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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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La Gazette de la L1 : 7e journée

En football, le vert est-il la couleur du désespoir ?

Relativement peu de clubs et de sélections portent du vert comme couleur principale, et elle ne semble pas leur avoir porté bonheur. 

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En tant que couleur de maillot de football, le vert est plutôt rare. Du moins, plus rare que les couleurs primaires, et moins rare que les couleurs très distinctives que sont l'orange ou le violet. Rolland Courbis – qui trouve qu'elle avantage, comme camouflage, les équipes qui la portent – s'étonnerait peut-être de ce caractère marginal [1].

 

Un chiffre donne une idée de cette sous-représentation: alors que 47% des nations ont du vert dans leur drapeau, seulement 18% de celles-ci jouent dans la couleur (voir nos infographies). Elles représentent ainsi moins de 10% des 211 sélections affiliées à la FIFA.

 

[cliquez sur l'image pour l'agrandir]

 


 

 

De rares titres nationaux dans le big four

Dans la plupart des championnats européens, les maillots verts gardent un caractère minoritaire. En Italie, ils ne sont adoptés que par de très rares formations de l'élite, comme Sassuolo en Serie A – mais à égalité avec le noir. La Serie B en proposait à peine plus, la saison dernière, avec Avellino et Ternana (vert-noir), et quelques traces à Venise ou Cesena.

 

En Angleterre, où les trois clubs les plus titrés évoluent en rouge, aucune équipe verte n'a jamais remporté le titre national. Il faut piocher dans les souvenirs pour en extraire l'image du away de Liverpool à la chlorophylle, en 1992/93, ou de celui de Manchester United lors cette même saison inaugurale de la Premier League: vert et jaune (criards, à effet satiné) – allusion aux couleurs de Newton Heath abandonnées en 1902 quand le club prit son nom actuel [2].

 

 

 

 

En Espagne, seul le Real Betis Séville, avec ses rayures verticales vertes et blanches adoptées en 1913, figure dans la liste des clubs champions (une fois, en 1935). L'Athletic Bilbao enfile parfois du vert. Mais c'est seulement chez des seconds couteaux que le maillot principal en comporte, toujours associé au blanc: Elche, Cordoue, Santander.

 

Le choix est beaucoup plus fréquent en Allemagne: la Bundesliga compte dans ses rangs le Werder Brême, le VfL Wolfsbourg (vert et blanc) et le Borussia Mönchengladbach (qui joue plutôt en blanc mais s'identifie au vert) – trois clubs totalisant dix titres de champion national [3].

 

 

12 finales européennes perdues sur 17

Dix titres, c'est le record détenu en France par l'AS Saint-Étienne, à laquelle "les Verts" sont immédiatement associés. Même la Ville a adopté la couleur dans son identité visuelle. On ne pense ensuite qu'à Sedan et au Red Star parmi les clubs historiques – et encore les Sangliers l'ont-ils associé au rouge –, voire au FC Nantes, pour lequel il est une couleur secondaire (étonnamment utilisée en déplacement, cette saison, dans la même teinte foncée que l'ASSE depuis deux ans).

 

Ferencvaros, Rapid Vienne, Panathinaikos, Sporting: ailleurs aussi, les équipes vertes se reconnaissent, et donnent l'impression qu'il y en a une importante par championnat… mais rarement une équipe majeure. Ainsi en Turquie, Bursaspor – pour son unique titre en 2010 – est le seul club "vert" des cinq vainqueurs du championnat national depuis 1957. Quatre équipes de SuperLig portaient cette couleur en 2017/18, à parité avec une autre.

 

 

 

 

Toutefois, le club champion du football en vert est sans doute le Celtic Glasgow, avec ses 49 titres nationaux et, surtout, son statut de seul vainqueur vert de la C1, en 1967. Et pour le club qui porte le trèfle "irlandais" sur son blason, la couleur est de large portée symbolique – éclipsant même l'autre moitié des rayures (blanches).

 

On observe la même rareté au palmarès de la Coupe de l'UEFA (Ferencváros 1965, Borussia Mönchengladbach 1975 et 1979) et de la Coupe des coupes (Sporting Portugal 1964, Werder Brême 1992). Les verts ont perdu 12 finales européennes sur 17 [4]. 70% de défaites…

 

S'il faut chercher un contre-exemple consistant, il faut se tourner vers le Brésil et Palmeiras, neuf fois champion, ce qui en fait le plus titré des clubs nationaux… pour une seule Copa Libertadores, alors que le Sao Paulo FC et Santos, autres clubs paulistes, en comptent trois chacun. En Argentine, c'est encore le néant vert: dans l'ère professionnelle, on n'y a identifié que le méconnu Club Ferro Carril Oeste de Buenos Aires, deux fois champion (1982 et 1984), et l'Atlético Banfield, vainqueur du tournoi d'ouverture en 2009.

