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Jérôme Latta

 

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Double jeu à la française

Pourquoi les appels à "l'union sacrée" derrière le PSG n'ont (plus) aucun sens

Minichro – La polémique est exaspérante, mais elle dit deux ou trois choses du football français (et de ceux qui le connaissent mal). 

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La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

 

* * *

 

Un arrêté interdisant le port du maillot du PSG à Marseille, finalement annulé, des personnalités qui appellent à "l'union sacrée" avec le club parisien: la finale de Ligue des champions a été beaucoup abordée sous le prisme de cette question: doit-on supporter un club français au motif qu'il représente la France?

 

 

 

 

Du côté des amateurs de football les plus fervents, on a eu tôt fait d'y répondre: non, évidemment. Si elle avait été posée autrement ("Peut-on…"), la réponse aurait été plus consensuelle: oui, évidemment. Tout le problème vient d'une injonction perçue comme aberrante, de nos jours.

 

Cela n'a pas toujours été le cas, et on peut en partie expliquer le désaccord par une fracture générationnelle. Longtemps, un football français complexé, en panne de résultats internationaux, s'est rangé derrière ses représentants, auteurs d'épopées sporadiques qui faisaient rêver d'un titre européen.

 

Reims, Saint-Étienne, Bastia ou Bordeaux ont endossé cette fonction de représentation nationale, et ce type de soutien a duré peu ou prou jusqu'au début des années 90, la victoire de l'OM en C1 marquant un double tournant: l'obtention de ce titre et le durcissement des rivalités intranationales.

 

Le "patriotisme sportif", qui vaut encore aujourd'hui pour beaucoup de disciplines (lors des Jeux olympiques, pour ne prendre que cet exemple) ou pour la sélection nationale (malgré une érosion sensible), est en effet ensuite tombé en désuétude dans le football, pour un ensemble de raisons.

 

Le développement du supportérisme en général et du mouvement ultra en particulier en est une, tant il a contribué à cristalliser et radicaliser les rivalités, à placer l'amour du club au-dessus de toute autre considération – parfois en dégénérant sous la forme du "clubisme".

 

La mondialisation du football et le développement d'une "culture savante" ont aussi favorisé une délocalisation des préférences et des identifications, de moins en moins nationales.

 

Enfin, il est difficile d'éluder le cas particulier du Paris Saint-Germain, représentant d'un football financiarisé et mondialisé, membre de l'oligarchie européenne, propriété d'un État peu exemplaire qui vise ses propres victoires géopolitiques à travers lui.

 

Il reste cependant des raisons légitimes de soutenir les clubs français sur la scène continentale. La plus prosaïque de toutes est le souci d'un coefficient UEFA qui détermine le nombre de participants européens et signifie le "rang" de notre football.

 

Sur un plan plus symbolique, notre complexe européen perdure aujourd'hui, et une seconde consécration en Ligue des champions serait de nature à l'alléger, le "Final 8" ayant déjà pris des allures de revanche pour notre Farmers League.

 

Chacun a bien le droit de se déterminer comme il l'entend, sans subir de réprobation. Ceux qui veulent décréter une "union sacrée" que ne demandent même pas les supporters parisiens trahissent au mieux leur anachronisme, au pire leur méconnaissance du football actuel.

 

Ce n'est pas qu'ils se trompent de combat: ce n'est même plus un combat. Comment en sont-ils encore à adopter de telles positions, voilà la question qui se pose en réalité.

 

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