auteur
Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


Du même auteur

> déconnerie

Le Spectacle

> article suivant

Dernier carré

> article précédent

La Gazette de la L1 : 35e journée

> article précédent

Un lob mi-pigeon, mi-scorpion

Les enseignements de la Ligue des champions 2017/18

La plus grande compétition continentale va bientôt rendre son verdict. En attendant de savoir qui du Real ou de Liverpool soulèvera le trophée, il est temps de faire le bilan de ce qui s’est passé depuis l’automne. Tops et flops, en toute subjectivité.

Partager

 

Les tops

 

Roberto Firmino. Son association avec Sadio Mané et Mohamed Salah est l’une des plus dévastatrices d’Europe, et il en est peut-être la pièce la plus importante. Attaquant de pointe aux qualités de meneur de jeu, le Brésilien sait quand décrocher pour permettre à ses compères, principalement Salah, de plonger en profondeur. Mais ce rôle de libérateur d’espaces pour un ailier-buteur, qu’il remplit avec au moins autant de talent que le Karim Benzema de la grande époque, n’est pas son seul atout. Très fin techniquement et donc capable de faire les passes que ses milieux n’ont pas dans leur répertoire, il est également très discipliné au pressing, capable de bloquer la première relance et de répéter les courses sans perdre en lucidité. Avec dix buts (il est plus rapide de l’histoire à atteindre ce total en C1) et huit passes décisives en douze matches, il n’est devancé que par Cristiano Ronaldo et James Milner dans chaque catégorie.

 

 

Sergio Ramos. Sur courant alternatif en Liga, avec une certaine propension à relancer dans les pieds de l’attaquant le plus proche de lui et à oublier le marquage, le défenseur espagnol a toujours aussi un côté irritant dans son attitude. Mais la balance penche de plus en plus du bon côté, ses interventions en catastrophe compensant l’hibernation prolongée d'un Casemiro qui ne bouche pas les espaces entre le milieu et l’arrière-garde du Real. Ses buts en finale en ont fait l’un des joueurs les plus clutch de l’histoire, qui plus est vu son poste, mais le probable futur recordman de sélections internationales maîtrise également toutes les ficelles défensives: interceptions (il coupe deux balles de but évidentes contre le Bayern au retour), jeu aérien, compensations, coups de vice… Qu’est-ce que l’équilibre quand un joueur sauve presque toutes les situations d’égalité numérique?

 

Besiktas. Le groupe G, où figuraient aussi Porto, Leipzig et Monaco, était relativement homogène au niveau des effectifs mais la suite des événements incite à fortement relativiser le niveau de ses membres. Malgré tout, terminer en tête avec Adriano, Pepe, Ricardo Quaresma, Gary Medel, Ryan Babel, Alvaro Negredo et Jeremain Lens était un objectif beaucoup plus facile à remplir dans Football Manager 2013 que dans la vie réelle cinq ans plus tard.

 

Les barragistes. Liverpool, face à Hoffenheim, et Séville, contre Basaksehir, ont commencé leur saison en août. Et, comme Monaco l’an dernier, ils ont poursuivi leur parcours bien au-delà des poules. Comme quoi, adapter sa préparation pour disputer des matches à enjeu dès l’été ne se paye pas toujours sur la durée.

 

Wembley. Trois points en trois matches l’an dernier, trois victoires en poules puis une improbable défaite face à la Juventus en huitième: Tottenham a cassé l’idée que le stade, utilisé uniquement en Ligue des champions l’an dernier, était maudit lors des matches du milieu de semaine.

 

Le duel entre Léo Lacroix et Sergio Agüero. La qualification de Bâle pour les huitièmes a permis un affrontement impossible à imaginer quelques mois plus tôt. C'est aussi ça la magie du foot.

 

 

 

Les flops

 

Les champions. C’est à se demander si la compétition, qui envoie en finale deux équipes qui ont abandonné tout espoir de titre au printemps, est vraiment représentative du rapport de force entre les formations du continent. Est-elle une parenthèse incertaine qui récompense les opportunistes qui savent se transcender et ont la chance avec eux sur une double confrontation? Ou met-elle en valeur les équipes construites pour briller face aux autres gros bras mais qui, sur la durée d’une saison, perdent trop de points contre des "petits" regroupés devant leur but, faute de jeu placé abouti? Les écarts en tête des différents championnats permettent en tout cas de reposer des joueurs sans risque avant les grandes échéances, écartant l'idée que se fatiguer le week-end se paye en semaine. Mais il y a quelque chose de particulier à voir une Ligue des champions où la plupart des futurs champions galèrent. Surtout quand la perte d’intérêt sportif des compétitions nationales, tellement grande que Barcelone n’a par exemple quasiment pas fêté son doublé, fait de la C1 LA compétition que tout le monde veut gagner.

