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Feuilles de match et feuilles de maîtres

Qui a dit que football et littérature étaient incompatibles ? Voici le forum où vous pourrez parler de vos lectures récentes et anciennes, liées ou non avec le ballon rond.

Un conseil de lecture ? Une bonne librairie ? =>> "You'll never read alone", le Gogol Doc: http://bit.ly/11R7xEJ.

  • Jah fête et aime dorer Anne le 01/02/2023 à 10h45
    "Avec la même mâchoire d'âne ?"

    (désolé, le bon mot n'est pas forcément synonyme de bon goût)

  • Balthazar le 01/02/2023 à 10h53
    J'ai pas compris la blague, bien que je sache à quel film tu fais allusion.
    PS : Ah si, j'y suis.

  • Balthazar le 01/02/2023 à 18h48
    [Nonstop et la morale du « Non merci », quelques réflexions]

    Ce message est la suite d'un autre sur le fil musical, et de discussions récentes sur ce fil-ci.
    Ça risque encore d'être en vrac (toujours ce fichu virus, sans compter celui de la flemme, avec lequel je suis né).

    La tirade des « Non merci » de Cyrano a fait dire à John que Cyrano lui était insupportable ; Lapostat a dit tout le mal qu'il pensait de cette posture qui lui avait plu autrefois ; Julow a parlé de « morale fatigante » ; bref, il m'a semblé qu'il y avait une espèce de consensus autour de l'idée que Cyrano faisait fausse route ou en faisait trop. Comme a dit Lapostat : « Le choix qui nous est donné, et le message à transmettre aux jeunes générations, ce n'est pas : soit tu es un lèche-botte arriviste, soit tu restes à l'écart, mais d'avoir le courage de rester intègre tout en évoluant dans la société. »

    Je ne suis pas tout à fait d'accord. Certes je ne crois pas qu'on puisse, comme le veut Cyrano, « être admirable en tout, pour tout » ; mais la tirade des « Non merci » dit quelque chose de plus précis et plus modeste.

    Il faut rappeler le contexte. Cyrano ne prône pas l'écart pour l'écart, la marge pour la marge ; bien au contraire, il se montre d'abord « tenté et un peu charmé » quand De Guiche lui suggère de montrer ses œuvres à Richelieu. S'il se reprend, c'est que De Guiche ajoute : « Il vous corrigera seulement quelques vers ». C'est cette seule perspective – qu'on dénature son œuvre – qui suscite le rejet de Cyrano :

    « Impossible, Monsieur ; mon sang se coagule
    En pensant qu'on y peut changer une virgule. »

    Ici la possibilité de « rester intègre tout en évoluant dans la société » n'existe tout simplement pas, comme il est fréquent dans la vie. Soit tu te soumets, soit ta pièce ne sera jamais jouée.

    Que devait faire Cyrano ? Je n'en sais rien, je n'ai pas (toujours) de leçons à donner ; mais une chose est pour moi évidente : son choix est admirable. Est-ce celui qu'aurait fait Rostand ? Je n'en sais rien non plus. Mais des choix de cet ordre, qu'il s'agisse de se conformer au goût des puissants ou au goût de la masse qui n'est pas moins puissante, tous les créateurs doivent en faire. Demandez à Cantona ou à Ben Arfa. Il ne s'agit donc pas, ici, d'une situation détachée de la vie courante (comme d'autres dans Cyrano) où notre admiration enfantine se porte sur un super-pouvoir de super-héros ; non, l'héroïsme de Cyrano, ici, n'est rien d'autre qu'un mélange de courage et d'intégrité.

    Certains en font preuve, je crois, ce n'est pas quelque chose qui n'existe pas comme de se battre à un contre cent.

