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Stéphane Pinguet

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Le 27 mars 2002, l'équipe de France championne du monde et d'Europe atteint le sommet de son art comme l'Écosse, lessivée 5 à 0. La fête est inoubliable, mais elle sonne le glas.

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2002, étrange année pour l’équipe de France. Elle n’aura sans doute jamais connu une telle amplitude dans ses résultats, et nous, supporters, n’aurons jamais nourri autant d’espoir pour une victoire mondiale acquise d’avance. Elle affiche alors une confiance en elle telle que personne ne doute de la qualité de certains sélectionnés qui, avec une dizaine d’années de recul, semblent des erreurs de passage. Ou bien l’annonce prématurée de la difficulté à renouveler une si belle génération: Kapo, Cheyrou, Christanval, Bréchet, Dacourt, Pedretti, Moreira et même Silvestre, buteur contre la Tunisie. À l’époque, il s’agissait surtout de faire quelques paris sur l’avenir, ou de faire mine d'entrouvrir la porte d'un groupe verrouillé, en réalité.
 

À cette époque, l’équipe de France remplit à chaque fois son Stade de France, les plus mauvaises affluences descendent très rarement sous les 75.000 personnes. À la fin, les Bleus gagnent souvent et un feu d’artifice accompagne le traditionnel Simply the best de Tina Turner. En réalité, tout n’est pas rose et le public a ses moments de stupidité fulgurante, car même en pareille fête, il trouve à siffler un joueur. Comme d’autres avant et beaucoup après, pour la foule, certains ne méritent pas de porter le coq à l'étoile. À chaque époque sa manière de bannir. Ce soir-là, c’est Karembeu qui paye. Mais quel crédit peut-on accorder à un public qui se contente de faire des olas?
 


Une soirée parfaite

Disputé le 27 mars 2002 au Stade de France, France-Écosse reste l’un des matches les plus aboutis de la génération dorée, autant grâce à la faiblesse de l’adversaire que par la maestria des Bleus. Les images disponibles ne pourront retracer que partiellement cette soirée parfaite, avant, pendant et après la rencontre, dans et hors le champ des caméras.

 


 

Personne ne le sait à l’époque, mais il s’agit du dernier festival de l’équipe de France qui a dominé le monde durant quatre ans. Du jeu, des beaux buts et du plaisir partout et pour tout le monde. Zidane, Trezeguet (deux fois), Henry et même Marlet (sur une passe décisive de Carrière) sont les buteurs de cette soirée enchantée, dont la seconde période fera figure de récital technique. "On ne dira jamais assez qu'il faut profiter de chaque minute de cette équipe que l'état de grâce n'a toujours pas quittée", était-il écrit dans le compte-rendu de la rencontre sur les Cahiers.

Inscrire quatre buts en quarante minutes, c’est assez rare en match international, l’heureux accident contre la Biélorussie le confirme, même lorsque l’adversaire est faible. Trop simple d’expliquer ce résultat de cette manière ou en le qualifiant de match "sans enjeu", et trop facile de ne reconnaître de belles victoires qu’à l’aune des déconvenues qui suivront. À l’inverse, il est tentant d’idéaliser cette période, d’en faire une parenthèse idéale pour la préserver des déceptions qui viendront, la mettre à part, la garder juste pour soi – pour préserver sa pureté et, égoïstement, notre jeunesse.
 


Zidane sublime, surtout les autres

Tout comme il est tentant de conserver ces images, celles des tribunes depuis lesquelles le match ressemble davantage à un ballet – notamment de la part de Zidane, au-dessus de tout et de tout le monde ce soir-là. À quelques semaines de sa volée en finale de Ligue des champions, il ne pratique pas le même sport que les autres. À trente ans et 100% de sa forme, il sublime les autres autour de lui. Vieira, Petit et Makelele derrière, Henry, Trezeguet et Wiltord devant.
 

Personne ne le sait encore, mais cette domination va décliner pour ne revenir que sporadiquement, avant un bouquet final en 2006 à la démesure du chef d’orchestre. Mais la fin, la vraie – celle du retour dans le rang, celle de la fin du show, celle qui précède donc les rappels – date de la fin de ce match. Comment le deviner, lorsque tout paraît si simple, lorsque tout est si beau? Les titulaires ont de l’avenir et il n’y a aucune raison de craindre la perte de leur superbe. Chaque ligne est solide, la défense fière et robuste, les récupérateurs élastiques et endurants, et cette attaque, rarement aussi puissante que lors de ce match. L’écart d’âge entre les générations paraît à cette époque comme une preuve supplémentaire de la richesse de l’effectif. Avec une absence tout de même, celle du meilleur Français de cette saison, Robert Pires.
 

 



 

Pour ceux dont la mémoire vacille, la blessure de Pires, trois jours plus tôt, sera une catastrophe pour l’équipe. 2002, c’est un Pires stratosphérique avec Arsenal, dont les Bleus attendaient énormément pour la Coupe du monde. Il avait d’ailleurs été Ballon d’or de la Coupe des Confédérations, un an auparavant, au Japon et en Corée du Sud déjà. Un funeste signe, donc, celui du début de la débandade.
 

Ce soir-là néanmoins, l’équipe est belle, le jeu proposé beau et le stade plein. Car si la leçon sur le terrain est française, en tribune, les Écossais surclassent les locaux. Ils ont su chambrer en début de match, encourager leur clan puis admirer et féliciter leurs adversaires, supérieurs en tout, en applaudissant et en chantant "Au revoir". Nous aurions dû faire de même.

 

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