginer que l’organe monopolistique ait intrigué dans l’ombre pour instiller sournoisement l’insidieux poison de la discorde, il y a un pas, que nous franchirons allègrement et sans aucune espèce de preuve en criant cette exhortation: "Allez Manu, dis-le que c’est L'Équipe qui t’a monté le bourrichon!" D’ailleurs, il y déjà eu récidive pour fâcher Marcel et Zizou. Simonet-Makelele à la récupération Plus sérieusement, la réponse de Santini eut sans doute paru plus efficace s’il en était resté là. Mais le sélectionneur s’embarque aussi dans quelques arguties assez emberlificotées et superflues , en reprochant à Petit de mettre en cause, à travers lui, "les qualités humaines et les compétences des dirigeants, de Monsieur Simonet et des entraîneurs", cherchant inutilement à donner aux déclarations une portée qu’elles n’ont probablement pas. Surtout, revenant sur l’aspect sportif ("Petit fait peu de cas des performances de Makelele ou de Vieira"), coach Jacques lâche un très vilain: "Peut-être dira-t-il la même chose sur Claude quand il lui prendra sa place à Chelsea". Sous les dehors bonhommes, professionnels et consciencieux, se révèle alors une propension certaine à la rancune tenace et à l’enfermement, qui semble ajouter de l’eau au moulin au Comité de Défense du Vikash Dhorasoo (Comité de défense auquel, en passant, vient d’ailleurs d’adhérer un Luis Fernandez fort de la probante 11e place du PSG 2003 "Entre Pedretti et Vikash, je prends Vikash"). EPILOGUE. On peut donc désormais être à peu près certain qu’avec Manu et Jacques, on est en présence de deux belles têtes de cochon notoires, disposant d’un fort potentiel de ressentiment, et d’une capacité épatante à ajouter de l’irrémédiable à ce qui est déjà compromis. Faut-il donc se résigner? Non! Car l’intérêt supérieur de la Nation nous conduit à exiger qu’on n’en reste pas là. Tous nous nous levons pour le crier haut et fort: une médiation est indispensable! Qu’on s’excuse, qu’on se serre la main, qu’on en finisse avec cette dispute dérisoire! L’équipe de France n’est pas un club comme un autre. Porter le maillot tricolore est une chance, un honneur. On affirme qu’ Emmanuel Petit et Jacques Santini n’ont pas seulement la possibilité de dépasser cette querelle d’ego et d’affects: ils en ont le devoir. Et au premier chef, vis à vis d’eux mêmes. Il n’est pas trop tard! Dans le grand autobus qui conduira peut-être les Bleus aux Champs Elysées, via l’Estadio da Luz, point n’est besoin que les deux cabochards prennent place côte à côte. Mais il n’est pas concevable que Petit, s’il est rétabli et compétitif, regarde le départ du bord du chemin. Et qu’on ne nous oblige pas à une pétition-fleuve qui ne ferait que rajouter au caractère parfaitement couillon de cette brouille intempestive! Une main magnanimement tendue donne bien plus de bonheur qu’une riposte vacharde. Le 12 juillet 98, Monsieur Emmanuel Petit chevaucha sur toute la longueur du terrain et, récupérant le cuir, fit chavirer un peuple de 60 millions de Français en inscrivant un but d’Eternité. L’effort demandé aujourd’hui à Jacques et Manu est tout aussi généreux. Tu dois revenir, Manu. Pourquoi? Parce qu’on t’aime.
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