    Ce qui est vrai, c'est que cette attitude a un coût. Frédo Roman, donc, malgré un premier album qui eut un certain retentissement, est « suivi » par 38 types sur Facebook et 17 sur Twitter. Bien sûr, certains diront qu'il n'a pas de succès parce que ce qu'il fait est nul. Ce type de réaction fait précisément partie du prix à payer. À l'inverse, si d'aventure ta soumission est couronnée de succès, si ta pièce corrigée par Richelieu est applaudie, cela fait partie des bénéfices sur lesquels tu pourras compter : il y aura des gens pour dire que si tu as du public, c'est que ce que tu fais ne peut pas être complètement nul. Et même, certains ne le diront pas, ne le penseront pas clairement non plus, mais, tant il est difficile d'échapper à la pression du nombre, se laisseront gagner à leur insu par cette idée, et aborderont ton œuvre comme on aborde un classique, c'est-à-dire en lui accordant déjà beaucoup.

    J'ai eu le sentiment, en lisant John à propos d'Annie Ernaux, que l'un des moteurs de sa lecture avait été le désir de comprendre pourquoi tant de lecteurs se « retrouvaient » dans ses livres. (Ici, par exemple : « (…) en travaillant sur ce sentiment, elle a donné à des milliers de lecteurs la possibilité de mettre un nom sur leur mal-être social et leur sentiment d'exil intérieur et la « honte » permanente (...). En socialisant ces affects inhibant, AE a incontestablement joué un rôle émancipateur pour de nombreux lecteurs. »)

    Or je ne crois pas excessif de dire que toute l'organisation du champ littéraire donne une prime à la médiocrité (et c'est un auteur à succès qui vous le dit, toute ma famille m'a lu, même les cousins éloignés).

    Annie Ernaux et Michel Houellebecq, nos nobles et beaux vieillards, lus et célébrés dans le monde entier, dansent la mazurka (pourquoi la mazurka ? je ne sais pas, j'aime bien) dans les ruines. Lui s'est longtemps présenté comme un maudit ; elle parle au nom des dominés. Ils sont marrants. Pendant ce temps, Michon reçoit le millième de l'admiration qu'il mérite ; Chevillard ne doit guère qu'à l'université d'être lu par quelques-uns ; et on ne parle pas des innombrables talents qui ne parviennent pas à se faire publier.

    Et donc Nonstop.

    Mon propos ne consiste pas, bien sûr, à dire que tout ce qui a du succès ne peut être que mauvais. (Je précise ça pour le jour où je recevrai le prix Nobel, on n'est jamais trop prudent.)

    Mais je suis intimement persuadé que la vraie révolte mène plutôt à l'auto-production, à l'auto-édition, etc., qu'au comité de lecture de Gallimard.

    Et que c'est aussi une affaire de style – la première compromission, pour un écrivain, consistant à écrire sans style, pour un public et comme tout le monde.

    En résumé, je trouve que cette morale du « non merci », s'il est difficile d'en être digne et qu'il n'y a pas lieu d'avoir honte si l'on y manque, ne mérite pas ces sourires entendus.

    C'est la fin de notre émission, vive Marcelo Bielsa, vive la France.

  • Utaka Souley le 01/02/2023 à 22h25
    Le maître-étalon, en quelque sorte ?

  • Utaka Souley le 01/02/2023 à 22h44
    Cyrano refuse de se plier aux injonctions des puissants; il refuse d'avance par fierté les corrections imposées. Il rejette donc l'argument d'autorité, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes pour un militaire.

  • Balthazar le 01/02/2023 à 23h17
    Oh, étalon, je ne sais pas quand même...
    (dis-je avec une évidente fausse modestie)

  • Jeremie Janette le 02/02/2023 à 10h27
    C'est marrant parce que je ne me suis pas posé autant de questions métaphysiques sur Cyrano. Je l'ai pris comme un (excellent) divertissement, plein de bons mots et d'intelligence, sans leçon de morale. Cyrano parle de lui, pour lui, et tant pis si les autres ne le suivent pas.
    Mais c'est sûrement une vision trop superficielle, je vois que je n'aurais pas eu une bonne note en explication de texte avec John ou Balthazar comme profs – pas meilleure qu'en réécriture en tout cas …
    En tout cas, moi je fais ce que préconise Balthazar, de l'auto-édition… mais sur Amazon, ça compte ?
    Nan, ce n'est pas une vraie question, je rigoooooooleuh !

