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Mevatlav Ekraspeck

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1986-1990 : les années noires des Bleus

[Épisode 1/3] Quand l'ère Platini s'achève, l'équipe de France plonge dans un tunnel de quatre années ratées. De nombreux joueurs y laisseront leur peau d'internationaux. 

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1986-1990 : les années noires des Bleus
1986-1990 : années noires, losers bleus
1986-1990 : années noires, génération perdue

 

Ratant successivement l’Euro 1988 en Allemagne et la Coupe du monde 1990 en Italie, l'équipe de France reste six années sans disputer une compétition majeure – un inédit dans l’histoire contemporaine du football hexagonal. Point de virus, mais un passage de témoin qui traîne en longueur entre deux générations, celle de Platini et celle de Papin-Cantona.

 

Entre le match pour la troisième place mondiale, disputé à Puebla le 28 juin 1986, et le 15 août 1990, date de naissance d’une équipe nationale qui ne connaîtra la défaite à Wembley que dix matches plus tard (préambule à une qualification nette et sans bavure pour la Suède – huit victoires sur huit), défilent en sélection des joueurs aux destinées diverses.

 

Fin de parcours, premiers pas avant une brillante carrière, coups d’un soir, losers magnifiques… ramenons à la lumière ces garçons qui ont porté le maillot frappé du coq malgré des circonstances parfois funestes. Certains s’installeront, d’autres pas, au gré d’un résultat défavorable, de l’éclosion d’un cador, ou d’une prestation réussie.

 

 

Rassemblement en septembre 1987. Debout : Bruno Martini, Yannick Stopyra, Gérald Passi, Luis Fernandez, Yvon Le Roux, Dominique Bijotat, José Touré, Basile Boli, Rémy Vogel, Joël Bats. Au premier rang : Willian Ayache, Fabrice Poullain, Jean-Philippe Rohr, Henri Michel, Jean-Pierre Papin, Philippe Fargeon, Manuel Amoros. (photo via deux-zero-com)
 

 

Impossible transition

Bossis, Giresse, et Rocheteau ne reviennent pas après le Mexique. Platini a trente et un ans, une pubalgie qui lui a pourri l'aventure mondialiste, et il s’apprête à dire stop. Toute la colonne vertébrale de cette France dominante de la période 1982-1986 n’existe plus. On est au recommencement d’un cycle, il faut faire des choix.

 

Parmi les bonnes pioches, pour succéder à Bossis, Henri Michel lance le jeune Auxerrois Basile Boli, entouré d’Ayache, Battiston et Amoros pour une défaite à Lausanne contre la Suisse, à la reprise estivale de 1986 (2-0).

 

Au milieu, la récupération et la création sont assurées par le tandem inédit Poullain-Bijotat. Le Parisien avait connu sa première sélection en 1985 face à la RDA, le Monégasque lors de la déculottée infligée par la Pologne au Parc des Princes, au retour du Mundial espagnol (0-4). Il ressort du frigo quatre ans plus tard.

 

Devant, Papin n’a pas été convaincant au Mexique, Bellone et Xuereb plafonnent, seul le Toulousain Stopyra semble s’imposer comme une évidence. Il est épaulé par le canonnier brestois Gérard Buscher face aux Helvètes, qu'on ne reverra qu’une fois.

 

Pour les attaquants de l’équipe de France commence une valse des prétendants qui durera jusqu’à ce que Papin devienne JPP et que Cantona le rejoigne.

 


Rases campagnes

Sur les trente rencontres qui se jouent entre la fin de la saison 1985/86 et le début de celle de 1990/91, la France présente un bilan qui, au premier abord, peut paraître honorable :

 

59 joueurs différents sont appelés par Henri Michel puis Michel Platini, pour 12 victoires, 11 nuls et 7 défaites, 36 buts marqués, 27 encaissés. Les buteurs sont Cantona (9 buts), Papin (5), Deschamps, Stopyra (3), Blanc, Fargeon (2), Passi, Fernandez, Micciche, Paille, Touré, Xuereb, Perez, Sauzée (1).

 

Mais si l'on retranche les matches amicaux, les échecs et les matches indigents s’empilent: quatre victoires en quatorze rencontres (pour sept nuls et cinq défaites). La campagne de qualification pour l’Euro 1988 ne compte qu’un succès contre l’Islande au Parc, en huit matches, dans un groupe qui comporte le futur finaliste de l’épreuve, l’URSS, ainsi que la RDA et la Norvège.

 

Trois victoires à domicile contre la Norvège, l’Écosse et Chypre, ces deux dernières dans un contexte d’élimination actée après une ultime défaite en Yougoslavie 3-2: lors des éliminatoires de la Coupe du monde 1990, chaque gros morceau proposé aux Tricolores ramène un ou deux points de la confrontation, à Paris ou à l’extérieur.

 

 


18 novembre 1987, France-RDA (0-1). Debout : Joël Bats, Bruno Germain, Sylvain Kastendeuch, Dominique Bijotat, Yvon Le Roux, Basile Boli. Au premier rang : Éric Cantona, Bruno Bellone, Bernard Zénier, Fabrice Poullain, Manuel Amoros.

 

Faiblesse européenne

En postulant que c’est en coupe d’Europe que s’aguerrissent les joueurs internationaux, les performances des représentants de la France sur la scène continentale peuvent en partie expliquer les manques.

