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Ronahldoignon

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Atlético-Bayern : buteur comme Saul

Le secret du football

Et si la clé de notre amour irraisonné pour le ballon rond trouvait sa source dans les pulls roulés en boule pour créer deux cages imaginaires sur un terrain bosselé ?

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[Texte d’inscription soumis par Ronahldoignon]

 

J’ai commencé à vraiment regarder du foot assez tard. Lorsque j’étais à la fac, à Lyon, et que le grand OL représentait la Ligue 1 en Ligue des champions. Je n’avais que TF1 et cette équipe à aimer. Je suivais évidemment l’équipe de France, enfant de la génération 98 oblige, mais le moment où regarder du foot fut un vrai choix, ce fut devant Lyon et la C1.

 

Assez vite, j’ai cherché à comprendre pourquoi ce sport se mettait à me fasciner autant. Donc j’ai observé. Je me suis souvenu aussi. Du bitume, des champs à cratères où deux vestes faisaient office de cage et sur lesquelles une horde d’enfants courait et célébrait ses buts à la manière de. Je choisissais toujours Ibrahim Ba. Jamais su pourquoi.

 

Photo Rémi Belot.

 

Le secret des pulls en boule

Je n’étais pas très fort au foot. Et vu ma corpulence, j’avais choisi un sport plus adapté. Deuxième ligne dans le pack, c’était parfait. Mais au fond, déjà, le foot avait mes faveurs. En me souvenant, j’ai compris que ces deux pulls posés sur le sol, en boule, recelaient un secret avec lequel aucun autre sport ou jeu ne pouvait rivaliser et qui expliquait à lui seul l’universalité de ce sport. Celle qui, au fond, dépassera toujours l’argent et les folies d’un milieu.

 

Ce secret est qu’il n’y a pas de sport collectif qui nécessite moins de mise en place et d’objets extérieurs que le foot. Une sphère, une zone plus ou moins plate, une poignée de garçons et de filles et le tour est joué. En somme, aucune culture, aucun territoire ne peut être un frein à la pratique du football. Voilà le génie de ce jeu, être capable à dix ans de se mettre d’accord pour dire que le ballon était au-dessus des cages. Alors qu’il n’y avait pas de cage.

 

Mais ce n’est pas le seul secret. Il a une autre particularité, qu’il ne partage avec aucun de ses voisins. Basket, hand, rugby, volley, ces sports à ballon ont plus ou moins de parenté avec le foot, mais ils ont en commun quelque chose que le foot ne souhaitera jamais partager avec eux. Pour tous ces sports, marquer un point est un évènement récurrent. Si en rugby les essais peuvent être rares, les transformations et les drops sont là pour gonfler les scores. Le hand, le basket et le volley sont des aller-retour permanents d’un point à un autre.

 

Au foot, marquer est un évènement rare. Il ne se donne qu’au prix de patience et de réflexion. Les temps de jeu sont lents, il faut redoubler les passes, s’approcher, reculer, recommencer encore et encore pour parfois ne même pas réussir à mettre le ballon au fond une fois dans le match. Le foot, plus que tous les autres, est le sport le plus "physiciste". Combien de fois avons-nous entendu "que le temps s’est arrêté" pour décrire un but ? Ou que tel joueur pouvait dicter "le rythme du match"?

 

 

Le but, toujours dramatique et unique

Le footballeur doit être capable d’utiliser son corps, son esprit et l’espace-temps dans un même instant pour parvenir à ses fins. Et les plus grand sont ceux pour qui tout ça est le plus naturel. Voilà pourquoi on parle de « génie ». Cruyff, Platini, Bergkamp, Iniesta, Maradona, Zidane, cette liste encore longue de joueurs qui jonglaient encore mieux avec le temps qui ne le faisaient avec un ballon. On a alors l’impression de voir la relativité devenir générale. Comme si leur temps devenait le nôtre et celui de tous les acteurs du match. Aucun autre sport ne m’a jamais donné cette sensation, que le développement de quatre-vingt-dix minutes pouvait dépendre du cerveau et du ressenti d’un homme plus grand que les autres. Parce qu’au fond, le but est trop beau, trop rare.

 

J’entendais une fois je ne sais qui, à la télé, défendre l’idée stupide qu’il faudrait abolir la loi du hors-jeu, pour voir plus de buts. Quelle logique consumériste absurde. Toute la beauté de ce jeu repose dans la rareté de ses points et le charme qui les accompagnent. Il peut être l’œuvre d’un individu ou d’un collectif, il peut être beau mais vain ou laid mais salvateur, il est toujours dramatique et unique.

 

De retour devant ma télé, je vois les larmes et la colère de mon petit frère. Il est né en 1998, quelques mois avant le grand sacre. Et en ce soir de juillet 2006, il est enfin en âge de comprendre. Son héros vient de le décevoir. Il réalise que ses dieux ne sont en fait que des hommes. Et il n’en veut pas à Trezeguet mais bien au plus grand, au plus beau, celui qui l’a fait rêver comme personne.

 

 

Tout ça n'est qu'une excuse

Maintenant, il sait. Il sait le pouvoir que cet homme possédait sans le savoir vraiment. Celui de pouvoir stopper le temps deux fois dans un même match. Une panenka qui ressort et un coup de tête herculéen, gravés dans l’histoire. Deux moments de stase, le temps dilaté dans des millions d’inconscients et que seul l’œil de la machine peut nous retranscrire dans son entièreté. L’émotion est immense parce que le temps d’un soir, on a l’impression de faire partie de quelque chose.

 

On appelle ça "France", "Italie", "Lyon", "Manchester", "Turin" ou "Barcelone". Comme si, soudainement, tout ça avait un sens. En réalité, tout ça n'est qu'une excuse. Une excuse pour dresser un cadre, un plateau sur lequel les corps et les esprits jouent inlassablement la pièce de la défaite et de la victoire avec style. Mais, au fond, la Coupe est un prétexte. Car le plus important est que ce soir-là, j’ai appris pour la première fois à mon petit frère ce qu’était le pardon.

 

Et il n’était ni français, ni italien. Il était juste mon frère.

 

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