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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Retour vers le footoir [1]

Dans les cartons des Dé-Managers : #34

La réhabilitation de Juventus-Roma, le renouveau lyonnais, les passions de Borja Valero, les bastons de Roy Keane, le Superclasico et un anniversaire pour Arsenal.

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Juve-Roma : et le jeu dans tout ça ?

Julien Momont (@JulienMomont) – Depuis dimanche soir, le choc de Serie A entre les deux prétendants au titre n’est abordé qu’à travers le prisme arbitral, les Romanisti – Rudi Garcia et Francesco Totti à leur tête – clamant haut et fort avoir été volé à Turin. Et la presse transalpine acquiesce. Évacuons brièvement et objectivement (l’auteur de ces mots a d’ailleurs plus de sympathie pour la Roma de Garcia que pour la Juve) la question: sur le premier penalty turinois, Maicon fait un mouvement du coude dans un mur censé être dans la surface; sur le second, le pied droit de Pjanic déstabilise – certes légèrement – Pogba sur la ligne du rectangle; Vidal est bien hors-jeu au moment de la superbe reprise décisive de Bonucci, mais Skorupski ne s’est pas plaint d’avoir été gêné, sur le coup. Voilà, c’est fait, passons à ce qui est vraiment important: le jeu.
 

 


 


Car si l’on excepte le dernier quart d’heure de la première période et les cinq dernières minutes, polluées par le comportement insupportable envers l’arbitre de vingt-deux acteurs geignards, ce Juve-Roma a plutôt été de bonne qualité. Les deux équipes ont manoeuvré intelligemment, alternant chacune phases de possession et phases de repli.


C’était aussi l’occasion délicieuse de voir batailler Andrea Pirlo (trente-cinq ans) et Francesco Totti (trente-huit) dans la même zone. Ce fut systématiquement le cas après vingt minutes, lorsque Pjanic recula et la Roma avec lui, laissant le soin à son Capitano de marquer le regista turinois. Ce dernier eut plus d’impact sur le match que le giallorosso.


La Juve d’Allegri est plus axée sur la possession que celle de Conte, mais elle a conservé son style général. Une efficacité froide, celle d’une machine parfaitement rodée à défaut d’être enthousiasmante – à l’exception de Carlos Tevez –, d’une organisation défensive intraitable dans ses trente derniers mètres. La Roma, c’est un jeu plus passionné, plus fou, lorsqu’elle parvient à trouver ses agitateurs virevoltants, Gervinho et Iturbe, dans le sens du but. Ce ne fut pas souvent le cas dimanche soir. Il y a d’ailleurs eu peu d’occasions franches des deux côtés. Mais ce n’est pas une raison pour réduire cette première manche électrique entre le roi d’Italie et le prétendant à son trône à trois coups de sifflets pas si litigieux.
 

 

 

Un OL au joli déhanché

Raphaël Cosmidis (@rcosmidis) – On a tendance à s’apitoyer sur le sort de l’Olympique lyonnais ambitieux des années 2000, devenu survivaliste depuis. Les moyens financiers volatilisés, les Rhodaniens et leurs coaches bricolent. Après Rémi Garde, c’est au tour d’Hubert Fournier, pas aidé par les blessures éternelles de l’OL, de se triturer les méninges pour éviter de faire jouer Steed Malbranque avant-centre. Au milieu du chaos gone est né un duo prometteur, formé par Alexandre Lacazette et Nabil Fékir.


Les deux hommes échangent peu de ballons, mais les options qu’ils offrent à leurs partenaires permettent un jeu varié. Le développement de Lacazette est d’ailleurs remarquable. Excellent dans la profondeur (Béria, placé défenseur central pour l'occasion, l’a appris à ses dépens), le Lyonnais de naissance est devenu très bon dos au but. Contre Rennes, déjà, sa capacité à se retourner pour faire face au jeu avait propulsé son équipe. Fékir, de son côté, mêle qualités de dribble et d’orientation. Logique pour un joueur plus habitué au poste de numéro 10. Contre le LOSC, Lyon, emmené par Gourcuff plus bas sur le terrain – même si lui a avoué en zone mixte vouloir encore reculer d'un cran pour peser davantage sur le jeu –, a évolué avec deux meneurs, et trouvé des liaisons un peu partout sur le pré, notamment dans les trente derniers mètres où les chiffres sont à l’avantage des Gones: 81 passes réussies contre 79, alors que les Dogues en ont plus réussi au total (389 contre 341).
 