 

 

L’Atlético Madrid. Pour une fois, la réussite n’était pas avec les hommes de Diego Simeone en coupe d’Europe. Mais s’il y avait possibilité de faire mieux face à la Roma et Chelsea, le sentiment de gâchis vient surtout de ces deux matches nuls face aux Azerbaïdjanais de Qarabag, adversaire capable de bien défendre mais à qui les Blues passèrent dix buts. Malgré une expulsion à l’aller comme au retour, les partenaires de Pedro Henrique – nominé au trophée "je n’ai pas la tête de mon nom" avec Hamza Mendyl et Dimitri Foulquier – ont envoyé les Colchoneros en Ligue Europa. Vu la concurrence et le niveau de l’équipe depuis l’arrivée de Diego Costa en janvier, et même si le lot de consolation pourrait être sympathique, il y avait pourtant une énorme opportunité d’aller au bout.

 

Benfica. Seuls à finir sans le moindre point, les Portugais n’ont marqué qu'une fois en six matches. Et leur attaquant brésilien Jonas, meilleur buteur des six grands championnats avec trente-trois réalisations, n’a lui trouvé le chemin des filets. Une édition à oublier.

 

Philippe Coutinho. Un transfert à Barcelone, même avec l’interdiction de jouer en Ligue des champions, c’est probablement difficile à refuser. Mais, en restant quelques mois de plus à Liverpool, il y avait une belle histoire à conclure.

 

José Mourinho. Voir le dictionnaire Larousse, rubrique "les 0-0 à l’extérieur obtenus par refus d’attaquer ne sont pas des bons résultats", surtout quand l'adversaire préserve son meilleur finisseur.

 

Les mains dans la surface. Personne n’arrive à juger définitivement leur intentionnalité mais ça n’empêche pas tout le monde de râler.

 

  

 

Les constats

 

Les défenses ont un problème. On n’avait jamais eu une telle orgie de buts en demi-finale depuis que la Coupe des clubs champions est devenue Ligue des champions. Et Liverpool-Roma, avec treize réalisations, a atteint un total pas vu depuis 1960 à ce stade. À l’époque, Francfort avait mis 6-1, 6-3 aux Rangers, avant de prendre 7-3 en finale face au Real Madrid. Selon les sensibilités, on peut se réjouir du spectacle ou regretter que beaucoup d’actions soient la conséquence d’erreurs individuelles et de déséquilibres structurels. Un constat évident, d’abord: le jeu de transition, qui a pris le pas sur celui de possession, introduit un tempo rapide qui empêche le contrôle et les équipes d'être bien en place sur la phase défensive. Et la qualité individuelle des attaquants est actuellement supérieure à celle des meilleurs défenseurs. Il n’empêche, les lacunes sont parfois tellement évidentes qu’on se demande si le football de clubs est réellement en bonne santé. En tout cas, quatre ans après le carton madrilène impulsé par Ferenc Puskas et Alfredo Di Stefano, le catenaccio mijoté en Serie A s’installait sur le toit de l’Europe, l’Inter d’Helenio Herrera remportant sa première C1. Si l'histoire du foot est un éternel recommencement, un contre-modèle ne devrait pas tarder à émerger.

 

 

L’institution ne fait pas gagner les matches. Toutes les équipes d’Europe ont leurs soucis internes, leurs passe-droits et leurs joueurs à l’hygiène de vie imparfaite. Si Radja Nainggolan, fumeur assumé, a mis un doublé en demi-finale de Ligue des champions, c’est que la réponse ne peut pas être binaire – d’autant que le manque de médiatisation sur les soucis internes des voisins laisse penser que beaucoup de choses sont "très françaises", alors que la seule spécificité nationale est d’utiliser cette expression inepte. À Paris, l’extra-sportif est un vrai sujet mais aussi un sacré moyen de ne pas parler du terrain. Aujourd’hui, pour espérer gagner la Ligue des champions, il faut une adéquation entre la direction sportive et le terrain, c'est-à-dire des individualités capables de faire la différence dans les deux surfaces et une colonne vertébrale dont le style répond aux idées de l’entraîneur. Du mental et un peu de chance, aussi. Liverpool, privé de C1 entre 2014 et 2017 et qui essaie d'éviter de prendre des buts en alignant les inquiétants Loris Karius et Dejan Lovren, est en finale avec un effectif relativement inexpérimenté. Il n’y a pas besoin de perdre avant de gagner, il faut simplement savoir gagner les matches qu’on pourrait perdre.

