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Zidane et Platini en courses croisées

Zinédine Zidane démarre sa carrière d’entraîneur de haut niveau au moment où Michel Platini est à l’arrêt dans son parcours de dirigeant. Deux trajectoires, deux personnalités, deux époques.  

Auteur : Plumitif le 18 Jan 2016

 

 

Meneur de jeu implique un statut à part, d’être à la fois l’élu et le rassembleur. Zidane et Platini représentent deux manières d’incarner la fonction. Introverti, avec des aspérités (Zidane), extraverti, bonhomme (Platini). C’est leur façade. La réalité est plus complexe. En tant que joueurs, ils ont fait apparaître leur sens tactique. Depuis leur retraite sportive, Zidane et Platini exercent leur sens "politique" selon leur tempérament. À chacun sa manière d’assoir influence, intérêts, avenir. Ils ont leurs flamboyances, leurs parts d’ombres et de calculs. Et leurs méthodes.

 

 

 

 

Révolution de palais vs méritocratie

Platini devient sélectionneur de l’équipe de France en novembre 1988 grâce à une conjuration menée par Claude Bez (président des Girondins de Bordeaux) afin d’évincer du poste Henri Michel. Retraité depuis un an et demi, Platini n’a aucun diplôme d’entraîneur, mais il est bombardé homme providentiel.

 

Zidane est devenu entraîneur du Real Madrid en cochant toutes les cases du parcours estampillé Clairefontaine. Il y a ajouté le diplôme de manager général de club sportif professionnel délivré par le Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Deux parcours qui éclairent leurs tempéraments. C’est sans expérience, et sans état d’âme que Platini prend le poste de sélectionneur comme un monarque, au terme d’une révolution de palais. Zidane, lui, a suivi sagement le parcours classique de la méritocratie républicaine du foot français.

 

Platini sait aussi forcer le destin. Après l’Euro 92, le sélectionneur quitte une fonction qui l’a d’abord intéressé, puis ennuyé (sur ses choix, lire "Coach Michel"). En août de cette année-là, un mois après la désignation de la France pour la Coupe du monde 1998, il se positionne en tant qu’homme clé de son organisation. Dans une interview au titre ronflant, montée avec ses relais dans les médias, "Président, sinon rien". Il parvient à ses fins et est nommé coprésident du comité d’organisation avec Fernand Sastre. Il a quarante-trois ans au moment du Mondial. C'est-à-dire l’âge de Zidane à sa prise de fonction sur le banc du Real Madrid.

 

 

Zidane, tout au sérieux

Platini a été rapidement opérationnel dans son après-foot. Zidane est moins intuitif, plus réfléchi. C’est trois ans après la finale de la Coupe du monde de Berlin en 2006, à l’été 2009, qu’il refait vraiment surface. En tant que tête de gondole de la nouvelle présidence Florentino Pérez au Real Madrid, trois ans et demi après avoir démissionné d’un premier mandat. Zidane est dans un premier temps conseiller du président. Tout comme pour son cursus d’entraîneur, il va patiemment tracer son chemin. En usant d’un sens "politique" certain. Lorsqu’à l’été 2011, José Mourinho obtient la tête de Jorge Valdano, directeur sportif du Real depuis onze ans, Zidane prend le poste… mais le quitte l’été suivant. Officiellement pour mieux préparer ses diplômes d’entraîneur.

 

En fait, il refuse surtout d’être utilisé par Mourinho dans ses relations de plus en plus conflictuelles avec ses joueurs. Lorsque ce dernier quitte le Real à l’été 2013, Zidane devient l’entraîneur adjoint de Carlo Ancelotti. Il est alors totalement installé dans son rôle de garant de l’institution Real. Après le départ de Mourinho en 2013, Florentino Pérez avait fait de Zidane l’architecte du nouveau projet sportif du club "pour les quatre prochaines années". Diplômes d’entraîneur en poche à l’été 2014, il devient l’entraîneur de l’équipe B, la Castilla, tremplin avant de succéder à Rafa Benitez.

 

Un parcours modèle qui ne constitue qu’une facette de la personnalité de Zidane. Platini est insouciant, blagueur, familier. Zidane est réservé, taiseux, discret. Les exploits techniques de Platini étaient des pirouettes, ceux de Zidane des démonstrations. Platini a tendance à ne rien prendre au sérieux. Zidane, tout. Platini ne se fait jamais violence, Zidane surfe en permanence sur la sienne. Son penalty face à Buffon en finale de la Coupe du monde 2006 a résumé toute la palette de son jeu et de sa personnalité. Geste insensé, techniquement risqué, humiliant pour l’adversaire – une version sauvage de la Panenka, en finale mondiale.