 


 


L’OL fait avec les moyens du bord, mais le résultat est plutôt mignon. Jordan Ferri incarne aussi cette réussite inattendue, celle d’un joueur de vingt-deux ans qui n’avait débuté aucune rencontre de Ligue 1 au cours de la saison 2012/2013. Déjà auteur de quatre passes décisives, il a trouvé sa place aux côtés de Maxime Gonalons, capitaine d’une équipe qui a pris onze points, marqué onze fois et encaissé seulement trois buts en cinq journées, tout en affrontant les trois formations qui avaient grimpé sur le podium de la Ligue 1 en mai dernier. La réception de Marseille, le 26 octobre, opposera deux collectifs surprenants d’harmonie.
 

 

 

On a aimé


Le match intelligent du PSG face au Barça en Ligue des champions. Les Parisiens ont, grâce à une intensité inédite cette saison, généralement neutralisé les points forts offensifs catalans (combinaisons rapides dans l’axe initiées par Messi, prise de profondeur de Neymar, dédoublements de Jordi Alba…) tout en laissant volontairement de la liberté offensive à Dani Alves, bien moins percutant cette saison. Et offensivement, Paris a été incisif dans le sillage d’un Pastore incandescent.


Monaco aussi a livré le match qu’il fallait, en Russie contre le Zenit, à l’exception de la finition (0-0). L’ASM a été supérieure dans l’entrejeu et su se défaire du pressing adverse tout en se replaçant vite à la perte de balle pour éviter les contres, point fort des Russes. À ce titre, Jérémy Toulalan a encore été parfait en sentinelle colmatant les brèches. Mais sur le Rocher, les buts se font rares cette saison.


Que Guingamp joue le jeu face au PAOK (2-0), équipe très intéressante qui domine pourtant son championnat. En espérant que cela ne se paye pas trop en Ligue 1, ce qui pourrait de mauvaises idées aux entraîneurs des clubs français dans le futur.


Le superbe but de Wissam Ben Yedder à Saint-Étienne avec Toulouse (0-1). Dans sa construction collective, avec des échanges rapides à une touche de balle, et sa finition pleine d’adresse et de sang-froid. Le mélange des ambitions de jeu toulousaines – certes appliquées avec inconstance – et le brio technique du buteur du Téfécé.


 

 

On ne sait pas trop

 

Dynamo Kiev-Shakhtar Donetsk, dans un contexte extra-sportif forcément lourd, a débouché sur une opposition du même genre que les précédentes: un Shakhtar vif et technique offensivement grâce à ses Brésiliens, lesquels le déséquilibrent défensivement par leur replacement défaillant; un Dynamo Kiev moins virevoltant mais direct, vertical, avec un pressing haut. Au final, le manque d’efficacité du Shakhtar a profité au club de la capitale (1-0) dans un match moyen et accroché. Mais c’est Dnipropetrovsk qui mène la danse.


 

 

On n'a pas aimé

 

Les nombreux ratés de Lionel Messi en fin de partie face au Rayo Vallecano (2-0), qui n’ont pas changé grand-chose à l’issue de la partie, mais qui traduisaient un manque d’application assez rare de la part de l’Argentin.


L’altercation ridicule entre Arsène Wenger et Jose Mourinho au bord du terrain, lors de Chelsea - Arsenal (2-0), telle une chamaillerie de plus entre deux enfants dans une cour de récréation. Sauf qu’ils ont respectivement soixante-quatre et cinquante et un ans, et qu’ils sont les managers de deux des plus grands clubs du monde.


