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Une superligue européenne au mépris du spectacle

When Saturday Comes – Les plus grands clubs européens cherchent à savoir combien leur rapporterait une superligue européenne, sans se préoccuper de l'intérêt et de la qualité du spectacle qui serait proposé. 

Auteur : Ian Plenderleith le 29 Juin 2016

 

 

Extrait du numéro 351 de When Saturday Comes. Titre original : "Intergalatic Operators", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

On a tous en mémoire le gamin du parc qui avait le tout nouveau ballon en cuir. Il choisissait les meilleurs joueurs pour sa propre équipe, prenait toutes les décisions arbitrales et si rien ne se passait comme il le voulait, menaçait de s’en aller. Lassés de toutes ses jérémiades, on finissait par lui dire de dégager et on continuait à jouer avec le vieux ballon en plastique.

 

Voilà ce que je ressens chaque fois que l’Association européenne des clubs (ECA), qui représente les intérêts des plus grands clubs du continent, évoque régulièrement l’idée d’une superligue européenne. Lorsque son président Karl-Heinz Rummenigge menace de créer une ligue fermée de vingt clubs "de l’élite" des cinq principaux championnats et de jouer certains matches en Asie et en Amérique du Nord, je me dis: "Ben, allez-y. On se débrouillera sans vous".

 

 

 

 

Joueurs interchangeables, spectacle facultatif

Andrea Agnelli, le président de la Juventus de Turin, a beau s’extasier devant le "potentiel inexploité" des futurs contrats TV, il est rarement question du type d’expérience qu’une superligue pourrait proposer aux fans. Bien entendu, les meilleurs joueurs du monde rejoindraient les clubs de cette élite avec des contrats de plus en plus mirobolants, un Barcelone-Bayern se jouerait très probablement à guichets fermés à Shanghai et les chiffres d’audience internationale seraient faramineux. Mais le spectacle en vaudrait-il la peine?

 

Prenons le récent Chelsea-PSG en Ligue des champions: le niveau technique du jeu et les performances athlétiques affichées ont été quasiment irréprochables, et pourtant les joueurs, malgré tout leur talent, auraient très bien pu jouer pour Manchester City ou le Real Madrid. Je me fichais d'autant plus de la défaite de Chelsea que John Terry, Frank Lampard et Ashley Cole n’étaient plus dans le onze de départ. Ils ont été remplacés par des talents interchangeables qui reviennent défendre, ferment les espaces et font très peu d’erreurs.

 

Imaginons maintenant ces équipes dans la Superligue intersidérale des étoiles de Rummenigge, jouant à New York, Los Angeles, Melbourne ou Pékin. En fait, inutile d’imaginer ces rencontres: j’ai pour ma part vu Manchester United affronter Barcelone et l’Inter à Washington DC lors de l’International Champions Cup organisée par Charlie Stillitano – le promoteur américain qui avait négocié en mars dernier avec les grands clubs d’Angleterre une refonte de la Ligue des champions. C'est un cirque ambulant aussi exorbitant que vain, et comptabiliser les points ou, pire, les chiffres d'affaires n'y change rien. Une grande partie des spectateurs se préoccupe davantage de prendre des selfies soigneusement calculés avec maillot et écharpe que de regarder le match. Ils viennent voir des stars individuelles et relayer sur les réseaux sociaux un moment personnel qui ne manquera pas d'épater leurs abonnés.

 

 

L'éternel chantage des clubs riches

En voyant United et l'Inter se diriger mollement vers un match aussi nul que sans buts au cours de cet été 2014, j'avais été frappé que les équipes aient daigné aller au bout d'une séance de tirs au but afin de déterminer le vainqueur. Mais le vainqueur de quoi, exactement? Une superligue européenne rencontrerait les mêmes limites, car créer une compétition de toutes pièces ne signifie pas lui donner une signification. Les fans aisés venus au stade uniquement pour admirer leur idole Lionel Messi ne vont pas consulter le classement de cette ligue à la mi-temps. Les groupes de supporteurs entonnant les chants traditionnels des clubs vont se réduire ou disparaître. Le public, largement composé de touristes, sera policé et en grande partie neutre. La qualité du jeu, sans parler du score final, importera peu.

