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Quatre vérités et un enterrement

Encore vivants

Les Bleus sortent de l'enfer du Marakana avec un billet pour le purgatoire et nous avec du plaisir, enfin.
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De ce Serbie-France, on attendait de voir une véritable confrontation de football, face à une équipe obligée de jouer, une équipe n'abandonnant pas 75% de possession de balle à l'adversaire en fermant tout derrière. Une équipe ayant des occasions, plein si ça lui chante, parce qu'hier soir, on a même pris du plaisir aux tirs serbes, on a aimer trembler pour voir ensuite des espaces se dégager et la balle repartir illico.
Ces espoirs ont pourtant semblé s'envoler dès la neuvième minute, tant l'expulsion de Lloris faisait de ces Bleus-là les continuateurs des Bleus de l'Euro 2008, mélange d'impuissance et de déveine. Mais contre toute attente, ils ont trouvé les moyens – comme en Roumanie il y a un an – de ne pas abandonner si tôt leur destin au mauvais sort. Alors ils ont joué, ils ont poussé, ils ont obtenu presque trop de possession. Alors on s'est réconcilié avec eux tous, on ne s'est pas irrité de leurs gestes manqués parce qu'on a vu un beau match, parce qu'on a un peu oublié son contexte écrasant, parce que le cœur a battu la chamade, Marouane.

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Prendre le dessus
Les Serbes ont eu plus d'occasions contre les Bleus que les Roumains, les Lituaniens et les Féringiens réunis en cinq rencontres, avec une fréquence particulière en première mi-temps. Mais ils ont été bousculés dans les contacts et en exerçant un pressing si lâche qu'il a semblé résulter d'une consigne, ils ont laissé les visiteurs engranger de la confiance avant la pause. On dénombrera plus d'une vingtaine d'actions offensives françaises en seconde période, le double des Serbes. Le tout dans des conditions qui n'ont pas toujours permis de développer un jeu accompli, mais sans que les joueurs ne perdent le fil, avec une récupération impressionnante dans l'entrejeu et des coups tentés inlassanablement.
À l'heure de jeu, Ivanovic vient de fracasser la barre, on a envie de la victoire, mais elle flirte aussi avec les hommes d'Antic, que le public sermonne un peu. Domenech n'a probablement pas envie de se prendre un râteau. Ribéry pour le dernier quart d'heure, Alou Diarra pour les cinq dernières minutes vont maintenir le statu quo, même si l'équipe continuera à espérer et à avoir des occasions jusqu'au bout.


Des regrets ?
Les boudeurs de plaisir (ils ont raison, il faut être exigeant) auront peut-être été un peu ébranlés par ce match, mais ils ont un fil à tirer: il fallait jouer la victoire en fin de rencontre. Ne pas faire sortir un Thierry Henry qui avait pourtant l'air bien fatigué, et qui n'a probablement pas encore deux fois quatre-vingt dix minutes dans les jambes. Tenter le tout pour le tout à dix contre onze, contre des Serbes fébriles en défense mais pas manchots en attaque, au moment où la fatigue allait se faire le plus ressentir, puisque "ça ne change pas grand-chose". Cela eut été beau.
Une défaite aurait pourtant constitué une désillusion et fait perdre aux joueurs le bénéfice de ce qui constitue un résultat dont la portée est cruciale pour la suite. Elle aurait encore déchaîné la tempête et promené la caravane anti-Domenech à travers tout le pays. Et ce n'est pas le panache déployé qui serait entré en ligne de compte, dans un pays où les experts se contentent de paraphraser les scores.

Il ne faudrait pas que ce regret –  fort légitime s'il relève plus du romantisme que du dénigrement – occulte la réalité: l'équipe de France, qui est revenue au score, a véritablement joué la victoire au Stade Marakana, avec bravoure. Cette équipe, dont l'épanouissement est si contrarié, aura vécu au cours de cette campagne des moments particulièrement forts, de ceux qui servent plus tard, en d'autres instants fragiles où tout peut basculer. Et cette équipe joue encore sa qualification.



