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Les primes font l'affaire

Du vert à l'orange

Le Werder à l'épreuve (2) - Resté raisonnable cet été sur le marché des transferts, le Werder est très amoindri par les blessures et d'inhabituels remous en interne. Mais rien n’est perdu.
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Petit retour en arrière: cet été, le club s'est retrouvé sous les lumières des projecteurs avec les belles performances de son meneur de jeu Mesut Özil lors de la Coupe du monde sud-africaine: à pas même vingt-deux ans, le numéro huit de la Mannschaft s’y est fait remarquer en jouant sept matches comme titulaire, en inscrivant le but de la qualification contre le Ghana et en étant auteur de trois passes décisives. Le joueur n'était pas réticent à prolonger son contrat qui expirait en juin 2011, mais l’occasion de jouer au Real ne se refusait pas et le club nordiste avait prévu l'éventualité d'un départ. Recruté l'an passé en provenance de Mönchengladbach et auteur d’une belle saison (quatre buts et une quinzaine de passes décisives en Bundesliga) qui lui avait valu d’être lui aussi appelé en Afrique du Sud, Marko Marin était logiquement appelé à lui succéder comme dépositaire du jeu du Werder.

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Un été relativement calme
Globalement, le club de la Weser est resté sage sur le marché des transferts, avec quatre arrivées pour cinq départs [lire plus bas "Au rayon des départs"]. Le "cas Özil", qui a occupé les unes des journaux cet été, a finalement été réglé à la mi-août. Avec les dix-huit millions d’euros réglés par le Real Madrid, le Werder a pu investir sept millions et demi pour s’attacher les services du Brésilien Wesley Lopes Beltrame (alias Wesley), venu du Santos FC. Certes, le Brésilien n'a pas les mêmes caractéristiques ni le même profil: plus défensif que le gaucher parti en Espagne, il a déjà mis en valeur sa polyvalence (sur les côtés ou en milieu défensif, voire en défense).

Brême a surtout cherché à trouver de bons jeunes, pour reconstituer une base solide. Plus de six millions d’euros ont été déboursés pour faire venir des Pays-Bas le grand espoir autrichien Marko Arnautovic (vingt-et-un ans), qui avait surtout ciré le banc lors de son prêt à l'Inter de Milan. Le petit frère du Bavarois Toni Kroos, Felix Kroos (dix-neuf ans), actuellement intégré à la réserve de Brême, a également été recruté pour l'avenir.
Seule autre recrue enregistrée – en urgence: le défenseur français Mikaël Silvestre. Avec une ligne arrière percluse de blessures, un renfort d’expérience était activement recherché et le choix du directeur de la section foot du Werder, Klaus Allofs, s’est porté sur le Français, libre de tout contrat. Libre… et pas sans raison apparemment, au vu de ses premières prestations désastreuses sur le flanc gauche [1].

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Embargo sur les salaires
C'est donc bien sur la continuité que Schaaf et Allofs ont misé. Logique: sur les années 2000-2010, le Werder de Brême est le premier club non-bavarois ayant validé le plus de tickets pour la C1, et le seul à n’avoir pas changé d’entraîneur. Pourtant, même habitué à la stabilité, et considéré presque comme un modèle outre-Rhin pour sa gestion, le Werder a vu, pour la première fois depuis bien longtemps, polémiques et dissensions occuper le terrain extra-sportif.

Ainsi, à la suite des contre-performances de l’équipe (défaites 0-2 contre Mayence et 1-4 à Hanovre), le président du conseil d’administration Willi Lemke et le directeur sportif Klaus Allofs ont, selon Bild, décidé de ne verser que la moitié des salaires prévus pour le mois de septembre et de geler le reste. Un cas unique en son genre, que les patrons n'ont pas désiré commenter – pas plus que l’entraîneur… ou des joueurs qui n’ont apparemment pas souhaité rentrer en conflit ouvert avec la direction [2]. Autre décision marquante, prise pour redonner la priorité au sportif après la claque 0-6 de Stuttgart: le report sine die des renégociations de contrats, sources supposées de perturbations pour les joueurs. Concernés par la mesure, plusieurs joueurs majeurs comme Almeida, Boenisch, Frings et Pasanen.

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Marko Arnautovic (photo werde.de)

"Astronautovic" ne touche pas terre
Autre fausse note pour le club de la ville des musiciens de Grimm, l’attitude de Marko Arnautovic. La jeune recrue a quelque mal à enchaîner les bons matches, mais a quelques facilités à critiquer ses partenaires. Ainsi, lors de la défaite 2-3 contre Nuremberg, l'Autrichien a refusé de serrer la main de son remplaçant et s’est pris le bec avec Allofs. Après la déroute du week-end suivant à Stuttgart, "Astronautovic" s’est lâché en des termes peu diplomatiques, traitant en public son club de "Saftladen" – qu’on peut charitablement traduire par "boîte bordélique" – avant de sécher un entraînement, officiellement pour raisons médicales. L’enfant terrible du football autrichien est bien connu pour être un cas difficile à gérer, mais la patience d’Allofs – comme celle des fans – a des limites… Surtout que même régulièrement aligné, le joueur n’est pas le plus performant sur le terrain (seulement deux buts en BL.). Mais si le Werder a su gérer le cas Ailton, rien n’est impossible…

Même pour des détails supposés mineurs, la polémique n’est pas loin. La nouvelle version du maillot, signée pas Nike et pour le moins… singulière, a suscité des critiques de la part de certains supporters pour son côté trop "électrique". Sans parler de la couleur orange très dominante par rapport au vert sur la version "auswärts" (extérieur). Pas de quoi apaiser les fans les plus sensibles aux symboles du club.

