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La Gazette de la L1 : 8e journée

Roma-Garcia, lune de miel ou mariage de raison ?

Le scepticisme itinial en Italie a laissé place à l'enthousiasme après des débuts parfaitement réussis. Rudi Garcia est-il exactement l'entraîneur dont l'AS Roma avait besoin?

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Avec l'Atlético Madrid, l'AS Roma est l'une des sensations de ce début de saison. Il ne s'agit pourtant pas de clubs obscurs entrés subitement dans la lumière, mais d'habituels outsiders trop souvent éclipsés ces dernières saisons, et qui se permettent pour une fois de bousculer leurs concurrents plus prestigieux. Après six victoires en six matches, la Roma s'offre même le luxe de contempler de haut tous ses rivaux. Cette série de succès attend d'être confirmée: elle a été obtenue contre des équipes qui ne visent pas le haut de tableau, à la notable exception du rival qu'est la Lazio. Néanmoins, elle commence à être significative, par la maîtrise démontrée et par les chiffres qui font des Giallorossi à la fois la meilleure attaque et la meilleure défense de Serie A.
 

 

Rudi Garcia AS Roma

 


Moins de révolutions, plus de réalisme

On peut donc s'interroger sur les raisons de ce démarrage fulgurant, qu'il est tentant d'attribuer à l'arrivée de Rudi Garcia. De ce côté-ci des Alpes, le défi que se lançaient conjointement le club et l'ancien entraîneur du LOSC suscitait la curiosité – alors qu'il recueillait un certain scepticisme dans la Botte. Il semble sur la bonne voie pour être gagné, mais les facteurs d'explication vont au-delà d'un simple "effet Garcia". Il y a lieu de croire que l'on n'assiste pas à un feu de paille, mais que de vraies bases se mettent en place pour un redressement durable du chef d’œuvre en péril qu'était la Roma. Tournant le dos aux "révolutions" annoncées et avortées sous les houlettes successives de Luis Enrique et Zdenek Zeman, les nouveaux mots d'ordre sont pragmatisme et équilibre. La Roma faisait peut-être moins rêver à l'entame de cette saison, mais elle s'est rapidement révélée bien plus réaliste, et cette rationalisation est présente à tous les échelons du club.
 

Après deux saisons où les propriétaires américains ont paru assez évanescents, le nouveau président du club, James Pallotta, semble décidé à montrer qu'il y a un pilote dans l'avion. La tournée organisée dans son pays d'origine a pu perturber la préparation estivale, mais en retour il a remis de l'ordre dans l'encadrement du club. Notamment, la confusion des responsabilités entre le directeur général Baldini et le directeur sportif Sabatini a été réglée avec le départ du premier à Tottenham et les pleins pouvoirs attribués au second.
 


Le profil recherché

Pallotta a aussi conduit en personne le recrutement du nouveau staff technique organisé autour de Rudi Garcia. Celui-ci passait pour un choix par défaut après les refus de Walter Mazzarri et Massimiliano Allegri, mais correspondait parfaitement au profil recherché. C'est un entraîneur capable de choix techniques forts (alors que l'intérimaire Andreazzoli a beaucoup tâtonné), mais aussi de s'adapter à son groupe, de faire preuve du bon sens qui manquait à Enrique et Zeman pour assurer l'adhésion de leur effectif à leurs directives. C'est moralement que Garcia a fait du bien à l'équipe, en premier lieu, en trouvant dès sa prise de fonction le juste positionnement auprès de ses joueurs: ni laxiste ni caporaliste. Son soutien à Pablo Osvaldo, pourtant sur le point d'être transféré, a été apprécié alors que les "gourous" précédents ont dès leurs débuts pris à rebrousse-poil des cadres de la valeur de Francesco Totti ou Daniele De Rossi.
 