Les gars

Lloris a juste eu le temps de dégager une passe en retrait délicate, de détourner une bonne frappe de Krasic et manquer un peu sa sortie aérienne dans la foulée. Contraint de s'interposer devant Zigic, il tombe dans le piège et son adversaire dans la surface. Sa main était pourtant au ras du gazon.
Mandanda fera mine de l'imiter avec une intervention licite mais limite (32e). Il attendra les arrêts de jeu pour s'illustrer en sortant courageusement dans les pieds de Zigic. Il dévie la frappe terrible d'Ivanovic sur la barre (56e), et ne sera plus sérieusement sollicité par la suite.

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Difficile de partager les responsabilités entre Abidal et Gallas sur la mésentente qui amène le penalty. Souvent pris en défaut dans la profondeur, ils sont pourtant revenus dans le match en livrant un combat âpre et en remportant des duels importants. Abidal intercepte (16e), couvre (40e), contre (41e), Gallas s'impose de la tête. Ça chauffe souvent, mais le duo ne laisse pas beaucoup d'oxygène aux attaquants serbes, qui le solliciteront de moins en moins directement.

L'abattage des latéraux a été une clé du match. Sagna a fait barrage sur son aile avec autant de volonté que pour porter la balle et la demander sur ses montées, ajustant de bons centres (pour la tête d'Anelka notamment, dès la 8e minute). Évra été encore plus impressionnant, bénéficiant de plus de soutien de son côté. Il a affolé ses vis-à-vis en les provoquant et en cherchant les décalages avec ses coéquipiers. Un joli coup de patte pour Anelka sur l'action du but (31e), des rushes réjouissants (57e, 65e), mais aussi des gestes défensifs spectaculaires, avant de rentrer un peu dans le rang en fin de partie.


Dans une rencontre "normale", contre une équipe censée jouer, on a vu enfin toute la légitimité de l'association Diarra-Toulalan, dont le volume de jeu a permis de jouer comme à égalité numérique. Diarra est parfois époustouflant, rappelant qu'il pourrait bien devenir une nouvelle référence dans la lignée des grands milieux défensifs français. Sa technique et sa vivacité lui permettent, en de telles conditions, de dynamiser la relation entre le milieu et l'attaque et d'être ce que l'on n'attend plus de Vieira – sans l'expérience mais avec les cartons. On l'a vu gagner des duels aériens et écœurer ses homologues serbes.
Toulalan a aussi contribué à précipiter le remplacement de Kacar et Milijas, et il n'est jamais meilleur que lorsqu'il faut bien courir de tous côtés. En définitive, il aura perdu moins de ballons que Gourcuff et pas moins contribué à percuter la défense de Vidic. Pour se concilier de meilleures grâces, il lui faudrait réussir un geste comme celui qu'il tente sans succès dans le temps additionnel.

Même quand il ne brille pas en tant qu'individualité, Gourcuff est indispensable. Malheureux dans ses frappes et astreint à beaucoup d'efforts défensifs, il a été peu en vue en deuxième période. Son exécution des coups de pied arrêtés n'en constitue pas moins une contribution essentielle et il n'a pas manqué d'ajuster des passes potentiellement décisives – comme ce service pour Anelka aux dix-huit mètres (42e).

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Anelka est un joueur qui ménage toujours des étonnements. On peut parler d'abnégation à propos de sa prestation. Tout en puissance, il est allé à l'impact, réclamant les ballons et jouant en déviation avec une certaine efficacité sur les relances longues. Malgré des pertes de balle, il a beaucoup tenté et s'est trouvé dans presque tous les bons coups. Il a pris sa chance du pied (31e, 42e, 53e) et de la tête (8e, 63e), en ne passant jamais très loin du but, restant disponible pour soutenir les incursions de ses partenaires ou tenter de les conclure. Il provoque le but après une excellente prise de balle... Chapeau.
Pas très inspiré en première période, Henry est revenu des vestiaires avec un autre visage. Lui aussi a travaillé dur, mais on retiendra son but d'attaquant opportuniste, le deuxième d'affilée, et ses coups d'éclat – dont un slalom incroyable, neutralisé d'un rien par Stojkovic (59e). 

Ribéry a tâché de se multiplier dès son entrée en jeu, sans être décisif ni entrer vraiment dans le rythme, ses essais restant désordonnés.