 

 

Sélectionneurs avant l'heure

C’est en multipliant roulettes, contrôles orientés, feintes de corps, reprises de volée millimétrées ou définitives de la tête, que Zidane domptait ses démons intérieurs. Lesquels l’ont autrement conduit à quatorze expulsions. La séquence de son retour en équipe de France, entre août 2005 et juillet 2006, constitue une saga homérique. Zidane, c’est alors Corey / Alain Delon dans Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Un cercle qui se referme sur lui le 9 juillet 2006 à Berlin.

 

Tous les codes du genre y seront. En août 2005, pour son retour, Zidane monte une équipe avec Makelele et Thuram. Raymond Domenech, le sélectionneur, est mis devant le fait accompli. Afin de bien faire comprendre que c’est lui désormais le taulier, c’est Zidane et non pas la Fédération qui annonce lui-même son retour sur son site Internet. En novembre 1988, Platini n’avait pas résisté à la pression affectueuse de ses amis afin de devenir sélectionneur. En août 2005, Zidane ne résiste pas à son envie de marquer son territoire afin de devenir, de fait, sélectionneur.

 

Pour la Coupe du monde 2006, Zidane adoube Ribéry. Lui et sa vieille garde rapprochée montent lentement en puissance pendant le premier tour. Puis vient le temps des punitions et des mises au point. L’Espagne, le Brésil et le Portugal, convaincus cette fois d’obtenir le scalp de Zidane et des Bleus après leurs précédentes déconvenues, repartent encore bredouilles. Eux ne l’auront donc jamais vaincu. Il va en être autrement avec l’Italie. Le 9 juillet à Berlin, c’est l’ultime séquence de Zidane footballeur qui se joue. Il est d’abord taulier: discours d’avant-match, Panenka, réorganisation tactique après une demie heure de jeu. Puis c’est la scène finale, épilogue de tragédie grecque. Zidane encorne littéralement Materazzi. Il est alors le Minotaure, mi-homme mi-taureau, incapable de résister à ses pulsions.

 

 

Étape pour l'un, accomplissement pour l'autre ?

Pour Platini, la Coupe du monde 98 a été un tremplin vers l’UEFA, dont il devient président en 2007 grâce à une fine diplomatie, s’attirant les bonnes grâces des latins et des anglo-saxons, en particulier le clan du Bayern (Beckenbauer, Rummenigge). Zidane en a fait de même au Real Madrid. Mais sans négliger pour autant les affaires franco-françaises. S’il sert de facilitateur du recrutement de joueurs français pour le Real, il n’a jamais négligé les intérêts de Jean-Pierre Bernès, l’associé d’Alain Migliaccio (ex-agent de Zidane). Dans Libération du 21 juin 2010, Grégory Schneider raconte l’intervention de Zidane auprès de Ribéry (Bernès est son agent) entre autres, afin que Domenech modifie sa tactique et son équipe.

 

En septembre 2010, Zidane répond à l’invitation de Laurent Blanc, le nouveau sélectionneur. L’omniprésence de Bernès à la Fédération donne lieu, en juillet 2012, à un épisode ubuesque. L’agent est en train de négocier le départ de Laurent Blanc et l’arrivée de Didier Deschamps au poste de sélectionneur des Bleus, lorsque Noël le Graët reçoit Zidane qui vient lui réclamer le poste (Champions du monde 98, secrets et pouvoir, livre d'Arnaud Ramsay et Gilles Verdez). Il est trop tôt pour lui. A-t-il cédé à une de ses pulsions ou a-t-il pris date ? Les deux Zidane dans la même séquence?

 

Pour Platini, diriger de l’équipe de France n’aura été finalement qu’un passe-temps ennuyeux. Pour Zidane, c’est le Graal, le but ultime, la consécration. À chacun sa trajectoire, son destin. Platini a fini par payer son insouciance par des faux-pas éliminatoires dans sa course à la présidence de la FIFA (déjeuner avec Sarkozy et des pontes qataris en novembre 2010 à l’Élysée, affaire du "salaire" différé). Il est à l’arrêt. Neuf ans et demi après la finale de Berlin en 2006, Zidane est de nouveau exposé. Entraîneur du Real Madrid. Joueur, il a beaucoup commandé, décidé. Il découvre un rôle nouveau. Fusible. Dépendant de la politique sportive de son président et du bon vouloir de ses joueurs. Il démarre une nouvelle carrière. Zidane / Platini: à suivre.
 

