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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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L1 :: la Gazette :: Journée 8

Le Bayern démuni

Trois mois après son entrée en fonction, Jürgen Klinsmann ne fait plus l'unanimité.  Quoi… déjà?
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Retrouver un entraîneur à la hauteur n'était pas une tâche aisée pour le trio Hoeness-Rummenigge-Beckenbauer, tant le palmarès d'Ottmar Hitzfeld est éloquent (1). Plusieurs grands noms avaient été évoqués: Rijkaard, van Basten, Mourinho, voire le mal-aimé Matthäus. Au final, le choix de  Klinsmann semblait idéal. Son parcours avec la Nationalmannschaft jusqu'à la demi-finale de la dernière Coupe du monde, sa jeunesse, son dynamisme, sa volonté de porter toujours haut un football offensif, ont joué en sa faveur. Sans oublier qu'il parle allemand, condition requise depuis le "cas" Trapattoni. 


Dix points de perdus, combien de retrouvés ?

Beaucoup de Bavarois, Beckenbauer le premier, se sont alors pris à rêver, se remémorant cet été 2006 et la fierté retrouvée de ce groupe en bien piteux état après son Euro raté au Portugal. A priori, le Bayern 2008 était en meilleure forme, puisqu’il était parvenu au stade des demi-finales en UEFA et avait réalisé le triplé Championnat / Coupe de la Ligue / Coupe d'Allemagne. "Klinsi" ne pouvait logiquement que maintenir le club Rekordmeister à ce niveau national et l'emmener vers les sommets internationaux approchés pour la dernière fois dans la période 1999-2001. Il y a presque dix ans.

Pourtant, les débuts d'entraîneur de club de Klinsmann sont difficiles. Jusqu’à ce début d'octobre, le Bayern réalise l'un de ses plus désastreux départs en championnat depuis plus de vingt ans: deux nuls, deux victoires, deux défaites, puis un nouveau nul, soit un maigre total de neuf points sur vingt-et-un – huit de moins que l'an dernier au même stade, saison au cours de laquelle Hitzfeld n'avait concédé que deux défaites.
Plus flatteurs à première vue, les succès en Coupe d'Allemagne ont été obtenus aux dépens d’Erfurt, que le Bayern finit par vaincre sans convaincre sur le score de 4-3, puis face à un Nuremberg déjà englué dans les tréfonds de la deuxième division. Seule la Ligue des champions rassure, avec les quatre points glanés en deux rencontres.

Rappelons que le Bayern n'a pas été servi par la chance en ce début d'année, ayant notamment dû démarrer la saison sans son "Kaiser Frank" Ribéry. Du point de vue de l'effectif, le Bayern pourrait bien se rendre rapidement compte de l'étroitesse de sa marge de manœuvre (lire ci-dessous la revue d'effectif).



Les trois fautes de Klinsmann

1. Abondance de biens ne nuirait pas
La première erreur de "Klinsi" est donc liée à la taille de l'effectif.  Car c'est bel et bien lui qui a fait ce choix limitatif: selon lui, d’autres recrutements que ceux de Borowski et Butt – et le prêt d’Oddo – n’étaient pas nécessaires. Le groupe ainsi "renforcé", fut jugé pleinement satisfaisant pour sa première année. Or, on voit à présent que la zone défensive, force du club l'an dernier (2), pose un sérieux problème et que les choix en attaque restent pauvres.

Le trésorier du Bayern a certes dû être rassuré cet été par l'étonnante sagesse de son club sur le marché des transferts. Surtout quand on se remémore la folie dépensière de l'intersaison précédente où 65 millions d'Euros avaient été déboursés. Mais ces économies de personnel ne risquent-elles pas au final de coûter très cher? Pour étoffer le groupe des Klinsmänner, la réserve est une option. Mais depuis le début de la saison, seul le milieu Thomas Müller, qui en est issu, a joué…dix minutes. De plus, le groupe des vingt-trois pros compte déjà en son sein trois jeunes qui ne sont que peu sollicités.
 

2. Capitaine abandonné
Kahn n’était pas seulement un grand gardien de but, c’était également un meneur d’hommes. Or, son successeur tarde à se faire connaître. La discussion sur le capitanat fut longue, cet été, pour savoir qui de Lucio, Demichelis, van Bommel ou Lahm serait le plus apte à cette tâche. C’est finalement le Néerlandais qui a obtenu le droit de porter le brassard, mais il a récemment fait les frais de la rotation imposée par son entraîneur. Erreur ou désaveu?
 

3. Zen, soyons zen
Enfin, l’arrivée de Klinsmann a provoqué une réorganisation du travail au Bayern de Munich. Avant la Coupe du monde 2006, pendant qu’il séjournait encore aux USA, Klinsmann s’est familiarisé avec les théories américaines relatives aux méthodes d’entraînement. Le blond quadragénaire est revenu en Europe la tête pleine de nouveaux concepts sur l’individualisation du travail chez les joueurs et leur épanouissement complet sur et en-dehors du terrain.