  • Red Tsar le 02/02/2023 à 12h05
    Si Balthazar est un étalon, Annie Ernaux, c'est My Little Poney ?

  • Red Tsar le 02/02/2023 à 12h05
    Sur le cas particulier de Cyrano, tu as peut-être raison, même s'il faudrait savoir qui parle vraiment dans cette tirade : Cyrano ou Rostand ?

    Mais pour l'époque actuelle de manière plus générale, je pense que, sauf cas très particuliers, l'auto-édition est une impasse, y compris sur le plan créatif. Je ne crois pas que la qualité y soit meilleure. Pour avoir travaillé avec une dizaine d'éditeurs, dans des circonstances très diverses, et pour diriger une petite maison d'édition* (du genre à 500 ex. vendus, on fait une Emiliano Martinez), je peux t'assurer que les auteurs capables d'assurer un travail éditable seul de bout en bout sont rarissimes. Je suis persuadé qu'un bon éditeur enrichit un auteur (je ne parle pas de son compte en banque).
    Maintenant, évidemment, les gros éditeurs sont soumis à des logiques de marché qui ne sont pas toujours compatibles avec ce à quoi tu aspires. À mon sens, la solution idéale est celle de structures de type coopératif, qui ne visent pas à générer des bénéfices et priorisent la qualité de la production sur la rentabilité, mais quitte quand même à bousculer l'auteur, oui. Dans ce cas, l'œuvre n'est plus considérée comme un moyen, mais comme une finalité. C'est un combat de tous les jours sur les dernières années (hausse du prix du papier, impacts du numérique, obligation de se prostituer sur les réseaux sociaux, relations compliquées avec les distributeurs, multiples « simplifications » du côté de l'URSSAF, Agessa, MdA…). Mais, par là, tu sors de l'opposition stérile : non plus se soumettre ou rester intègre à un prix douloureux, mais changer les conditions du problème.

    Je pense que tu ne te rends pas forcément compte de la réalité des « auteurs » en général, car tu évolues à un niveau stratosphérique, tant pour ton écriture que tes lectures (ton « Tolstoï ou rien », m'a tuer ;) ). Si tu penses que c'est de la vile flatterie, supposons que tu sois parmi les 10 000 « meilleurs » auteurs (je vise large, on pourrait sûrement réduire ce chiffre) de langue française en activité, ça te met dans les 0,00000combien % des francophones ?

    Pour finir sur ce sujet, je te fais une prophétie, car je sais déjà comment ça va finir pour toi. Je te fais ça en saynète, puisque c'est Cyrano qui nous a amené ici :
    - Ton enfant : J'ai ma première promotion à Paris.
    - Toi, au fond de ton jardin, un peu moqueur : il faut travailler sans souci de gloire ou de fortune ! S'aller faire nommer pape par les conciles que dans des cabarets tiennent des imbéciles, peuh !
    - Ton enfant : et bientôt mon recrutement à Bruxelles, la Commission.
    - Toi : les vers, les vers libres !


    Après tu abordes un autre sujet qui est celui du succès des auteurs. Chevillard et Michon sont édités. Est-ce que vraiment leur relatif anonymat tient aux éditeurs ? Je pense que le problème est ailleurs. Et puis un peu d'espoir : il arrive que l'œuvre d'un auteur accède à la postérité à retardement. Peut-être qu'en 2123 tout le monde aura oublié Houellebecq et lira Michon.



    [* Avec la grande chance que ce soit une activité complémentaire, qui ne m'apporte aucun revenu et qui pourrait s'arrêter du jour au lendemain sans que cela m'empêche de continuer à nourrir mes enfants.]

    ps : rien à voir, mais j'ai lancé ton NonStop sans trop me méfier. Mon petit dernier a notablement enrichi son vocabulaire grâce à toi. Il te remercie.

  • Balthazar le 02/02/2023 à 13h54
    C'est juste. Faudrait demander à Mitch ce qu'il pense de Cyrano...