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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Bert Trautmann, the Good German

Les joueurs d'exception – Des Jeunesses hitlériennes à Manchester City, le destin de Bert Trautmann lui a accordé une immense popularité en Angleterre, et un fait resté légendaire. Il est mort vendredi dernier.

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On dit parfois que le sport aide à refermer les plaies de l’Histoire, et qu’un bon match de foot rassemble plus certainement les peuples que d’interminables discussions diplomatiques. Certes, l’idée est utopique, mais il est des hommes au destin particulier à qui l’on peut attribuer sans se tromper le mérite d’avoir apporté une petite pierre au fragile édifice de la paix.
 

Bert Trautmann a grandi dans l’Allemagne hitlérienne et a combattu pour les nazis contre l’Angleterre. La guerre terminée, il a choisi de rester vivre chez l’ennemi, d’y pratiquer le sport national et d’en devenir l’une des plus grandes vedettes. En 2004, à 81 ans, l’ancien gardien de Manchester City est devenu Officier de l’Ordre de l’Empire Britannique (Most Excellent Order of the British Empire - OBE) pour avoir œuvré à la réconciliation anglo-allemande. Il s'est éteint la semaine dernière.
 


Front russe, évasions, football en captivité

Bernhard Carl Trautmann est né à Brême le 22 Octobre 1923. Son destin est ainsi lié à celui d’un pays qui va se retrouver aux mains d’un des plus sinistres régimes de son histoire. Trautmann joue ailier gauche dans un club de Brême, tout en passant une partie de son temps au sein des obligatoires Jeunesses Hitlériennes. Son service militaire, en 1941, l’emmène directement sur les champs de bataille de la Seconde Guerre Mondiale. Affecté aux Pays-Bas, il se distingue lors de la bataille d’Arnhem à laquelle il survit en restant enterré trois jours sous les décombres. Un exploit à l’issue duquel il se voit remettre la Croix de Fer. Cela ne l’empêche pas d’être parachuté plus tard sur le front russe, mais il y est fait prisonnier. Après son évasion, Bertmann est affecté sur le front de l’Ouest. Il y connait de nouveau les joies de l’arrestation, de la prison et... de l’évasion. C’est finalement l’armée anglaise qui parvient à maîtriser l’intrépide. Elle l’envoie dans un camp de prisonniers à Ashton près de Manchester, mais il ne s’y éternisera guère. Nous sommes en mars 1945 et le conflit est sur le point de se terminer, enfin.
 

 

bert trautmann manchester city
Image mcfc.com
 Durant sa captivité, Trautmann a eu le loisir de regoûter aux joies du ballon rond. Au cours de ces parties endiablées, il se retrouve dans les buts et s’y révèle très bon. Libéré par les autorités anglaises, Bert Trautmann choisit de ne pas rentrer au pays. Il reste dans la région de Manchester et rejoint le petit club de St-Helen’s Town. Ses arrêts acrobatiques en font une petite vedette locale et surtout, permettent de le faire remarquer par les dirigeants de Manchester City. Ceux-ci cherchent un remplaçant au vieillissant Frank Swift [1], et font signer un contrat à l’ancien soldat allemand.
 

L’accueil est pour le moins glacial. Les supporters de City font part de leur mécontentement de voir un "ennemi" dans leur équipe. Le club reçoit de nombreuses lettres d’indignation et des menaces de boycott. Dans les tribunes fleurissent des banderoles qui réclament le départ de "l’Allemand". Pour n’importe quel joueur dans cette situation, il ne reste qu’une solution: profil bas et grosses performances. Bert Trautmann s’y applique, gagne quelques rencontres à lui tout seul, et parvient à faire taire les derniers réfractaires.
 


La Cup avec une fracture des cervicales

Quelques années plus tard, Bert Trautmann est devenu un pilier de City. Il va atteindre la gloire en 1956. Un an après leur finale de FA Cup perdue face à Newcastle, les Citizens se qualifient à nouveau pour Wembley et affrontent Birmingham City le 5 mai. Tout se passe idéalement ou presque. Il reste un quart d’heure à jouer et City mène 2-1. L’équipe de Birmingham tente le tout pour le tout mais Trautmann fait bonne garde. En plongeant dans les pieds de l’attaquant Peter Murphy, le gardien allemand ressent une douleur au cou, mais comme aucun remplacement n’est alors possible, il garde sa place. City l’emporte 3-1 et Trautmann gagne sa place dans l’histoire. Mais Trautmann a toujours mal au cou, au point de devoir pencher la tête sur le coté pour soulager la douleur. Même le prince Philip, venu saluer le héros du jour, exprime son inquiétude quand à son état de santé. L’examen qui suivra livrera son verdict: Trautmann a joué un quart d’heure avec une fracture des vertèbres cervicales!
 

Elu "Footballer of the Year" de l’an 1956, Bert Trautmann a joué quinze années à Manchester City, mais n’a jamais été sélectionné en équipe d’Allemagne. Le pays, occupé à se reconstruire et quelque peu renfermé sur lui-même, regardait rarement ce qui se passait au delà de ses frontières. Sans doute le gardien de City aurait-il eu sa place au sein de l’équipe championne du monde 1954.
 

Après 545 matches avec Manchester City, Bert Trautmann se retire en 1964 à l’âge de quarante-et-un ans. Il se tourne vers le métier d’entraîneur-manager à Stockport County. En juillet 1966, il est l’accompagnateur en chef de la délégation allemande lors de la World Cup en Angleterre. Bert Trautmann retournera ensuite dans son pays natal, pour entraîner quelques petits clubs. Puis il deviendra un de ces sélectionneurs globe-trotteurs appelés à diriger les équipes nationales de Birmanie, du Libéria, du Yémen, de Malte. Retraité sous le soleil d’Espagne, Bert Trautmann prenait encore quelques nouvelles de Manchester City.
 


[1] Franck Swift allait devenir journaliste et accompagner l’équipe de Manchester United. Il mourra tragiquement en février 1958 dans l’accident de Munich.
 

Version originale de cet article initialement publiée en novembre 2006 sur kicknrush.com.
Lire aussi son témoignage sur sa carrière recueilli par le site de Manchester City.

 

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