Sur le plan technique, Garcia a su tirer le meilleur de l'héritage de ses prédécesseurs: l'utilisation de Totti en "faux 9" inventée par Luciano Spalletti, la relance courte prônée par Luis Enrique pour assurer la possession de balle, la recherche de "verticalité" qui obsédait Zeman. Mais, là aussi, il reste soucieux d'équilibre, sait assurer la couverture défensive et la maîtrise du rythme qui manquait ces deux dernières saisons (lire "Rudi Garcia loca, L’AS Roma de nos jours"). Ainsi, les cinq premiers matches de l'année ont eu un déroulement similaire (première mi-temps contrôlée et accélération à la reprise), alors que l'on voyait souvent des premières mi-temps brillantes gâchées par des fins de match laborieuses.
 


Cooperativa del gol

Le mercato d'été a aussi été marqué par un vrai changement dans la politique du club. Le jeunisme parfois outrancier a été soldé avec les grosses ventes des deux pépites Marquinhos et Lamela, au profit du recrutement de joueurs plus mûrs, choisis autant pour leurs qualités mentales que techniques. Morgan De Sanctis a sans doute moins de brio que son prédécesseur dans les buts Maarten Stekelenburg, mais il apporte son profil de patron de défense voire "d'aboyeur", alors que le Hollandais peinait à commander ses défenseurs. Maicon et Mehdi Benatia transmettent leur sérénité et leur rage de vaincre à la ligne défensive, alors que Marquinhos restait trop tendre pour être un leader, et que la grinta de Nicolas Burdisso ne suffisait plus à combler ses lacunes. La recrue estivale la plus chère est Kevin Strootman. Le club a préféré une valeur sûre au caractère affirmé à un énième pari sur un joueur à lancer ou relancer au plus haut niveau. Il est le "box-to-box" qui manquait pour équilibrer le milieu, entre les deux cadres que sont De Rossi et Miralem Pjanic.

 



 

Sur le plan des départs, la Roma a perdu ses deux meilleurs buteurs de la saison passée avec Osvaldo et Erik Lamela. Leurs remplaçants ne comblent peut-être pas le déficit en matière de talent pur, mais ils permettent à Garcia de disposer d'une palette offensive plus variée, alors que les deux porteños rendaient l'équipe dépendante de leur efficacité irrégulière. Désormais, le talent protéiforme de l'immortel Totti s'accorde à merveille avec les dévoreurs d'espaces que sont Gervinho, qui a retrouvé son entraîneur préféré, et Alessandro Florenzi replacé au poste où sa débauche d'énergie parfois désordonnée est la plus utile. L'adresse d'Adem Ljajic dans les petits espaces et la combativité de Marco Borriello offrent des alternatives intéressantes, en attendant le retour de blessure de Mattia Destro. L'équipe est ainsi redevenue la cooperativa del gol de Spalletti, avec déjà neuf buteurs différents.
 


État de grâce

Il n'était pourtant pas garanti que les choix de la raison amènent une telle réussite. La Roma a aussi bénéficié d'un calendrier favorable qui lui a permis de débuter par deux victoires contre des promus, et donc de contenir les critiques prêtes à fuser. En effet, la Cité éternelle manque de patience quand il s'agit de calcio, et les giallorossi doivent composer avec une très versatile "opinion publique romaniste", faite de tifosi bouillants et de médias qui jouent la surenchère. Luis Enrique ne s'est ainsi jamais remis de son péché originel: avoir perdu son premier match officiel (un tour préliminaire de Ligue Europa), et surtout y avoir laissé Totti sur le banc. Les "snipers" (dixit Spalletti) des nombreux talk-shows étaient prêts à fondre de la même manière sur le méconnu Garcia, mais les résultats ont parlé pour lui. La victoire dans un derby jamais placé si tôt dans la saison a prolongé cet état de grâce en faisant oublier la défaite de la dernière finale de Coupe d'Italie contre les rivaux laziali, et son discours à la fois ferme et mesuré a mis les derniers sceptiques de son côté.
 

Tous les voyants sont donc au vert pour que cette entame prometteuse ne fasse pas long feu, mais on sait à quel point l'équilibre est fragile dans un club de football. La Roma va être confrontée coup sur coup à deux tests qui permettront d'évaluer plus précisément son potentiel, contre l'Inter Milan et Naples, autres ambitieux en mutation. Quoi qu'il en soit, elle semble enfin avoir les moyens de ses ambitions à long terme: replacer le club parmi ceux qui comptent à l'échelle européenne.

 

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