 

Au cours des années 1970, les Européens avaient accusé à tort le championnat nord-américain de soccer de vouloir américaniser le jeu, alors qu'il s'agissait simplement de l'adapter au bénéfice du public local. Malgré tout l'anti-américanisme primaire entendu lorsque des personnalités telles que Stillitano sont impliquées, ce sont bien les clubs européens qui sont à la manœuvre pour emmener les principales compétitions de football sur le chemin de la NFL. Cela signifie des contrats encore plus juteux et des rencontres présentées comme des "événements", un raout commercial noyé toute la journée dans le matraquage, les marques et l'esbroufe.

 

L'ECA sait probablement quel médiocre spectacle sa superligue risque de proposer. Elle est également consciente que l'identité de chacun de ses principaux clubs demeure intimement liée à leurs championnats respectifs – malgré le dédain envers les petites équipes qu'ils sont contraints d'affronter et de balayer semaine après semaine. Les menaces de ligue fermée ne sont qu'un moyen de pression pour que l'UEFA accède à leurs désidératas. Rummenigge avait à peine fini de se plaindre de l'absence de têtes de série lors des phases éliminatoires de Ligue des champions que le tirage des quarts de finale permettait (miraculeusement) aux quatre gros de s'éviter.

 

Par la suite, l'UEFA divulgua l'ébauche d'une énième réorganisation de la C1 avec l'instauration de mini superligues de huit équipes par groupes, précédées de phases éliminatoires avec têtes de série de 32 équipes. Comme le gamin et son ballon en cuir, la toute puissante ECA exige et obtient ce qu'elle veut et, malheureusement, l'UEFA et les quelques milliers d'autres clubs européens sont bien trop timorés pour lui résister.

 

 

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Réactions

  • Christ en Gourcuff le 29/06/2016 à 13h12
    Pas vraiment convaincu par les arguments.

    Le postulat de départ est "une super league tueras le spectacle".

    Je ne vois pas pourquoi.


    1) Pas de spectacle=pas de spectateurs, pas de télés, pas d'argent.
    Au contraire, la NBA, la NFL basent TOUT sur le spectacle.

    2)L'auteur parle de matchs d'équipes européennes en été aux USA. Bien entendu que ce sont des matchs sans enjeux, purement commerciaux, et pas un joueur pro sain d'esprit ne le jouerait à 100% au risque de se blesser avant la nouvelle saison

    3) Pourquoi parler des USA, de Pekin? Cette superleague serait Européenne avec des matchs en Europe. Allez, un ou deux sur un autre continent par an (comme le fait la NFL ou la NBA)


    4) Si le seul challenge sur une saison pour les equipes engagées est cette "super league" elles vont le jouer à fond, donc il y aura pas plus ou moins de spectacle que dans toute autre competition


    5) A propos de joueurs inter-changeables, et sur le paragraphe disant : "Prenons le récent Chelsea-PSG en Ligue des champions: le niveau technique du jeu et les performances athlétiques affichées ont été quasiment irréprochables, et pourtant les joueurs, malgré tout leur talent, auraient très bien pu jouer pour Manchester City ou le Real Madrid."

    Cela n'a aucun sens. Bien sur que au top niveau européen les joueurs pourraient jouer pour l'un ou l'autre. Même en CFA ils peuvent joueur pour Romorantin, Epinal ou Wasquehal.


    Il y a surement d'autres arguments que celui du spectacle pour contrer ceux en faveur de la super league.



  • Le Chameau le 29/06/2016 à 14h06
    Christ en Gourcuff
    aujourd'hui à 13h12
    -------------------------
    Je ne réponds pas point par point mais le cœur y est!
    Je crois que si tu n'es pas d'accord, c'est parce que l'usage que tu fais du terme "spectacle" n'est pas le même. La question est bien de savoir quel est ce "spectacle", celui qui fit Pelé à Santos et au Brésil, Maradona à Naples ou Drogba à l'OM. C'est CE spectacle-là que les instances détruisent ou déconstruisent. CE spectacle qui permettait Videoton ET le Barça.