Le trou noir de la défense de l’Atlético Madrid pendant sept minutes apocalyptiques à Valence (3-1), commencé par l’étonnant but contre son camp de Miranda, pourtant plus habitué à faire trembler les filets adverses jusqu’ici (trois buts). Quand le socle de la réussite des Colchoneros s’effondre, ils redeviennent ordinaires.


La première période du FC Porto face à Braga (2-1). La philosophie basée sur la possession de Julen Lopetegui est contre-productive lorsqu’elle est appliquée avec un bloc globalement bas, qui se contente d’une succession de passes latérales entre défenseurs et milieux qui décrochent. Lorsque l’adversaire, comme l’équipe de Sergio Conceiçao, presse un peu haut, cela donne des pertes de balle parfois fatales. Au retour des vestiaires, grâce notamment à l’entrée de Quintero, les Dragoes ont joué plus haut et retrouvé de la verticalité, cherchant enfin à jouer vers l’avant dès le ballon récupéré.


L’inefficacité chronique de l’AS Saint-Étienne. Face à Toulouse (0-1), les Verts n’ont cadré qu’un seul de leurs vingt-et-un tirs (dont dix à l’intérieur de la surface). Depuis onze rencontres toutes compétitions confondues, l’ASSE n’a jamais marqué plus d’un but par match. De quoi s’exposer au réalisme adverse, comme contre le Téfécé.

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

Dix-huit ans de buts pour Arsenal sous l'ère Wenger et cent buteurs différents. Voici la liste complète, avec quelques noms complètement oubliés. (Cliquez sur l'image pour agrandir, ce qu'on vous conseille vivement).

 

 

 

 

Les déclas


Baggio était un grand fournisseur de buts, avec une faculté incroyable à slalomer entre les défenseurs, alors que Del Piero était plus un finisseur. Totti est le numéro 10 le plus complet du football italien, parce qu’il a ces deux qualités combinées à une véritable puissance physique. Totti peut être comparé avec n’importe qui. Il n’a pas gagné beaucoup de trophées, ce qui compte à ce niveau, mais en terme de qualité, de technique et de physique, Totti est Totti.

Dino Zoff, légende du football italien au sujet d’une autre, encore en activité


"Il a dit «J'en ai assez de toi. Il est temps que l'on règle ça.» Donc j'ai répondu «OK». Et on s'est battu. Je me suis réveillé le lendemain matin, je me rappelais vaguement de la bagarre. Ma main était très douloureuse et l'un de mes doigts était plié en arrière."

Roy Keane raconte ses péripéties avec Peter Schmeichel dans son autobiographie, The Second Half.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

Vous avez raté le Superclasico? Le match est à revoir en intégralité. On ne trahit pas le score pour ceux qui voudraient le vivre dans les conditions du direct. . 

 

 

 

L'anecdote


Même s’il est méconnu, Borja Valero est l’un des milieux les plus raffinés d’Europe. Pourtant, le football n’est pas le sport qui le passionne le plus. Plus jeune, il rêvait de devenir basketteur, dans les pas de son idole Michael Jordan. Il était meneur, bien sûr, mais sa taille l’a empêché d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est le golf qu’il pratique énormément depuis qu’il l’a découvert lors de son passage à Majorque. Il a un handicap de 14, ce qui correspond à un plutôt bon niveau.

 

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Après la contre-attaque, le contre-contre. Analyse du nouveau style de pressing par Jonathan Wilson.


À trente-huit ans, Francesco Totti est devenu le buteur le plus âgé en Ligue des champions. Il reste l’inspiration offensive de la Roma.


Le Barça de cette saison ressemble à ses prédecesseurs, mais Luis Enrique a apporté ses nuances.


Étienne Capoue est la clé de voûte de l’entrejeu des Spurs de Mauricio Pochettino.


Cinq conclusions tactiques du mois de septembre en Europe: Southampton, Bielsa, Barça, Leverkusen et Serie A.


Analyse statistique de l’importance du pressing haut dans le football actuel.


 

  

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Dans les cartons des Dé-Managers


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