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Henry ou en pleurer ?

Incertain, Thierry Henry l'est à plus d'un titre. Les interrogations anciennes sur son poste et les doutes récents sur son niveau peuvent-ils traverser l'esprit du sélectionneur?

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S'il s'agissait pour lui de se "mettre en danger", selon l'expression consacrée, Thierry Henry a rempli son objectif en quittant le cocon d'Arsenal pour la cocotte-minute du Barça. C'est peu dire que sa saison aura contrasté avec les précédentes. S'il a sauvé ses statistiques de buteur à la faveur de derniers matches sans enjeu, son bilan de joueur est de toute façon très mitigé, avec un apport au jeu controversé chez les socios – qui peuvent toutefois difficilement extraire une seule responsabilité dans le marasme blaugrana (1)


Annus horribilis
Signe des temps qui changent: alors que ce bon client enchaînait auparavant des interviewes immanquablement gratifiantes, celles de cette saison l'ont vu exposer des états d'âme inédits. Il n'a ainsi pu maintenir la thèse de son "bonheur" affiché en février, ouvrant ensuite les vannes, notamment pour évoquer ses tourments personnels dus à l'éloignement de sa fille – un épanchement mal compris en Catalogne (2).

Épiphénomène ou signe d'une érosion de son image en France (que l'on croyait pourtant inaltérable tant le soutien des médias est fort), l'attaquant a été sifflé au sortir de la pelouse du stade de France contre la Colombie. Faute d'une connaissance scientifique de la psychologie des siffleurs, et pour ne pas donner un sens aux réactions épidermiques de ce public-là, on se gardera d'en avancer des explications. Mais la mise à l'écart de Trezeguet, toujours populaire, la consécration de Ribéry, plus frais, et l'engouement pour Benzema, perdreau de l'année, peuvent l'avoir pénalisé en tant que tête de gondole des Bleus. Henry n'est-il plus consensuel?

henry_equipe.jpg



À gauche, à gauche, à gauche
L'éternel débat sur son positionnement a inévitablement resurgi et lui-même a fini par s'exprimer à ce sujet. Chacun appréciera s'il y a été contraint par le déboulé des questions sur sa différence de rendement entre Arsenal et le Barça (3), ou s'il est l'éternel initiateur d'un débat lancé en 2002 au sein de l'équipe de France. La question demeure, et elle risque de perdurer après la fin de sa carrière: hors du système henrycentrique des Gunners, le poste d'attaquant de pointe est-il celui qui met le mieux ses qualités au service de l'équipe – et non pas seulement celui qui sied le mieux à ses propres intérêts?

Comme d'autres, Frank Rijkaard a estimé avoir mieux que lui pour la fonction, et lui a trouvé des vertus lorsqu'il évolue sur le flanc gauche – où il a toutefois souffert de la comparaison rétrospective avec le Ronaldinho qui avait étincelé dans cette zone. Le joueur, lui, même s'il se glissait dans le discours du joueur qui se plie aux consignes de l'entraîneur (4), estimait en avril avoir "perdu ses repères", ce qui "pouvait être un problème" pour l'Euro, exprimant sa frustration de ne pas être jugé en fonction des contraintes de cette position ingrate pour lui (5).


henry_pointe.jpgTitulaire du temps
Cette interrogation ne tient plus en équipe de France, même si les matches internationaux de cette saison ont pu renforcer la thèse selon laquelle Henry n'est réellement complémentaire d'aucun autre pur attaquant. Raymond Domenech a clairement choisi d'accorder une confiance de principe aux cadres de l'aventure allemande, que ne remettrait pas en cause une baisse de performance en club. La ligne de crédit accordée au meilleur buteur de l'histoire des Bleus en témoigne, et le sélectionneur national refait exactement la même opération qu'avec Vieira en 2006, dont il avait dit – au plus fort des doutes sur la condition physique du milieu défensif – qu'il serait le meilleur joueur de la Coupe du monde. Samedi, le coach a affirmé qu'il voyait Henry meilleur buteur de l'Euro...

Le pari est légitime. À défaut d'avoir profité du Mondial allemand pour franchir cet ultime palier qui le sépare encore des très grands (et lui aurait peut-être valu un Ballon d'Or), Henry avait été décisif. C'est le genre de joueurs desquels on peut attendre qu'ils fassent encore la différence. Et pour eux, la pression des attentes ne doit pas être un problème.

Mais voilà, aux dernières nouvelles, Henry aurait bien involontairement posé un lapin à ce rendez-vous. Blessé, il manquerait la confrontation avec la Roumanie et laisserait le champ libre à des concurrents potentiels – si toutefois il était durablement mis en concurrence. À moins que ce brouillage d'avant-match, de la part de Domenech, ne soit qu'une façon de cacher la continuité de ses choix et de la présence d'Henry en pointe.


(1) Henry a régulièrement rappelé son nombre de passes décisives. Le journal Sport, quasi-organe de presse du Barça longtemps indulgent sur les prestations du Français, l'a finalement qualifié "d'insipide”.

(2) Robert Pires, au soir d'un Barcelone-Villareal (9 mars) qui avait vu Henry, remplacé, rentrer chez lui sans attendre, avait accéléré les choses en déclarant maladroitement: "Je mentirais si je disais que Thierry est bien à Barcelone".

(3) Dans L'Équipe du 13 mars, il s'est irrité de la comparaison : "Les gens me demandent souvent pourquoi on ne voit pas le Thierry Henry d'Arsenal. Mais je ne joue pas dans la même position. Si les gens veulent voir le Thierry Henry d'avant, il faut acheter les DVD d'Arsenal".

(4) "L'entraîneur décide de m'aligner à gauche, je joue à gauche. C'est comme ça, c'est un constat. Je ne me plains pas, je répète juste toujours la même chose. Quand on me pose la question, je réponds honnêtement, c'est tout. Mais on n'est pas là pour savoir si Thierry Henry, quand il rentre chez lui, est content ou s'il n'est pas content. (...) Ici, on joue avec des ailiers et il faut défendre. Je le fais. Je me mets en quatre. Il y a un travail à faire et il faut le respecter. J'ai toujours respecté le choix de mes entraîneurs" (L'Équipe, 11 avril).

(5) "Quand tu vois Abi en difficulté parce que tout le monde déboule de son côté, tu fais l'effort, c'est tout. Mais dans le jeu franchement, ce n'est pas évident. Au lieu de partir dans le dos des défenseurs, à trente mètres du but, je pars à soixante mètres! À un contre un, au bout de la course, je n'ai plus de jambes, plus rien. (...) Finalement, vous êtes pas mal, les journalistes français, je dois le dire, bizarrement. Ici, les gens parlent beaucoup, ils parlent de mes buts, mais en plus de mes buts, j'en suis déjà à dix passes décisives. Et ici, je suis le gars qui joue à gauche, seulement le gars qui joue à gauche!" (L'Équipe, 11 avril).

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