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Stéphane Pinguet

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Boksic, à en perdre Alen

Arrivé à l'été à court de compétition, Alen Boksic survole une saison 1992/93 exceptionnelle qui scelle son destin et celui de l'Olympique de Marseille.  

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L’Olympique de Marseille a toujours consommé beaucoup d’attaquants. La liste des buteurs éphémères sur les trente dernières années est longue et les raisons des départs variées.

 

Plus-value pour Didier Drogba, prêt court sans suite pour Steven Fletcher, intégration difficile pour Kostas Mitroglou, gloire vieillissante pour George Weah ou Fernando Morientes ou Sylvain Wiltord, appel au secours désespéré pour Alfonso, mauvais casting pour Fabrice Fiorèse ou Pascal Nouma, plaisir sadique pour Kaba Diawara, plaisir exotique pour Jürgen Cavens…

 

Il serait malhonnête, évidemment, de s’arrêter à cette liste, la recherche du fameux grantatakan n’a pas toujours été hasardeuse et Jardel n’est pas le grand buteur de l’OM. Cette liste ne serait pas complète sans une autre étoile filante géniale qui a connu à l’OM la plus belle année de sa carrière.

 

 

 

 


L'inconnu de Split

Alen Boksic, recruté un million de dollars par Bernard Tapie sans l’avoir vu jouer, vient de l’Hajduk Split, vainqueur de la Coupe de Yougoslavie 1991 avec Josip Skoblar comme entraîneur. Les cadres de l’OM l’avaient repéré en supervisant l’Étoile rouge de Belgrade avant la finale de Bari.

 

Le Croate arrive à Marseille pour la saison 1991/92 et est prêté à Cannes car, cette saison encore, le trio Papin-Waddle-Pelé n’a besoin de personne et l'effectif a son quota d’étrangers. Blessé et mal intégré, il ne joue qu’un match et c’est un joueur inconnu, traversé de doutes, qui débarque dans une équipe en reconstruction.

 

Une partie de la génération 91 passe la main après les départs de Papin, Waddle et Mozer. L’attaque olympienne est renouvelée à 100% et ne compte que trois joueurs, n’ayant jamais joué pour l’OM et encore moins ensemble: Völler, Oman-Biyik et Boksic. Rafael Martin Vasquez ne restera pas longtemps et retournera au Real en cours de saison.

 

Un saut dans l’inconnu dont Boksic est la plus grande interrogation. Oman-Biyik est une vieille connaissance du championnat de France, membre émérite de l’héroïque Cameroun de la Coupe du monde 1990 [1].

 

Certes en fin de carrière, Rudi Völler est quant à lui l’un des plus célèbres moustachus européens, buteur en finale de la Coupe du monde 1986, champion du monde avec l’Allemagne 1990 et finaliste de l’Euro 1992.

 


Lancement tardif

Le CV de Boksic est maigre mais le joueur est jeune (vingt-deux ans), rapide, avec une frappe de mule et un physique qui pèse sur les défenses. Avant tout, il doit retrouver du rythme et s’intégrer dans un effectif qui se connaît bien. Aussi ses débuts sont-ils poussifs.

 

Il faut attendre la 6e journée de championnat pour que Boksic ouvre son compteur par un doublé à Nîmes. Son premier but au Vélodrome survient dans la foulée contre Le Havre. À partir de la 12e journée, son rendement devient remarquable en même temps qu'il endosse le statut de titulaire indiscutable.

 

Il marque notamment au Parc des Princes dans l’une des oppositions les plus violentes entre le PSG et l’OM – celle avant laquelle Tapie épingle une déclaration d’Artur Jorge dans le vestiaire. Son but, essentiel pour la course au titre, est le seul de ce match à 57 fautes.

 

 

 

 

Il atteint la dizaine en janvier après un doublé contre Toulon et une chevauchée dans le camp d’Auxerre. Il enchaîne et permet à l’OM de prendre la tête du championnat, dont il terminera meilleur buteur avec 23 unités – un tiers de la tête – devant un Xavier Gravelaine en feu avec Caen.

 

Boksic marque aussi six buts lors de la campagne européenne, dont un doublé en huitième contre le Dinamo Bucarest. Le premier de l’OM en poule à Ibrox Park contre les Rangers, un doublé à l’aller contre Bruges et, surtout, l’unique réalisation du dernier match de poule en Belgique, qui qualifie le club pour la finale de Munich – au cours de laquelle il restera muet, muselé par la défense milanaise.

 


Le sens du but essentiel

Discret, il bénéficie d’une aura particulière auprès du public marseillais, ayant su relever le défi de la succession de Jean-Pierre Papin, monument local. Il a fait preuve d’humilité et s'est mis au service de l’équipe. Son duo avec Rudi Völler, pas le plus spectaculaire ni le plus technique, a valu pour la complémentarité de leurs profils si différents.

 

Boksic restera comme un buteur des moments clés d’une année sportive et extra-sportive historique. Cinq buts l’illustrent. Au Parc des Princes, à l’aller, dans une tragédie de football. À Bruges pour un ticket en finale de C1. À Valenciennes, où commence l’affaire VA-OM (c’est Glassmann qui se retrouve sur la ligne du but pour essayer de l’arrêter…). Contre Paris juste après la victoire en Coupe d’Europe.

 

Il inscrit le dernier contre Paris au début de la saison suivante, encore de la tête et sur un centre du nouveau venu Paolo Futre. Ce but, qui laissait présager le prolongement d'une belle histoire, fut le dernier râle d’une équipe qui avait roulé sur la France et l’Europe.

 

Boksic part à l’automne 1993. D’abord ciblé par la Juventus, il rejoint la Lazio où il évoluera six années avec un intermède d’une saison à la Juve. Bien que champion avec chacun de ces clubs, son rendement ne sera jamais aussi élevé qu'à Marseille. Il finira sa carrière à Middlesbrough au côté de Christian Karembeu.

 

La meilleure preuve que ses performances en 1992/93 ont résonné au-delà du championnat de France est sa quatrième place au Ballon d’Or 1993, dont le classement réunit les plus grands esthètes de la décennie. Il y figure derrière Baggio, Bergkamp et Cantona, devant Mickaël Laudrup. Classe en une saison.

 


[1] Immortalisé dans ce que l’art donne de meilleur: il est cité dans le tube mondial Saga Africa de Yannick Noah. "François Oman-Biyik amortit et glisse un zolo / Deux zolos et passera Milla".

 

 

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