Les observations en vrac

• Où était Roselyne Bachelot au moment d'évacuer le Marakana, quand la marseillaise a été sifflée?
• Ça fait trois ans que tout le monde affirme qu'enlever un milieu défensif pour rajouter un milieu créateur ferait mieux jouer l'équipe, alors qu'il suffisait d'enlever un attaquant.
• Avec sa nouvelle règle obligeant les équipes nationales à livrer les numéros des joueurs à l'avance, empêchant le flocage de leur nom, la FIFA remporte le concours Lépine à l'envers.
• Tiens, Abidal a profité de sa titularisation pour refiler son mojo à Lloris.
• Heureusement que Robert Pires n'était pas sélectionné, il serait encore sorti après l'expulsion et en aurait voulu à mort au sélectionneur.
• Il suffit d'une tête à Gallas pour mettre deux Serbes K.O. La succession de Zidane est assurée.
• La sortie de Gourcuff à cinq minutes de la fin pour faire rentrer Diarra n'avait-elle d'autre but pour Domenech que de s'assurer qu'on parlerait de lui le lendemain du match?
• Entre Serbie Hancock et Serbie 52's, l'orchestre serbe a un line-up éclectique: Zigic Stardust, NINkovic, The Kacars, Lenny Krasic, Jovanottic, Milli Vanillijas... Vitalic n'était pas dans le groupe.



Vu du forum

=>> Vel Coyote
Expulsion du goal + penalty encaissé à la 13e minute, c'est classé à quel rang dans la base de données des scenarii de merde? […]
Stojkovic peut pas être exclu pour niveau faiblard (j'imagine même pas son remplaçant en plus)? Ou pour dévaluation honteuse d'un grand nom du foot?

=>> bebustetedecactus
Le Anelka dont vous parlez, il a un lien de parenté ou c'est juste un homonyme de l'ancien joueur de l'équipe de France?

=>> marquis
Si la victoire n'est pas au bout, la France du foot, incarnée par son ambassadeur auréolé (sous les bras j'entends) Pierre Menès, va réclamer la peau de Domenech.
Alors je profite du fait qu'on soit à deux jours du 11 septembre pour suggérer un truc. Vendredi, ça fera 36 ans qu'au Chili, Allende aura tiré sa révérence, en mettant "ses couilles sur la table" (Franck Dumas avait assuré la causerie d'avant coup d'État) et en se tuant devant les assauts de Pinochet.
La demande en mariage n'ayant pas été un franc succès, may I suggest Raymond de partir en martyre. Là, Estelle dira pas non. Pierre Menès postera un affreux papier posthume sur Yahoo. Et la dictature de la génération 98 commencera.
Et puis, retour à la démocratie, et dans 32 ans, on aura Marinette Pichon en sélectionneur, si on suit la trajectoire chilienne.



Le match de TF1

Le sexologue
Jean-Michel Larqué : "Dans ce tunnel-là, il se passait des choses, psychologiquement bien sûr".

La tête d'ampoule
Christian Jeanpierre : "Coup de projecteur évidemment sur Thierry Henry".

Le clin d'œil à Gallardo
Christian Jeanpierre : "On peut perdre des matches dans les tunnels?"

Le clin d'œil à l'architecte du Stade de France
Christian Jeanpierre : "C'est la première fois que l'on voit une telle ambiance dans un stade qui dispose d'une piste d'athlétisme".

Les aventures de Oui-oui au stade
David Astorga : "Raymond Domenech qui avait passé les 10 premières minutes assis est maintenant debout devant son banc de touche, sans doute pour être plus près de ses joueurs et leur communiquer ses instructions".

Le gars qui ne veut pas suivre Moïse
Arsène Wenger : "Les ballons vont revenir tout le temps et on va se faire noyer au milieu".

Le joueur qui a profité du retour d'Abidal
Christian Jeanpierre : "Evra en a encore dans le coffre".

Les Experts Boulogne-Billancourt
Christian Jeanpierre : "On aura encore des feuilletons cet automne Jean-Michel et Arsène".

L'orchestre qui joue du Boulez
Arsène Wenger : "Ils se sortent eux-mêmes du rythme".



Les titres auxquels vous avez échappé

Aonzcontredic
Les toiles rouges de Belgrade
Trop belle Yougoslavie
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