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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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L’écho du silence

Le soleil se lève à Horn

C’eût pu être une blague, mais le projet est sérieux: le SV Horn, un club de football relégué cette année en troisième division autrichienne, met en place un partenariat avec des Japonais. Horn, nouveau Grenoble?

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Les clubs de football ne sont pas à la fête en Basse-Autriche. Le plus illustre – avec son palmarès de neuf titres en championnat et six en Coupe –, l’Admira Wacker Mödling, a souffert le martyre pour valider à l’ultime journée son maintien dans l’élite. En outre, il vient de perdre son ex-président Richard Trenkwalder (soixante-sept ans), dont le nom avait un temps été porté par le club et le stade, et avec qui il avait retrouvé la première division en 2011 et l’Europe dès 2012. Son concurrent régional, le SC Wiener Neustadt, a fini relégué au terme d’une saison où il a été longtemps lanterne rouge. En deuxième division, le SKN St. Pölten a vécu une année sans relief si l’on excepte sa première apparition en Europa League – et un tour franchi aux dépens du Botev Plovdiv – tandis que le SV Horn a fini au neuvième rang, synonyme cette année de descente directe.

 

 

Rêve ou réalité?

Horn? Une ville de 6.500 habitants située au nord-est du pays, pas loin de la frontière tchèque. Côté football, une Waldviertler Volksbank Arena de 4.000 places, et un effectif où évoluaient encore la saison dernière quelques joueurs ayant eu un peu de vécu dans l’élite, tels le milieu Kröpfl (ex-Wolfsberg) et l’attaquant ibérique Casanova (ex-Ried). Rien d’exceptionnel. Pourtant, ce club peu connu a éveillé un intérêt assez inattendu… au Japon. Et plus précisément celui de la Honda Estilo Co. Ltd., l’entreprise familiale du milieu international japonais Keisuke Honda. La compagnie nippone a été en pourparlers durant plusieurs mois avec le président du SV Horn, Thomas Kronsteiner, discussions qui ont abouti à la signature d’un accord en juin dernier. Déjà, des rêves de grandeur surgissent. Car sont évoqués une remontée immédiate chez les professionnels – pourquoi pas – et un accès futur à la Champions League – sérieusement?!

 

 

 

 

Ce n’est pas la première fois qu’un club autrichien est sollicité par de potentiels investisseurs ou partenaires pour participer à un "grand projet". Mais des paroles, il faut passer aux actes, et là, la concrétisation a généralement fait défaut. Souvent, les rêves sont restés rêves – sans doute pour le mieux. Car la réalité a pu tourner au cauchemar, parfois. L’Admira Wacker Mödling peut en témoigner, avec la venue de l’homme d’affaires iranien Majid Pishyar en 2005. Lui qui devait redorer le blason du grand club régional l'a au contraire plombé, et celui-ci s’est trouvé endetté et relégué en troisième division. Le SC Wiener Neustadt, créé avec l’aide du milliardaire Frank Stronach et la licence d’un autre club, est bien monté dans l’élite, où il a fini cinquième pour sa première saison. Mais, dès le départ de son mécène en 2011, il est devenu l’un des candidats favoris à la descente – ce qui s’est fait en 2015. En dehors de la Basse-Autriche, citons l’arrivée de Red Bull à l’Austria Salzbourg. Plus réussie en championnat, elle n’a pas pour autant permis à son mécène Dietrich Mateschitz d’arriver à ses fins: zéro qualification en phase de groupes en C1, malgré sept tentatives en dix ans. Alors, qu’un étranger complet à l’Autriche veuille tenter sa chance avec un club quasi-inconnu en dehors des frontières, dans un pays dont le championnat est loin de valoir celui des voisins allemand et italien, cela semble un sacré pari.