Réactions

  • suppdebastille le 18/01/2016 à 10h41
    Jolis portraits croisés.

    Sinon vous ne trouvez pas que la lobbying de Zidane en faveur de Benzema frise l'indécence?

  • plumitif le 18/01/2016 à 11h29
    Tu peux me tutoyer, Supp' :)
    Zidane fait du lobbying pour un joueur de son équipe, en occultant le contexte. Il est corporate, "footeux" c'est à dire dans une bulle "normal" en fait...

  • Ba Zenga le 18/01/2016 à 14h17
    Merci pour l'article, plumitif. Et +1 sur ce qu'a dit supp.

  • plumitif le 18/01/2016 à 14h34
    L'indécence, oui de penser en fait que son statut d'international à l'approche de l'Euro vaut par dessus les "contigences" judiciaires.
    Une sorte d'amnistie patriotique qui montre bien comment le foot, le sport peuvent crétiniser.

  • osvaldo piazzolla le 18/01/2016 à 15h42
    Si Zidane a passé tous les diplômes, quel était le problème de suspension à cause de dipômes quand il entraïnait Castilla?

  • leo le 18/01/2016 à 15h56
    Il n'avait justement pas encore tous les diplômes à l'époque de sa suspension (en 2014), il lui manquait la licence UEFA Pro/le Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football (BEPF). Il l'a obtenu au printemps 2015.

  • Jean Luc Etourdi le 19/01/2016 à 05h16
    Chose amusante à propos de Platoche sélectionneur : la médiocrité du réservoir alors à sa disposition, et en y réfléchissant les problèmes de 2015 sont finalement assez semblables à ceux de cette époque.

    En gros à partir du début des 80s, traumatisé par Séville et les branlées en Coupe d'Europe (où les toniques anglais et les rugueux allemands dominaient), le foot français a soudain produit des joueurs bien plus grands et robustes, très souvent des milieux défensifs/relayeurs pouvant également jouer en défense centrale, négligeant à peu près complètement les autres postes (vers 88-89 l'EDF n'avait par exemple aucun arrière latéral hormis Amoros et on balançait des Silvestre voire des Kastendeuch à l'aile). Le foot d'alors, une espèce de bataille rangée autour du rond central sous l'oeil d'arbitres complaisants, avait rendu obsolètes les ailiers et les joueurs créatifs (raison pour laquelle un Gérald Passi a été un temps envisagé comme le messie malgré ses limites évidentes).

    L'expression en vogue était alors "bourrin à trois poumons" pour désigner ces joueurs vaguement polyvalents, très endurants et pugnaces à la récupération, mais dont la technique était assez rudimentaire. Bref c'est pas d'hier que le foot français produit avant tout des athlètes auxquels on essaye d'apprendre à jouer au foot. Et je réalise que sans Zidane, le style et les résultats de l'EDF ces vingt dernières années auraient fortement ressemblé à ceux des années Platini (= grosse défense, des joueurs un peu empotés à la construction, et on compte sur des attaquants habiles et opiniâtres pour planter en compte - Papin, Henry ou Benzema).

  • plumitif le 19/01/2016 à 16h27
    Jean Luc Etourdi
    aujourd'hui à 05h16


    OK l'équipe de Platini sélectionneur. Sauf que Deschamps ne risque pas de faire la même erreur que lui en février 92 lorsqu'il a dit à ses joueurs de s'amuser avant le match contre l'Angleterre à Wembley.
    Ce qui les tenait jusque là, l'esprit commando (que des victoires en éliminatoires) a explosé à Wembley. Le score (0-2) ne rend pas compte de la domination anglaise absolue. Par tempérament, Deschamps ne fera pas cette erreur. D'autant qu'il a vécu l'épisode en tant que joueur.
    Sur Zidane cachant un troupeau de bourrins. Revisionne le France-Brésil de la CM 2006 et en particulier les prestations de Vieira et Makélélé. Un festival technique à leurs postes.