  • osvaldo piazzolla le 29/06/2016 à 16h00
    Je suis d'accord avec @Christ que les arguments déployés ne sont pas terrib' (même si je suis complètement d'ac sur le fond)

  • Christ en Gourcuff le 29/06/2016 à 16h53
    Le Chameau
    aujourd'hui à 14h06

    Christ en Gourcuff
    aujourd'hui à 13h12
    -------------------------
    Je ne réponds pas point par point mais le cœur y est!
    Je crois que si tu n'es pas d'accord, c'est parce que l'usage que tu fais du terme "spectacle" n'est pas le même. La question est bien de savoir quel est ce "spectacle", celui qui fit Pelé à Santos et au Brésil, Maradona à Naples ou Drogba à l'OM. C'est CE spectacle-là que les instances détruisent ou déconstruisent. CE spectacle qui permettait Videoton ET le Barça.



    ______


    Quel est le bon terme du mot spectacle alors?


    En quoi le fait que l'OM de Drogba ou le Santos de Pelé evolue dans le championnat ou dans la super league leur enlève quoi que ce soit?


    Le Barça de Pep' aurait joué différement si il evoluaient en Super League, Ligue 1, CFA2 ou D2 Singapourienne? Pas convaincu.

    Il y aura toujours les meilleurs joueurs dans les meileures équipes, les meilleurs entraineurs au plus haut niveau.

    Du Spectacle tu peux en avoir en PH comme en L1... et des purges en finale de LDC comme en PL...


    Non vraiment, je vois pas quel "spectacle" pourrait être gâché par un Super League.



  • Metzallica le 29/06/2016 à 17h46
    La grosse différence c'est que les gros clubs ne gagneront pas tous.
    Lorsque le PSG, City ou le Bayern finiront 10e de leur championnat à 20 cela leur fera drôle par rapport à gagner la Bundesliga ou la Ligue 1 tous les ans plus les coupes.
    Donc "gagner des titres" comme ils disent tous sera bien plus difficile.

  • Richard N le 29/06/2016 à 18h05
    L'article, tel que je l'ai compris, indique surtout que le "spectacle" s'adaptera au public visé. Ainsi il ne sera plus nécessaire de produire du jeu, mais simplement d'aligner des noms connus sur le terrain. La victoire finale n'aura qu'une importance relative par rapport au chiffre d'affaire. La Ligue fermée telle que la souhaite Herr Rummenigge ne ressemblera à rien d'autres que les actuels tournois d'été aux USA et en Asie.

  • Christ en Gourcuff le 29/06/2016 à 21h37
    C'est Justement cela avec quoi je ne suis pas d'accord.

    Les télés ne s'arracheront pas les droits pour voir Messi Cristiano et compagnie jouer a 50%.

    Pour eux ce sera LA compétition donc ils la joueront a fond!
    Dire qu'ils joueraient la "meilleur compétition de club au monde" comme ils jouent un match d'exhibtion en Asie, je n'y adhère pas une seconde.

    Il y a des tonnes de choses à dire contre les ligues fermées. Des tonnes. Mais certainement pas l'argument du spectacle.


  • Roger Cénisse le 30/06/2016 à 08h50
    Mouais. Pas convaincu, Christ.

    Dès la moitié de la saison tu auras un certain nombre d'équipes qui auront perdu tout espoir de l'emporter dans le championnat, tu vas voir la motivation des joueurs de ces équipes dès qu'il n'y a pas la pression de la descente.

    Suffit de voir les Lakers, les Knicks ou autres en NBA qui se laissent vivre et aligne des prestations ridicules.

  • TayeTaïwoYoh le 30/06/2016 à 17h13
    Je comprends très bien l'argument de Roger Cénisse sur les défauts d'une ligue fermée.
    C'est pourquoi je suis pour ma part favorable à une ligue européenne (2 divisions de 16-20 clubs) qui constituerait l'élite du foot européen, mais liée aux divisions nationales par un système de montée/descente ouvert.
    Et on conserve une coupes nationale par pays pour préserver certains derbys historiques.

    Bien évidemment, cela n'est pas une solution miracle pour sauver l'équité et le spectacle (mais qu'est-ce que le spectacle ?) dans le foot.
    Il restera toujours l'enjeu de la répartition des droits TV, le fair-play financier...
    Mais peut-être qu'une vraie ligue européenne pourrait forcer l'harmonisation fiscale entre les clubs participants. Si possible pas de le sens d'exonérations massives...

    Oui, je rêve.
    Mais c'est ça aimer le foot, non ?