 

Vida n’est pas resté longtemps. Seize minutes de jeu dans la compétition, une faute, un carton rouge et une défaite 5-0. Domagoj Vida, défenseur de Besiktas, n’aura probablement pas suscité de vocations chez les téléspectateurs. Le milieu juventini Fabrizio Caligara a lui pris un jaune en seulement trois minutes. À l’inverse, Thiago Silva n’a jamais été averti, ne faisant qu’une seule faute durant la compétition.

 

La possession peut être stérile. Les deux rencontres les plus déséquilibrées niveau tenue de balle? Dortmund-APOEL Nicosie et Manchester City-Bâle, bouclées à 71% de possession pour l’équipe à domicile. Les scores? Un nul 1-1 et une (anecdotique) défaite 1-2.

 

Zinédine Zidane a un talisman magique spécial C1. Vous voyez une explication plus plausible?

 

 

 

Partager

> déconnerie

L'analyse en carton

> sur le même thème

Henri Michel, capitaine éternel

Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


Christophe Kuchly
2018-08-10

Promu et riche : Fulham et la fièvre acheteuse

Les Anglais n'ont pas fait toutes les folies estivales qu'on leur prêtait, et beaucoup de clubs français n'ont pu vendre des joueurs au double de leur valeur comme espéré. Mais, à l'image de Fulham, même les promus ont démontré une énorme force de frappe.


Christophe Kuchly
2018-08-08

Maurizio Sarri et Chelsea, un mariage d'ambition plus que de raison ?

Nouvel entraîneur des Blues, l'ancien technicien du Napoli va devoir imposer ses idées, radicalement différentes de celles de son prédécesseur. Le problème, c'est que son équipe a déjà pris du retard...


Alan Durand
2018-08-02

Benjamin Pavard, hors-champ et pleine lucarne

Comme Carlos Alberto en 1970, le latéral droit tricolore a marqué face à l'Argentine un but particulier. Juste avant sa frappe, il n'était pas à l'écran, son apparition soudaine ajoutant à l'effet de sa frappe.


>> tous les épisodes du thème "Le jeu, les joueurs, les entraîneurs"

Sur le fil

RT @ButterflAym: Article de U10 sur Valeri Lobanovski, entraîneur révolutionnaire soviétique. Il est notamment à l'origine de l'éclosion de…

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

L'empire d'essence

aujourd'hui à 22h10 - l'homme de la pampa : Question aux suiveurs assidus : Gasly aura le droit de jouer sa chance ou va-t-il devoir passer les... >>


Gerland à la détente

aujourd'hui à 22h10 - Hyoga : Il Capitanoaujourd'hui à 19h43Si c'est 5M€ c'est pas mal,--Ca veut surtout dire que si on croit... >>


Go Mouest !

aujourd'hui à 21h54 - McManaman : (j'avais raté cette discussion)Je n'ai vu en entier que le match à Cholet, qui était en effet... >>


LdC : La Ligue des Cahiers

aujourd'hui à 21h51 - nidieunimaître : primeaujourd'hui à 21h28>> Tu as bien changé. Fut un temps où, pour ce genre d'annonce, tu te... >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 21h42 - FPZ : Mama, je préfère très largement les Derechazos de Ripart après ses buts, qu’il continue... >>


LA GAZETTE : Les gestes / Les antigestes

aujourd'hui à 21h35 - Moravcik dans les prés : Antigeste : la tentative de dégagement d'Hiroki Sakai, très fort et droit sur Morgan Sanson, ce... >>


Marinette et ses copines

aujourd'hui à 21h25 - Vas-y Mako! : J'avais déjà vu des joueurs se signer en entrant sur le terrain ou en marquant un but, mais... >>


Les CdF : cahiers de doléances

aujourd'hui à 21h25 - McManaman : L'amour Durixaujourd'hui à 20h15C'est sur que présenté comme ça, je comprends mieux.@Mev : on... >>


Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 21h08 - lotbur : Avec Palencia à droite et Sabaly à gauche plus Kounde et Pablo dans l'axe je pense que ça... >>


Le fil éclectique

aujourd'hui à 21h04 - Philou Vercruysse : Oui, tu peux quasiment calculer l’ecart si ta situation familiale n’a pas changée.Tu appliques... >>


Les brèves

Il est des nô-ôtres !

"Guingamp : Eboa Eboa prolonge." (lequipe.fr)

Souici 2

"ASSE : Souici vers un nouveau prêt." (lequipe.fr)

Speed dating

"Kylian Mbappé : pas de temps pour les filles." (femmeactuelle.fr)
Mbappé, court toujours.

Gaolin Soccer

“Chine : le superbe retourné de Gao Lin." (lequipe.fr)

Franche Sibérie

"Un policier russe aux Pussy Riot : 'Parfois, je regrette 1937'." (lemonde.fr)