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Sébastien Coisplet

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Le Feuilleton de la L1, épisode XIV

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Tribune des lecteurs - Dans quelle mesure l'équipe de France peut-elle compter sur Thierry Henry et Robert "guilty" Pires sans se poser plus de questions sur le niveau réel de l'un et la baisse d'efficacité flagrante de l'autre?
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Les leaders de l'Equipe de France nouvelle formule se nommeraient Henry, Pires, Vieira… Dominateurs en Angleterre, les frenchies sont adulés par une presse française qui goûte peu à la critique des idoles, comme le montre l'édition de L'Équipe du 7 octobre dernier, dont un article entier, consacré à une tentative de critique de Thierry Henry, se conclut dans le plus plat positivisme en page 3, quand en page 4 Tony Cascarino annonce à raison (les faits le confirment) que notre Titi n'a "jamais été décisif dans les quatre grands tournois qu'il a disputés en sélection, ces grands évènements qui font les vrais héros" et pose la vraie question : "Moi, je ne suis pas convaincu que Thierry Henry ait la dimension internationale". Arsenal à la faute ? En effet, si l'on ne peut légitimement douter du talent, voire du génie, de Thierry Henry, il devient urgent de se poser correctement la question de sa capacité à fournir au niveau international des performances dignes de celles qu'il montre en Angleterre. La question vaut d'ailleurs pour Arsenal, comme pour ses leaders français. Les multiples défaites d'Arsenal en Ligue des Champions, au lieu de susciter une remise en question de la capacité des joueurs, de leur technicien et de leur jeu à passer à l'échelon international, sont soigneusement évitées. Ainsi l'an dernier, après un quart retour transparent contre Chelsea, Thierry Henry a bénéficié d’une première page dithyrambique dans L'Équipe, pour avoir marqué trois buts en championnat le week-end : le quotidien avait titré "Henry, l'Eurostar" avec une photo géante d'un Henry plus triomphant que jamais. "Eurostar", star d'Europe, après une défaite à domicile, une performance individuelle fantomatique et une élimination lors de la grande compétition européenne? Cette question essentielle s'applique autant à Henry qu'à son lieutenant, Robert Pires, pour sa capacité à influer sur le jeu et le score au plus haut niveau. Patrick Vieira quant à lui, ne semble toujours pas débarrassé de sa tendance à faire des fautes grossières et inutiles, et se plaint toujours beaucoup auprès de l'arbitre, ce qui l'empêche probablement d'être le remplaçant attendu de Didier Deschamps. À ce titre, son expulsion pour deux cartons jaunes sur le dangereux terrain des Iles Féroé (!), quelles que soient les excuses qu'on pourra lui trouver, est indigne du capitaine de la sélection. Mais il paraît difficile de remettre en cause tant sa place que la qualité de son jeu. Pires est-il essentiel ? A la suite de ses récents matches en sélection, comme de son Euro, une ligne de critique claire et assez dure se dégage. Lent, Rober Pires se montre incapable de passer un adversaire, ou s'écroule lamentablement au premier contact et remet 90% des ballons qu'ils touchent sagement vers l'arrière. De plus il commence comme Franck Leboeuf deux ans plus tôt à venir quémander sa place dans les médias. Vous trouverez pourtant toujours un observateur sincère pour vous faire remarquer que "Oui, bon, Pires c'est surtout un milieu qui marque des buts". A Arsenal en effet, Robby est une star, il met but sur but et figure parmi les cinquante nominés pour le trophée FIFA (!). On peut ajouter lui rendre justice pour son action décisive en finale de l'Euro (2000) et son trophée de meilleur joueur d'Angleterre (2002). En championnat avec Arsenal, Pires a mis 45 buts en 129 matches, soit 0.35 but/match, 0.47 but/match sur les deux dernières années (depuis le début de la saison 2002/2003). Mais dès que le niveau s'élève, on le voit tout de suite beaucoup moins dans le jeu… quant à son réel apport de buteur : Robert a marqué 8 buts en 45 matches de C1 avec Arsenal, soit 0.18 but/match. Et en Equipe de France, il en est à 14 buts en 78 matches, soit 0.18 but/match, dont quatre sur les deux dernières années, soit 0.16 but/match, et aucun au cours des 17 derniers matches. Au niveau international, Pires est donc Monsieur 0.18 but/match, avec une tendance très nettement à la baisse en équipe de France. En Premier League, il en