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La Gazette : 33e journée

Pourquoi l'OL doit perdre

Ligue 1, ton équilibre compétitif fout le camp! L’Olympique lyonnais doit-il cesser de dominer le championnat, dans son propre intérêt, pour en préserver l’intérêt sportif et surtout la valeur économique? Extrait du n°20 des Cahiers du foot, novembre 2005.

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L’OL remporte le championnat de France depuis maintenant quatre saisons. Mais si le club rhodanien continue de truster ainsi la première place du championnat dans les années à venir, il risque bel et bien de réduire à néant l’un des rares intérêts de la Ligue 1: son incertitude.

Cercle vicieux
Traditionnellement, il échoit aux ligues professionnelles de mettre en place des règles suffisamment pertinentes pour éviter que certaines équipes deviennent trop fortes ou trop faibles et réduisent ainsi l’intérêt des oppositions. Les économistes américains James Quirk et Rodney Fort ont mis au point une modélisation mathématique permettant de calculer le niveau d’incertitude dans un championnat, qu’ils ont baptisé "équilibre compétitif" (voir ci-dessous).

Le ratio de la Ligue 1 était de 1,2979 lors de la période 1996-2000. Pour les cinq saisons suivantes, soit la période d’hégémonie lyonnaise, cette valeur connaît une légère augmentation pour se situer à 1,3117 (1). Or, la compétition est d’autant plus vive que ce ratio sera voisin de zéro, identifiable à une situation théorique idéale. À l’opposé, le championnat de France sera d’autant moins incertain que cette valeur sera élevée. S’il est encore loin du ratio des championnats européens voisins (jusqu’à 1,5997 pour le Calcio depuis l’arrêt Bosman, par exemple), la situation se dégrade, surtout que les résultats des saisons 2003-2004 et 2004-2005 sont supérieurs à 1,4. 

Problème : plus le déséquilibre dans la compétition est prononcé, moins les téléspectateurs regardent leur petit écran. Et moins il y a d’audience, moins les télévisions sont enclines à investir dans ce spectacle sportif... Un vilain jeu de dominos qui, à terme, peut fortement handicaper les clubs, désormais financés, selon les estimations pour la saison 2005-2006, à 62% par les droits télé. L’UEFA est ainsi revenue à la formule des matches par aller-retour à partir des huitièmes de finales de la Ligue des champions, au détriment d’un deuxième tour de poule, afin justement de relancer l’intérêt menacé de cette compétition.


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Les atouts de la puissance
Avant d’anticiper cette éventuelle baisse, loin d’être acquise, l’OL possède les atouts suffisants pour pérenniser sa domination.  La clé de répartition actuelle des droits télé favorise le club, puisque 30% de la manne télévisuelle est attribuée au mérite sportif, en prenant en compte un lissage sur les cinq dernières saisons. Par ailleurs, les travaux de Boris Helleu démontrent que les clubs des grandes villes "présentent un meilleur pourcentage de victoires et concentrent la réussite sportive". Une manière de dire que les écarts de taille entre les marchés locaux contribuent au déséquilibre du championnat. Une grande aire urbaine offre une plus grande possibilité de remplir un stade, un tissu économique plus vaste pour tisser les liens de partenariat, et souvent, la présence d’une télé locale à laquelle revendre des droits de retransmission (2).
Enfin, Jean-Michel Aulas mène une politique de diversification de la marque OL cohérente et lucrative. Quand on sait que la plupart des ressources sont affectées au renforcement sportif de l’équipe, il y a de fortes chances que l’écart entre l’OL et ses poursuivants se creuse — au détriment de la valeur de la Ligue 1 elle-même.

Il faut toutefois relativiser. Il semblerait que l’hégémonie d’un seul club ne constitue que l’une des déclinaisons traditionnelles de l’équilibre compétitif. Malgré tout, les spectateurs préfèrent majoritairement assister à un championnat incertain. Le cas de la Premier League est assez symbolique. Lassés de la domination de Manchester et Arsenal, désormais arbitrée par Chelsea, 82% des fans anglais, selon un sondage publié l’hiver dernier, se sont déclarés favorables à un partage plus équitable des droits télé, afin de relancer l’incertitude...


(1) Estimations Centre de droit et d’économie du sport (CDES).
(2) Même si le CSA a émis récemment un avis défavorable sur le sujet.


L’équilibre compétitif
Selon Arnaud Rouger, auteur d’une thèse sur "La régulation des championnats de sports collectifs professionnels: entre équilibre compétitif et équilibre concurrentiel", l’équilibre compétitif est une mesure statistique qui est définie par l’écart-type du pourcentage de victoires (de chaque club), pondéré par un équilibre compétitif théorique (0,5, soit une chance sur deux de gagner le match). L’indice de référence n’est donc pas le nombre de points marqués mais le nombre de victoires. Cet outil, plus pertinent qu'une moyenne, permet donc de mesurer au mieux la dispersion des victoires dans un championnat.


Son principal inconvénient est qu’il s’agit d’un outil "aveugle". Il faut l’affiner avec d’autres instruments (classement, écart de budget, nombre d’internationaux dans l’effectif...) afin de cerner plus justement la domination d’une ou plusieurs équipes. Le ratio de la Ligue 1 est ainsi le plus bas des grands championnats, mais ce sont surtout les batailles pour les places d’honneur et pour le maintien qui sont vives.

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