Concrètement, cela s’est traduit par une petite révolution: d’abord la venue de son propre staff, renforcé, pour permettre de personnaliser les entraînements. Ensuite, la réorganisation de fond en comble du centre d’entraînement, où les joueurs du Bayern peuvent maintenant trouver une salle de sport, une bibliothèque pour y suivre des cours d’allemand (ou de yoga), ou encore une salle de cinéma pour les séances vidéo. Tout ceci pour que les joueurs y restent huit heures par jour et travaillent non seulement leur physique, mais aussi et surtout leur mental, un aspect particulièrement important pour Klinsmann (3).



Pas encore le feu

Si les joueurs se sont fait à ces évolutions modernistes, du côté des fans, on a vite remarqué le changement: les joueurs n’ont désormais plus qu’un minimum de contacts avec les supporters depuis que Klinsmann a mis fin aux traditionnels entraînements publics. Pourtant, en foot comme en politique, il est toujours dangereux de se couper de sa base. Et quand les fans bavarois ne sont pas contents…
Mais Klinsmann a toujours répété qu'il avait un projet, et que pour mettre en place ce projet, il lui faudrait du temps. Peut-être six mois, peut-être deux ans. Pas question de balayer ce qui vient d’être mis en place: ce qu’il lui faut, c’est du temps. Le problème, c’est que le Bayern a toujours envie – pour ne pas dire besoin – de titres, et qu'il n'est pas vraiment question d'une année de transition. Les dirigeants munichois ne peuvent cependant pas prendre le risque d’aller à l’encontre de celui qu’ils ont choisi, si peu de temps après son entrée en fonction. Il n'y a donc pas le feu à la Säbenerstrasse. Du moins pas encore.

Il faut être néanmoins lucide: si d'ici la trêve le Bayern n'améliore pas son jeu et son sort, les dirigeants prendront des décisions. Beckenbauer a beau soutenir Klinsmann, sa patience aura quand même des limites.
Il est surtout dommage que les statues des bouddhas voulues par Klinsmann au centre d’entraînement aient été enlevées, elles auraient pu amener de bonnes vibrations pour calmer les tensions… et les supporteurs.


(1) Pendant les périodes 1998-2004 et février 2007-2008 où il a été en charge du club munichois, Hitzfeld a remporté cinq titres de Champion d’Allemagne (1999, 2000, 2001, 2003, 2008), trois Coupes d’Allemagne (2000, 2003, 2008), trois Coupes de la Ligue allemande (1999, 2000, 2007), ainsi qu’une Ligue des champions (2001) et une Coupe intercontinentale (2001).
(2) Saison 2007-2008 : seulement vingt-et-une buts encaissés par la défense du Bayern – nouveau record national. Saison 2008-2009 : après sept matches, déjà treize buts encaissés, soit la troisième plus mauvaise défense derrière les habituelles portes ouvertes brêmoises et le promu Mönchengladbach.
(3) Aspect déjà abordé lors de son parcours à la tête de la Mannschaft : c’est Klinsmann qui avait milité pour l’adoption d’un maillot rouge vif pour l’équipe nationale, cette couleur étant jugée "positive" et censée dynamiser les joueurs.



Revue d'effectif
Gardien
Comme promis depuis longtemps par ses dirigeants, Rensing (vingt-quatre ans) a récupéré la place du jeune retraité Oliver Kahn dans les cages bavaroises. Mais si Rensing a déjà joué une vingtaine de matches, cette saison est sa toute première en tant que titulaire.
Bilan : on ne remplace pas aussi facilement un gardien comme Kahn. Si le choix de Rensing est logique, il n'en demeure pas moins que celui-ci n'a pas encore l'expérience ni l'autorité du "Titan" blond. Et même s'il conserve le soutien de ses équipiers, ses quelques boulettes font qu’il ne rassure pas. Les gazettes bruissent de rumeurs de recrutement de tout ce qui se fait de meilleur chez les gardiens.

Défense
Seuls mouvements à signaler cet été, l'arrivée "en prêt" de Oddo et le départ définitif de Jansen, mécontent de n'être que la doublure de Lahm à gauche.
Bilan : une défense déséquilibrée. Côté droit, c'est surpeuplé, avec Lell, Oddo, Sagnol, voire Ottl De l'autre côté, le désert: Lahm est seul… lui qui préfère pourtant évoluer à droite. Par ailleurs, Klinsmann semble hésiter entre une défense classique à 4 et un schéma à 3 joueurs plus 2 latéraux. La ligne arrière n’est pas seulement déséquilibrée, elle est instable.
 
Milieu
L’international allemand Borowski est venu du Werder renforcer ce secteur. Les deux départs enregistrés dans cette ligne n’ont concerné que des seconds couteaux de l’effectif : Dos Santos et Steinhöfer.
Bilan : contrairement aux autres lignes, le milieu a conservé une certaine stabilité.
 
Attaque
Pas d'arrivée, malgré les départs de Schlaudraff et de Wagner. Ne restent plus que Klose, Toni et l'éternel "remplaçant-qui-n'est-pas-content-de-l'être" Podolski.
Bilan : trois attaquants seulement, pour deux places, selon le système adopté par Klinsmann jusqu'ici.
 
Rares sont les clubs comparables au Bayern, ambitionnant la première place dans leurs frontières tout en espérant un bon parcours en C1 qui disposent de poste peu, mal, voire pas doublés. Comment organiser l'équipe en cas de blessure de longue durée d'un Lahm ou d'un Toni? Ou d’un creux de forme de Klose? Le cas Ribéry a clairement soulevé le problème.

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