 

 

Japan Expo

Pourquoi la Honda Estilo Co. s’est-elle intéressée à l’Autriche en général, et à Horn en particulier? En fait, le pays a séduit les Japonais notamment grâce à une position géographique stratégique, en plein cœur de l’Europe, qui permet à la compagnie nippone d’envisager une extension intéressante de son champ d’action. Basée à Osaka, elle gère un total d’une cinquantaine d’écoles de football au Japon (pour environ 1.500 joueurs), et elle voit avec cet accord un moyen d’étendre son influence en Asie, en mettant en valeur un caractère désormais international. Quant au choix précis de Horn, préféré à quatre autres clubs mieux classés ou au palmarès plus brillant (Vienna FC, Wacker Innsbruck, Wiener Neustadt, Wiener Sportklub), il peut s’expliquer par des discussions soutenues, rendues plus faciles par le potentiel de progression du club, une armoire à trophées quasi vide [1], et la présence d’un Japonais dans l’encadrement – le co-entraîneur Masaki Morass. Les Japonais y croient tant qu’ils sont déjà passés aux actes: désormais, ils possèdent 49% de la nouvelle société par actions qui gère l’activité du club, ainsi que la présidence de la nouvelle entité, revenue à Youji Honda, un des frères de Keisuke.

 

Keisuke Honda, justement, s’est déplacé personnellement à Horn en juillet pour visiter les installations locales, y assister à un match contre le voisin Krems, et répondre aux questions des journalistes. À cette occasion, le milieu de l'AC Milan a indiqué que s’il ne revendique pas de participation directe au projet, il le soutient. Le but? D’abord voir le SV Horn progresser en s’appuyant sur les jeunes locaux, et ensuite une possibilité que l’effectif du club, qui serait alors dans l’élite, soit composé pour moitié de Japonais, avec comme idée qu’ils aient envie d’y venir pour y effectuer leur carrière. À la mi-juillet 2015, on est loin de ce seuil de 50%, les Japonais étant au nombre de deux: les milieux Sakaki Shota et Rintaro Yajima. Seront-ils les premiers d’une longue série?

 

 

Pro vs. Kontra

Les réactions? Elles sont partagées. D’un côté, il y a ceux qui se félicitent du fait que l’Autriche et le club de Horn aient pu profiter de leurs atouts et d’une législation sur les étrangers jugée moins contraignante par les Japonais. Ces optimistes espèrent le développement d’un vrai grand club en Basse-Autriche – où le dernier titre de l’Admira Wacker remonte à 1966! Une belle équipe qui pourrait concurrencer, sur la durée, les voisins viennois et le leader de ces dix dernières années, le RB Salzbourg. Que les Japonais aient opté pour un partenariat, et non une absorption, les rassure, et leur permet de croire à une possible coopération intercontinentale, un peu sur le modèle qu’a déjà tenté d’utiliser – sans trop de résultats – Red Bull à Salzbourg.

 

De l’autre côté, on trouve les incrédules, qui doutent de la viabilité et de la pérennité du projet austro-nippon. Pour Horn, remonter en deuxième division doit se faire immédiatement afin d’éviter le retour des barrages prévu pour 2017. Si le nouvel entraîneur Johann Kleer échoue, les Honda sauront-ils patienter? À l’assemblée générale du 9 juin qui a consacré l’arrivée des Japonais au SV Horn, le délai pour intégrer l’élite a été officiellement fixé à cinq ans. Mais même en cas de réussite, comment s’adapterait ce club qui n’a jamais ambitionné de prétendre à l’élite jusqu’ici, et qui pour y arriver devra également finir champion de D2? Les pessimistes misent sur un échec de cet amibiteux projet – il est vrai que le précédent Red Bull a montré que la réussite internationale ne se décrétait pas sur commande, ni par l’argent, ni par la célébrité. Le compte à rebours pour la mission Bundesliga est lancé, et la première étape est la reprise en Regionalliga, le 31 juillet. Souhaitons au SV Horn de ne pas connaître les problèmes du Grenoble Foot 38, dont l’ère japonaise n’a pas connu la réussite que certains escomptaient…

 

[1] Horn a gagné l’édition 2008 de la Coupe d’Autriche, celle où aucun club pro n’était engagé, à cause de l’Euro à domicile et d’un calendrier surchargé. En récompense: pas de qualification européenne, mais un match amical face au champion et une dispense de deux tours de Coupe en 2008/09.

 

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