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Eugène Santa

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Petit chimiste

Pourquoi le Brésil peut perdre

Les champions du monde en titre sont largement favoris de leur quart de finale contre la France. C'est justement ce qui pourrait les perdre.
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"Un accident". C'est ainsi qu'avait été considéré, par certains Brésiliens, la défaite face aux Bleus en finale de la Coupe du monde en 1998. Une thèse confirmée par le parcours des deux adversaires quatre ans plus tard en Asie. "Un accident": c'est aussi la manière dont la victoire de ces mêmes Français contre l'Espagne, il y a quelques jours, a pu également être interprétée. Car pour probant qu'il fut, ce succès intervint après trois rencontres jugées poussives au premier tour, et une campagne de qualifications loin d'être maîtrisée. Pour beaucoup, ce 3-1 fait donc figure d'exception au milieu d'une série de performances moyennes, alors même que les Auriverde ont poursuivi en huitièmes une première phase déjà convaincante, avec la bagatelle de dix buts inscrits en quatre rencontres. Les apparences sont toutefois trompeuses.


Des faiblesses collectives
Car la manière dont les victoires brésiliennes ont été acquises en disent beaucoup plus sur le véritable niveau de cette sélection que les résultats bruts et plutôt flatteurs qu'elle a enregistrés jusque-là. Dans le jeu, les Auriverde ont souffert. Ce fut le cas d'abord contre une Croatie brillante dans la construction, qui leur a posé d'incroyables difficultés en les obligeant à s'en remettre à un génial coup de patte de Kaka. Il a aussi fallu des trésors de patience pour subtiliser les trois points à des Australiens malins par leur occupation du terrain, et finalement mis KO dans les ultimes de secondes de la partie. En huitièmes, le Ghana a monopolisé le ballon et joué haut, multipliant les frappes au but mais laissant des espaces aux deux croqueurs de miles que sont les attaquants brésiliens. Finalement, seule la rencontre contre le Japon a permis de voir, lors de la deuxième mi-temps, le Brésil tel qu'on le connaît : fluide au niveau des mouvements, rapides dans les transmissions, brillant face à la cage.

De fait, les performances individuelles des membres du onze de Pareira n'ont pas toujours été à la hauteur des attentes. La méforme de Ronaldinho, jamais véritablement décisif sur ses dribbles, jamais indispensable par son apport au collectif, a été largement commentée. La complémentarité et l'efficacité de la paire Ronaldo-Adriano, qui a parfois ressemblé à une doublette de Darcheville essoufflés, doit l'être également. Surtout pour les performances du second d'ailleurs, souvent lourd et peu inspiré, alors que, Ronaldo a su redevenir  Ronaldo sur quelques éclairs de génie, comme ce magistral dribble en face à face avec Kingson, le gardien ghanéen, lors du tour précédent.
Finalement, les motifs de satisfactions brésiliens proviennent paradoxalement d'une section défensive qui s'est montrée souveraine à chaque fois, n'encaissant qu'un petit but en quatre rencontres alors que chacun de ses adversaires a pourtant eu son lot d'opportunités de faire trembler les filets.


Position d'outsider
Bref, pas de quoi grimper aux rideaux, même si l'efficacité clinique des Vert et Or, qui ont su à chaque fois assommer leur adversaires tout en déjouant, constitue un atout face aux difficultés bleues à se mettre à l'abri dans les mêmes conditions.
Le contexte pourrait également aider l'équipe de France dans sa quête d'une nouvelle place dans le dernier carré, qu'elle avait déjà glanée lors de trois des quatre dernières coupes du monde auxquelles elle a participé. Libérés de l'obligation de faire le jeu, les Bleus se retrouvent désormais face à des équipes qui ne peuvent avoir pour leitmotiv de bâtir un mur aux vingt mètres en attendant un hypothétique contre ou coup de pied arrêté. Après deux années d'affrontement face à des formations peu joueuses, pour qui un match nul face aux tricolores s'apparentaient à un véritable exploit, ces derniers ont désormais le droit de disputer des rencontres où ils se retrouvent justement dans la peau de l'outsider.

Ce quart de finale entre la France et le Brésil s'annonce donc beaucoup plus équilibré qu'il n'y paraît. Après tout, la victoire de l'Allemagne contre l'Argentine hier n'a pas démontré autre chose : le football est un sport qui se joue à onze, et où les manieurs de cuir ne gagnent pas toujours à la fin.
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