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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Omam-Biyik 1990, l'Afrique s'envole

Un jour, un but – Le 8 juin 1990 à San Siro, François Omam-Biyik s'élève dans le ciel milanais et marque le premier but du Mondiale 1990.

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C'est un but plutôt curieux, issu d'une action pas vraiment construite, et pas vraiment achevée non plus. Le ballon a suivi une trajectoire dictée par le hasard et a terminé au fond des filets par accident. Mais ce but représente beaucoup. La prodigieuse détente de François Omam-Biyik, c'est l'envol du foot d'Afrique Noire.


but1990_omam_biyik.jpg


Maradona secoué dans un sommet décevant
On a passé l'heure de jeu depuis cinq minutes. Sur l'aile gauche, pratiquement sur la ligne de touche, le remuant Cyrille Makanaky se joue de l'argentin Nestor Lorenzo. Ce dernier apprécie moyennement et assène un bon coup de latte sur les chevilles de son adversaire. Michel Vautrot intervient pour siffler un coup franc mais ne juge pas utile d'avertir ni d'exclure le fautif argentin. L'arbitre français a pourtant la gâchette facile dans ce match tendu et brutal. Il a sorti quelques cartons jaunes et exclu André Kana-Biyik il y a cinq minutes pour une faute sur Caniggia. Bref, le coup de Lorenzo est presque une faute normale vu le contexte.

On attendait avec impatience cet Argentine-Cameroun en ouverture de la Coupe du monde 1990. Mais la promesse d'une excitante opposition de style tourne vite à la désillusion. Les Camerounais redoutent de se prendre une valise de buts et restent dans leur camp, assénant de violents tampons sur leurs adversaires et ne tentant que quelques contre-attaques désordonnées. Face à eux, les Argentins développent un jeu sans imagination, s'en remettant au seul génie de Maradona. Mais le Pibe de Oro ne touche pas un seul ballon sans être camionné de plein fouet. Un match ennuyeux et haché, qui donne malheureusement le ton de ce Mondiale 1990.


Un mystérieux entraîneur russe
Emmanuel Kunde se charge de botter le coup franc. Le ballon fuse au dessus des deux Argentins de faction aux neuf mètres quinze. Dans la surface, Makanaky tente de reprendre le ballon au premier poteau, mais pressé par Fabbri, il ne fait que dévier la trajectoire. Celle-ci décrit alors une étonnante courbe en cloche vers les six mètres. C'est la panique dans la défense argentine. Plus d'une fois depuis le début du match, les Argentins ont été surpris par la détente exceptionnelle de leurs adversaires. Lorsque Omam-Biyik prend son envol, on lit autant d'affolement que de résignation sur le visage des défenseurs. L'attaquant camerounais est déjà très haut lorsque le ballon arrive.

Sur le papier, la rencontre était déséquilibrée. Face aux champions du monde en titre et leur dieu vivant Maradona, le Cameroun oppose une équipe principalement composée de joueurs de D2 ou D3 française, certains même pas professionnels, d'autres sans club. Ils sont dirigés par un drôle de sélectionneur, Valeri Nepomniachi, un mystérieux Russe venu d'on ne sait où et qui ne s'exprime, parait-il, que dans sa langue natale. La préparation des Camerounais avait été catastrophique. Jusqu'à la veille du match, les joueurs ont passé plus de temps à discuter de leurs primes qu'à s'entraîner. Le gardien Joseph-Antoine Bell est monté au créneau face aux dirigeants. La veille du match, il obtient gain de cause pour ses camarades, mais perd sa place de titulaire.



but1990_omam_biyik2.jpgLe retour de Roger
Omam-Biyik a rabattu le ballon de la tête. Le gardien argentin a bien vu le coup venir et plonge du bon coté. Il semble maîtriser la situation, mais il est surpris par la vitesse du ballon. Celui-ci lui rebondit sur le genou et franchit doucement la ligne. François Omam-Biyik, attaquant de Laval tout juste transféré à Rennes, vient de marquer le premier but de la Coupe du monde 1990. Un but qui assomme l'Argentine. Maradona et les siens tenteront bien de remettre le match dans le bon sens, mais les Camerounais ont décuplé leur confiance. Ils font entrer en fin de match un joueur que l'on croyait à la retraite depuis longtemps: Roger Milla, trente-huit ans selon les fiches de la FIFA, vient apporter son expérience et son art de conserver la balle. Les Camerounais tiennent jusqu'au bout, même s'ils perdent un autre joueur, Benjamin Massing, à son tour exclu par l'arbitre.

Le Cameroun bat l'Argentine 1-0. Le monde du foot est un peu abasourdi. L'Afrique Noire remporte sa première victoire en Coupe du monde. Jusqu'alors, les pays du Maghreb (Tunisie 1978, Algérie 1982, Maroc 1986) s'étaient frayés un chemin dans l'élite mondiale, mais la partie australe du continent était restée un peu en retrait (Zaïre 1974, Cameroun 1982). Les Lions Indomptables ne s'arrêteront pas là. Une deuxième victoire contre la Roumanie (2-1, deux buts de Roger Milla) les propulsent en huitième de finale où ils se joueront du toque colombien (2-1, deux buts de Roger Milla, encore). Le parcours s'arrêtera à Naples en quart de finale contre l'Angleterre des Lineker, Gascoigne et autre Platt.

Le football africain a désormais perdu ses complexes. Grâce au Cameroun, la FIFA lui a octroiera quelques places supplémentaires dans le tournoi mondial. Et l'on a vu tour à tour le Nigeria, le Sénégal et  la Côte d'Ivoire faire frémir les meilleures nations européennes et sud-américaines. Aucun d'eux n'a encore remporté la Coupe du monde, mais il ne fait aucun doute que le grand soir arrivera. Et au moment de brandir le trophée, sans doute certains joueurs se rappelleront le but de François Omam-Biyik.
 

 

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