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Pierre Martini

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La Gazette, numéro 18

Bleuphoriques

A Istanbul, l'équipe de France a montré qu'elle était bien vivante, esquissé une réforme de son système de jeu et rassuré sur sa capacité à négocier l'avant-Mondial...
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Qui a dit que les stades turcs n'étaient pas très accueillants? Après trois nuls de transition, l'équipe de France renoue avec le spectacle à l'occasion d'un joli carton en déplacement qui redonne confiance en l'intérêt de la saison de matches amicaux qui nous sépare du Mondial. En faisant une allusion à des événements périphériques, et un humour déplacé, on dira que les Arméniens peuvent officiellement reconnaître le massacre des Turcs par les Français.
Comme tous les publics excessifs, celui du Stade Inönü a sombré avec son équipe, qu'il n'a même pas conspuée avec beaucoup de véhémence. On ne sait pas si la sélection locale a eu trop de respect pour son adversaire, mais le respect s'est imposé de lui-même avec un précoce festival technique des Bleus, conclu d'un but au terme du premier quart d'heure et de trois à la pause. Les hôtes avaient courageusement choisi de laisser des espaces aux attaquants français, et l'on a vu que les défenses à cinq n'étaient pas la panacée.

Le bonheur à deux meneurs
Une impression a prédominé lors d'une première mi-temps pour le moins réussie, celle de voir pour la première fois depuis longtemps les Bleus évoluer avec deux véritables meneurs de jeu. L'excellente prestation de Johan Micoud, qui a véritablement secondé Zidane dans l'entrejeu, prenant les ballons et ses responsabilités, est évidemment la cause de ce sentiment. Cette fois placé dans sa zone de prédilection, clairement devant Petit et Vieira (puis Makelele), il a fait preuve d'une nouvelle assurance, comme si le choc psychologique dû à la nécessité de s'imposer à Parme lui avait déjà permis d'accéder à une dimension intéressante (son but le week-end dernier avait certainement contribué à sa confiance en lui). Il lui reste du chemin, mais l'émergence significative de l'ex-Bordelais serait une excellente nouvelle pour Roger Lemerre, qui doit bien envisager des solutions de remplacement en cas d'absence du numéro 10, mais peut aussi penser à renouveler l'association.

Cette quasi-révélation d'un possible système à deux meneurs pas nécessairement excentrés vient un peu à rebours de la mode (voir La responsabilité du jeu), mais rien n'interdit à la sélection tricolore, qui a de la marge et du temps, de faire des innovations. Bien sûr, il faudrait revoir cette formule face à des oppositions plus consistantes, mais l'intérêt de soulager Zidane de la responsabilité totale de l'animation et de ne pas le laisser exposé dans tous les duels est clairement apparu. De plus, des échanges intéressants ont eu lieu entre les deux hommes, comme le début d'une complémentarité. L'ensemble de l'équipe a d'ailleurs fait un grand match technique et montré une qualité assez exceptionnelle dans la circulation de balle et les déplacements. Ce dispositif repose en effet en grande partie sur l'intelligence et la mobilité de joueurs capables de permuter aussi bien en phase offensive que défensive. L'équipe de mercredi n'en a pas manqué.
Par contraste rétrospectif, le système "avec Djorkaeff" révèle un peu plus ses lacunes, surtout par rapport au bénéfice pour le meneur attitré des Bleus, dont la charge de travail n'a jamais été allégée par les intermittences de son coéquipier. Le Snake de Kaiserslautern a longtemps profité de son indéfinissable statut d'"homme décisif" (pas meneur et buteur plus sporadique qu'on ne le croit) pour éviter de vraies remises en cause. Mais d'un côté il va être logiquement surclassé par des attaquants dont les ratios de buts en sélection sont d'ores et déjà plus élevés que les siens, et de l'autre côté il pourrait souffrir de l'émergence du néo-Parmesan...
C'est pas grave, Youri, tu restes notre joker préféré.

L'équipe de France, centre de formation pour champions du monde?
La prestation française rassure aussi sur la confiance affichée par toute l'équipe et par sa capacité à se maintenir sous pression. L'équilibre semble meilleur qu'en 96/98 entre les piliers de la sélection, très sollicités par leurs clubs et qui peuvent être sujets à des baisses de motivation en match amical, et les arrivants que Roger Lemerre invite à faire un tour en bleu pour voir si ça leur plaît. Les premiers (Desailly ou les jeunes anciens comme Vieira ou Henry) ont encore des challenges à relever, et les seconds évidemment tout à prouver. Par ailleurs, nos vedettes de l'attaque sont si nombreuses et si jeunes que leur concurrence et leur implication sont garanties (surtout si des aiguillons comme Robert ou Marlet frappent à la porte du club). Le contexte actuel fait même que pour certains comme Petit ou Zidane, la sélection est l'environnement privilégié au sein duquel ils peuvent rappeler aux supporters et aux dirigeants de leurs clubs leur véritable valeur. Robert , Makelele, Djetou ou Sagnol posent des jalons, prennent quelques habitudes sans difficultés d'adaptation apparentes, et d'autres encore seront invités à marquer des points. Même Déhu entré en cours de jeu montre une aisance inconnue au PSG et se permet des gestes de patron.
On peut espérer que le groupe France sera effectivement capable d'entretenir et de transmettre son immense capital confiance, et constituera l'environnement idéal pour les meilleurs joueurs français qui passeront prochainement par la sélection. À un an et demi de la Coupe du monde, Lemerre est dans les meilleures conditions pour tester les solutions et les hommes, appeler quelques postulants pour leur faire toucher du doigt un rêve encore éveillé et dessiner l'ossature de sa future équipe.
Bonne nouvelle: l'équipe de France reste passionnante.

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