 

Les clubs sont en effet à la peine sur le front extérieur. Les campagnes européennes 1986/87 sont médiocres: le PSG prend la porte d'emblée face à Vitkovice en C1, Dundee et le Torino sortent Lens et Nantes au même stade en C3, Toulouse ne confirme pas face au Spartak les espoirs suscités après l’exploit face à Naples.

 

La saison précédente, seuls les Nantais en C3 ont passé deux tours, quand Bordeaux (Fenerbahce, C1), Monaco (Craïova, C2), Auxerre (Milan AC, C3) et Metz (Split, C3) étaient éliminés dès leur entrée en lice.

 

Néanmoins, la génération sortante n’a pas été beaucoup plus vernie sur ce plan – même si, depuis l’ASSE en 1976, on compte au moins un demi-finaliste tous les deux ans: Bastia, Sochaux, Nantes, Bordeaux. L’équipe de France, avec ses beaux parcours 1982, 1984 et 1986 tire les internationaux vers le haut.

 

Pour ceux qui arrivent à maturité après 1986, cette dynamique n’existe plus. Les Girondins, qui portent l’étendard français dans les compétitions de l’UEFA (demi-finales en 1985 et 1987), sont trop seuls. Marseille s’éveille à l’Europe en 1988 après son beau parcours en C2, mais ne fera office de locomotive que trois ans plus tard.

 


Naufrages à Nicosie et Glasgow

Deux résultats ont particulièrement marqué l’équipe de France de cette période: le nul à Chypre du 22 octobre 1988 (1-1), qui aura raison d’Henri Michel, et une déroute sous le déluge d’Hampden Park, le 8 mars 1989 (2-0), où nos amis des Highlands nous privent presque définitivement du voyage transalpin.

 

 

 

 

La France touche alors le fond, et il ne s’agit pas d’accidents industriels comme le futur combo France-Israël / France-Bulgarie. Le fond de jeu est inexistant, les joueurs cadres sont éteints ou trop tendres. Les Bleus jouent la trouille au ventre, ne savent plus créer, ont perdu leur identité offensive, leur mental et leurs repères. Le capitaine Amoros se sent bien seul.

 

 

 

 

 

Pour la reprise de 1989, Platini demande à ses joueurs d'augmenter le tempo, quitte à perdre plus de ballons, et d'abandonner le jeu restrictif qu’Henri Michel préconisait en l'absence de meneur. Le 16 août, Malmö découvre une nouvelle équipe de France, avec l’infernal duo Papin-Cantona (un doublé chacun). Mais le rebond est encore lointain.

 


La peur au ventre

Entre l’après-Mexique et l’amorce d’une renaissance qui sème les premières graines du titre de 1998 (nonobstant une compétition suédoise ratée et la terrible désillusion de l’automne 1993), c’est une période dévoreuse de jeunes talents ou de très bons joueurs de clubs qui s’est installée.

 

La presse de l’époque ne fut pas tendre… "Opération Survie", "Hampden Park le temple de la peur", titrait France Football en mars 1989 pour présenter le match, avant un splendide "La faillite nous voilà" en une. Voilà le contexte, trois ans après avoir été des héros, dans lequel les sélectionnés français évoluaient.

 

 

 

 

Pas facile de percer, de prendre confiance dans de telles conditions. Jean Fournet-Fayard et les responsables de la FFF se font secouer par les éditorialistes de la presse spécialisée. Platini, toute idole qu’il est, n'est pas épargné non plus, jusqu’à ce que 1990 lui donne raison sur certains points du jeu.

 

Mais les plus exposés, en définitive, seront les acteurs eux-mêmes. Jean-Marc Ferreri avouera que certains allaient à reculons en sélection. Les malheureux appelés à ce moment-là vivent sans doute une des pires périodes de l’histoire de l’équipe de France.

 

 

 

 


Victimes ou coupables ?

Tous ces joueurs sont-ils responsables, en n'ayant pas mérité de faire partie de la suite des aventures tricolores? Sont-ils d’honnêtes joueurs momentanément surcotés, venus combler les vides, ou bien de réels poissards qui, à six mois près, auraient été dans le bon timing?

 

À relire les compositions des équipes de France du premier match des futurs champions du monde et d’Europe – et futurs sélectionneurs – Laurent Blanc et Didier Deschamps, on doit se poser la question du facteur chance dans certaines carrières, celles qui feront les champions du monde et les autres… 

 

Il faudrait donc mener un travail de réhabilitation de ces professionnels qui ont donné de leur passion à leur sélection, frappés par l’ingratitude des circonstances ou par une petite carence qui verra d’autres, mieux lotis ou plus chanceux, prendre leur place.

 

Merci à eux, qui trouvent malgré tout la place parmi la soixantaine d’élus entre le 19 août 1986 et le 28 mars 1990, et qui peuvent se vanter d’avoir connu le prestige du maillot tricolore en même temps que de véritables légendes de notre sport.

 

C'est donc un hommage à cette génération en grande partie perdue que nous voulons rendre dans les deux épisodes suivants de cette série.

 


1986-1990 : les années noires des Bleus
1986-1990 : années noires, losers bleus
1986-1990 : années noires, génération perdue

 

 

 

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