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Jamel Attal

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Abolition des transferts: quelles conséquences?

Le bouleversement annoncé suscite aujourd'hui les plus grandes inquiétudes. Pourtant, si certains risques sont bien réels et si le football européen va traverser une période incertaine, la crise pourrait se révéler salutaire à bien des égards...

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Liberté pour les joueurs?
Les joueurs ne sont pas tout à fait les "esclaves" que décrit Philippe Piat (président de l'UNFP) — leurs salaires hollywoodiens constituant en quelque sorte le prix de leur docilité— mais ils seront incontestablement les grands bénéficiaires de la réforme. Avec des dispositions proches celle d'un banal CDD, ils auraient une liberté plus grande de quitter leur employeur et de négocier eux-mêmes leur transfert, sans être tributaires de négociations de club à club. Wiltord aurait ainsi anticipé l'application de ce principe, il est d'ailleurs bien à l'image de ce nouveau type de professionnels qui entendent gérer leur carrière sans entraves. D'autre part, leurs revenus ne sont en rien menacés et Philippe Piat est un peu léger d'accuser le système encore en vigueur de conduire à l'inflation salariale, sachant que son abolition conduira certainement les clubs à reporter vers les salaires leur puissance d'investissement.


Il est à craindre que l'individualisme des joueurs en soit renforcé, mais il ne faut pas trop préjuger du lien qui les unira à leurs équipes, dans la mesure où le système actuel a déjà largement encouragé les comportements de mercenaires. Les futurs contrats devraient avoir plus de sens qu'actuellement, et cela ne peut qu'améliorer la situation.

 

Les clubs inquiets, surtout les gros
Au-delà, c'est donc tout le financement des clubs qui sera bouleversé. Ils ne pourront plus spéculer sur leur effectif et devront trouver d'autres arguments pour faire venir les stars du ballon. Les dirigeants seraient de mauvaise foi s'ils arguaient d'une perte de revenus, puisqu'en la matière la balance s'équilibre forcément entre les "achats" et les "ventes". Il s'agit ni plus ni moins que de dégonfler une bulle financière qui ne profitait qu'aux plus riches en plaçant le ticket d'entrée à des hauteurs inaccessibles pour la majorité des formations.
Ensuite, les finances des clubs vont devenir "transparentes", puisque le mystérieux capital correspondant à la valeur hypothétique de l'effectif disparaîtra: certains ne pourront plus creuser leurs déficits avec cet alibi, et leurs bilans vont réellement faire frémir. Un des effets indirects de la réforme, mais pas le moindre, serait de provoquer une clarification radicale de cette industrie qui se complait aujourd'hui dans l'opacité. Quelques empires sont en danger, mais certainement pas l'ensemble des clubs ou les compétitions elles-mêmes, qui bénéficieront à terme de cet assainissement.


On peut alors espérer que le "marché" des joueurs, qui deviendrait un marché de l'emploi, laisse de meilleures chances à l'ensemble des clubs pour recruter, d'autant qu'ils devront offrir un véritable projet sportif à des footballeurs plus libres de leurs choix. La colère de Bruxelles est d'ailleurs justifiée par la défense de la libre concurrence...

 

Les dangers de la réforme
L'application brutale de ces principes, si elle n'est pas encadrée, aurait sans nul doute des effets pervers, sur deux plans principaux.


Les salaires ou les rétributions du type "prime à la signature" semble devoir monter en flèche et les inégalités de reconstituer sur cette base. Les footballeurs toucheraient alors des émoluments totalement surréalistes, pas encore imaginés, et l'écarts entre équipes ne cesserait de se creuser. Mais il est aussi probable que des mesures de plafonnement tacites ou réglementaires (comme le salary cap américain) limitent cette tendance. Le clubs auront intérêt à s'entendre sur ce point, et les Ligues pourront imposer de nouvelles règles.
Car globalement les perspectives de la révolution annoncée nous plairaient plutôt, si elles pouvaient d'ores et déjà présenter toutes les garanties pour la formation, qui semble constamment victime des évolutions contemporaines. On ne verrait plus trop l'intérêt de former des professionnels si les clubs n'étaient plus assurés de bénéficier de leur apport (au moins lors du "premier contrat pro"), les jeunes étant libres de signer où ils veulent sans compensation. Les dernières propositions de la FIFA veulent faire accepter à la Commission européenne deux points essentiels: l'interdiction des transferts pour les mineurs, et le versement d'une indemnité pour le club formateur entre 18 et 24 ans. Du calcul de cette indemnité découlera un nouvel équilibre, dont on ne peut dire encore s'il rétribuera suffisamment l'effort de formation. Si l'exception sportive doit justifier des aménagements, c'est en tout cas sur ce plan-là...


Car sur les autres, les inquiétudes manifestées jouent trop sur le registre du catastrophisme pour être vraiment crédibles. Ainsi, les entraîneurs (des plus grands clubs) réunis à Genève ont-ils exprimé leur peur de l'instabilité qui résulterait du nouveau système, comme si elle pouvait être plus grande que l'actuelle, avec des contrats qui n'ont plus aucun sens.

 

Les pouvoirs publics, communautaires cette fois encore, vont remettre de l'ordre dans cette industrie un peu anarchique. L'économie du football roulait à tombeau ouvert et suscitait les pires dérives, alors il est difficile de penser que les changements puissent réellement aggraver ces tendances. Il semble au contraire que les forces dominantes qui poussaient à la roue subissent aujourd'hui un revers de taille, et seront obligées de composer avec de nouvelles contraintes. En attendant d'y voir plus clair, il n'est pas nécessaire de se désespérer prématurément, ni de crier à d'incertaines victoires. Sur quelques points cruciaux, le dossier n'a pas encore basculé...


C'est enfin l'occasion de faire avancer un grand chantier, en donnant un contenu à la spécificité sportive pour la faire reconnaître par le droit européen et encadrer les disciplines professionnelles sur les plans juridique et économique.

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