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Le vert, couleur de l’espoir
Certes, la situation sportive est compliquée. La défaite initiale 1-4 à Hoffenheim a fait mal, comme le 0-6 encaissé en terre souabe (la pire défaite à l’extérieur du Werder en championnat depuis presque trente ans). Mais d’une part, les blessés ne vont pas tarder à revenir. Ce qui permettra entre autres à Naldo de renforcer la ligne arrière, à Wesley de revenir au milieu, et à Silvestre d’aller voir sur le banc ou ailleurs s’il y est. D’autre part, au terme du tiers du championnat, le club n’est qu’à cinq points d’une place en Europa League. En réalisant une bonne série, le Werder a les possibilités de remonter sur des clubs comme Francfort, Fribourg et Hanovre, [3].

Par ailleurs, le club nordiste est financièrement toujours sain: Klaus Allofs a annoncé lors d’une A.G. que le Werder avait réalisé un chiffre d’affaires record de 126 millions d’euros pour la saison 2009/10, notamment grâce aux transferts de Diego à la Juve et de Sanogo à l’ASSE, et obtenu sur cet exercice un bénéfice supérieur à un million. Il a également été affirmé que le renchérissement prévu de 25 % du coût de la rénovation du Weserstadion ne grèverait pas les sommes consacrées aux transferts et à la gestion du groupe pro.


Reprendre de la hauteur
Enfin, il y a pire ailleurs: après douze journées, Schalke 04 occupe la place de barragiste avec deux victoires et dix points seulement au compteur malgré un recrutement clinquant (Huntelaar, Jurado, Metzelder, Raul), tandis que Stuttgart a une nouvelle fois raté son début de saison et pointe à un tout aussi modeste quatorzième rang. Et n’oublions pas que le Bayern de Munich a lui aussi connu de sérieux problèmes d’effectif, au point de devoir faire venir plusieurs réservistes sur le banc, et de faire figurer seulement seize joueurs sur ses feuilles de match contre Hanovre et Fribourg – et même quinze contre Mönchengladbach!

Bref, il convient d’attendre encore un peu que l’infirmerie se vide pour que le Werder reverdisse, retrouve une équipe type et reprenne un peu de hauteur au classement. Le VfB Stuttgart a montré l’exemple la saison dernière: à la peine sur la phase aller avec seulement seize points en dix-sept rencontres, le club souabe avait alors fini premier de la phase retour avec trente-neuf unités… et s’était qualifié pour l’Europa League. Comme quoi une saison commencée mollement peut ne pas s'achever en "saison de transition".
Et si jamais le club brêmois ne devait pas finir européen, cela ne serait pas une catastrophe pour autant. Le Werder avait bien fini la saison 2008/09 en Bundesliga au dixième rang, mais enchaîné sur une troisième place en 2009/10. Alors, on le garde, Thomas Schaaf?

Le Werder à l'épreuve (1) - Fragile comme du vert


[1] Sept fois noté par le magazine sportif Kicker à 5,0 ou plus en dix matches, dont trois fois à 6,0 et ce sans avoir été expulsé, le renfort français s’est vite avéré aussi solide que la ligne Maginot… NB. En Allemagne, les notes vont de 1,0 (parfait) à 6,0 (nul), la moyenne étant à 3,5. Contrairement à l’usage en France, les notes extrêmes sont utilisées.
[2] Pas de quoi lever les interrogations des fans et des journalistes sur le bien-fondé et sur l’aspect juridique de la décision, pas forcément favorable au Werder… même si les 50% gelés ont été versés avec les salaires d’octobre.
[3] Dont on peut douter des capacités à rester longtemps dans la première moitié du classement au moindre coup dur pour leurs attaquants Theofanis Gekas, Papiss Cissé et Didier Ya Konan.




Au rayon des départs
Parmi les joueurs transférés cet été figure Carlos Alberto, au Vasco De Gama: plus gros transfert de l’histoire du Werder à l’époque, pour presque huit millions d’euros, le Brésilien aura effectué deux entrées en jeu anonymes en trois ans sous le maillot vert et blanc, et été prêté à trois reprises à des clubs de son pays. En ne prenant en compte que le montant du transfert, le coût de la minute de jeu de Carlos Alberto en Bundesliga aura été de 190.000 Euros.
Autre départ définitif, celui de l’international Martin Harnik. Bloqué dans sa progression au sein d’un secteur trop fourni, l’attaquant autrichien avait dû évoluer au poste de latéral droit au cours de ses rares passages sur le terrain. Relancé avec succès (13 buts) à son poste de prédilection lors de son année de prêt au Fortuna Düsseldorf (en 2. BL.), l’Autrichien a signé au VfB Stuttgart où il occupe actuellement un rôle de super joker qui vaut mieux que de rester sur le banc.

Sont également partis, mais en prêt: Peter Niemeyer et Markus Rosenberg. Le milieu défensif allemand est parti début août chercher du temps de jeu au Hertha Berlin, tandis que l’avant-centre suédois, privé de temps de jeu derrière le trio Pizarro-Hugo Almeida-Arnautovic, est parti en toute fin de mercato à Santander.
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