est à 0.35 but/match, avec une tendance en très nette hausse à près d'un but tous les deux matches, sur les deux dernières années. Henry et les autres Mais me direz-vous, cela est normal, même un attaquant ne peut tenir la même moyenne en international qu'en championnat, le niveau n'est pas le même ! Prenons quelques exemples, en commençant par Thierry Henry, mais aussi Raul, Morientes, Van Nistelrooy et Trezeguet, en comparant leurs statistiques en C1 et sélection. Thierry Henry compte ainsi 119 buts (0.65 par matches) en Angleterre ces six dernières saisons, 24 en C1 (0.45 b/m) et 27 en sélection (0.4 b/m). S'il est nettement plus actif dans le jeu que Pires, il confirme cependant une tendance à la baisse de sa moyenne de buts au niveau international d'environ 30%. Raul a lui marqué 168 buts en Liga (0.47 b/m), 47 en C1 (0.52 b/m) et 40 en sélection (0.5 b/m). En jouant second attaquant, en défendant énormément et en revenant souvent chercher le ballon dans son camp. Les mêmes calculs donnent Morientes constant à environ 0.4 b/m, Trezeguet à 0.63 b/m en Italie et 0.56 au niveau international, Ruud Van Nistelrooy à 0.67 en Angleterre, comme Henry, et 0.7 au niveau international... A ce niveau, seul Shevchenko a des statistiques comparables à celles d'Henry, mais qui s'explique par une plus concurrence bien supérieure (Inzaghi, Tomasson); Vieri et Ronaldo, qui changent souvent de club et dont l'historique en C1 est limité, ne sont pas pris en compte. Autrement dit, la baisse de rentabilité avec l'élévation du niveau n'est pas automatique, elle est même plutôt hors de la norme. C'est en fait tout à fait logique, puisque sélection comme Coupe d'Europe offrent des matches parfois plus faciles que le championnat (exemple récent avec PSG-Chelsea). Henry baisse donc nettement et systématiquement de niveau quand la compétition s'élève, quand Raul, Morientes, Trezeguet ou Van Nistelrooy, qui sont souvent considérés inférieurs à notre Titi national, conservent une productivité quasi identique. Pires lui, disparaît. Et l'équipe de France ? Est-il donc besoin de préciser que LE point fort de Pires en Angleterre est très peu utile au niveau international ? On pourra toujours nous servir la sacro-sainte "expérience" comme justification de sa présence, celle-ci a surtout apporté ces quatre dernières années un certain immobilisme, retardant de nécessaires transitions tout en n'apportant que des déceptions sportives. Il faudra une importante remise en question à Thierry Henry pour trouver la réponse à son "mal-être" en équipe de France. Celle-ci ne peut en effet se passer de joueurs de la qualité de Cissé, Trezeguet ou Anelka, et continuera donc de jouer avec deux attaquants. Henry devra donc dans un premier temps accepter cet état de fait, et avoir une attitude plus positive, ce qui a été le cas en deuxième mi-temps du match à Chypre. Cela signifie notamment plus d'humilité, mais aussi de placer l'équipe de France au-dessus de son club, et passe par une adaptation à n'importe quel système sans vouloir importer un fonctionnement de club (schéma tactique + partenaires) dont l'efficacité au plus haut niveau est fortement remise en cause. On ne peut en effet que s'interroger sur la réelle volonté et envie d'Henry de faire de réels efforts pour sa sélection. Il ne s'agit pas d'avoir le réflexe pavlovien du "mouillage de maillot", mais de son état d'esprit. Ainsi, par exemple, comment accepter d'entendre Pires expliquer le silence de Titi devant le but par le fait qu'il est trop souvent servi sur la tête? Ou pendant l'Euro, par le fait qu'il ne recevait pas le ballon dans les pieds? Les joueurs qui font des passes qui déplaisent aux joueurs d'Arsenal doivent-ils donc s'excuser? Ne devrait-on pas plutôt attendre de Thierry Henry qu'il améliore son jeu de tête? L'équipe de France a donc le choix, soit de continuer dans un système qui tente plus de s'adapter à des célébrités cherchant dans la sélection un miroir confortable à leur situation d'idole en club, soit d'évaluer ces célébrités à leur juste valeur et imposer (à ceux d'entre eux qui en ont la qualité) de se mettre au service de leur sélection... Quand on connaît les prises de position de Wenger à propos des matches internationaux, on ne peut que se demander si un tel changement est réellement possible… NDA : les statistiques présentées ici ont été arrêtées avant France-Pologne.
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Tribune des lecteurs


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