 

 

 

 

 

La couleur de la marge

Moins de 10% des 211 sélections affiliées à la FIFA portent des maillots verts. Aucune n'a remporté de Coupe du monde, même si le Brésil en teinte ses parements. En Europe, seules les Irlande l'ont élue. Le Portugal en a fait sa couleur "extérieure", comme, régulièrement, l'Allemagne depuis 1950 – mais la dernière fois que la Mannschaft la revêtit en Coupe du monde (avant la défaite contre la Corée cette année), ce fut lors de la demi-finale 1990 contre l'Angleterre.

 

Il faut aller en Afrique (Algérie, Cameroun, Nigeria, Burkina Faso, Éthopie) ou en Amérique latine (Mexique, Bolivie) pour qu'elle acquière une représentation significative. Les "équipes vertes" sauvent ainsi l'honneur au palmarès de la CAN, avec les dix titres cumulés par le Cameroun, le Nigeria, l'Algérie et l'Éthopie.

 

 

 

 

On retrouve d'ailleurs une bonne part de nations africaines parmi celles qui ont adopté le short vert (Bulgarie, Lituanie, Afrique du Sud, Maroc, Burundi, Mauritanie, Zambie, Australie…). Côté deuxième maillot: Lituanie, Slovénie, Maroc, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Sénégal, Bénin, Togo, Zambie, Irak, Arabie Saoudite…

 

Marginal, le port du vert présente l'avantage pour les équipes concernées d'être plus facilement identifiées. Mais la couleur conserve quelque chose d'une anomalie, à l'image du célèbre épisode de France-Hongrie lors de la Coupe du monde 1978: les Bleus, dépourvus d'une tenue de rechange, avaient dû emprunter les tuniques à rayures verticales vertes et blanches du Club Atlético Kimberley, une formation locale.

 

Cette marginalité a fait du vert un choix surtout prisé… par les arbitres et les gardiens de but. Comme si, décidément, le vert était à la fois une marque de singularité et une promesse d'occuper une position difficile sur les terrains de football. Terminons sur un rappel: le FC Sète, auteur en 1934 du premier doublé championnat-Coupe de France de l'histoire, évolue en vert et blanc.

 


NDLR : une erreur s'est glissée dans le graphique en début d'article, le drapeau du Bouthan comportant du jaune.
[1] Évoquons aussi la regrettable prolifération, il y a quelques années, des third kakis façon camouflage militaire.
[2] La saison passée, West Bromwich Albion et Southampton ont proposé des maillots verts, mais third et extérieur… En déplacement, Liverpool a évolué en blanc avec quelques fines rayures vertes. À noter cette saison: les third verts de Tottenham et Watford. Originellement, de 1905 à 1912, Chelsea a joué en "Eton Blue", un vert pastel comme son nom ne l'indique pas.
[3] Ajoutons Hanover 96, dont le blason est vert et noir mais qui évolue à domicile en rouge, employant le vert en appoint et/ou comme maillot away, voire third.
[4] En C1: Celtic 1970, Panathinaikos 1971, Saint-Étienne 1976, Mönchengladbach 1977. En C2: Ferencváros1975, Rapid Vienne 1985 et 1996. En C3: Mönchengladbach 1973 et 1980, Celtic 2003, Sporting 2005, Werder 2009.

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Cultures football


MinusGermain
2018-10-08

It’s a Decelebration

Marque de respect envers une équipe fréquentée dans le passé, le refus de fêter un but est aussi une bien curieuse mise en scène. Au point qu'on se questionne parfois sur la sincérité de la démarche.


Brice Tollemer
2018-10-05

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Songs From A Dressing Room – Un moment de football peut subitement évoquer une chanson écoutée des centaines de fois. Cette fois-ci, c’est le destin de Paul Gascoigne qui résonne avec le chant de Mark Lanegan. 


Tom Hancock
2018-09-17

Le FC Brickstand, monté de toutes pièces

When Saturday Comes – Après s'être lancé dans l'édification en Lego d'une centaine de stades anglais, Chris Smith a littéralement construit une équipe et un championnat. 


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