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Un entraîneur a-t-il une obligation de spectacle ?

Thierry Laurey a déchaîné les critiques en revendiquant le match fermé du Racing à Marseille. Mais quel piège nous tend la conception du football comme "spectacle"? 

Auteur : Jérôme Latta le 1 Mai 2021

 

 

"On n'est pas là pour faire les beaux, pour plaire aux téléspectateurs." La déclaration de Thierry Laurey après le nul obtenu par Strasbourg au Vélodrome a, comme c'était prévisible, suscité une prévisible vague de réprobation.

 

Le propos a été séparé de son contexte: celui d'une équipe qui jouait son maintien face à plus forte qu'elle, qui n'a pas proposé qu'un jeu restrictif cette saison et dont l'entraîneur a livré d'autres éléments explicatifs au cours de cette conférence de presse.

 

 


Le principal problème idéologique posé par Thierry Laurey, c'est son pull sur les épaules.

 


Les deux pôles de la planète football

Un tel aveu semble constituer une provocation, voire une faute au moment où le football français est en crise, peine à valoriser ses droits et subit des critiques sur son niveau sportif et la qualité du spectacle proposé. Mais la controverse entre les partisans du beau jeu (assimilé au spectacle) et ceux d'un jeu plus restrictif est en réalité aussi vieille que le football.

 

On retrouve d'ailleurs l'exclamation de Laurey dans bien d'autres versions, dont celle de Pablo Correa ("Si tu veux du spectacle, va au cirque!"), elle-même adaptée de Carlos Bilardo ("Si vous voulez du spectacle, le cinéma et le théâtre sont là pour ça"). Le football, c'est Bilardo contre Menotti, Jacques Thibert contre François Thébaud, Mourinho contre Bielsa, etc.

 

Ce ne devrait pas être une controverse, en réalité: on peut préférer le panache et l'audace, mais il est inutile de trancher, le football a besoin des deux écoles – en fait, deux pôles entre lesquels les différentes manières de penser le jeu se déploient – et de leur antagonisme.

 

Bien sûr, le haro contre Laurey est encouragé par la médiocrité de la clique corporatiste des entraîneurs français, bien représentée, tout récemment, par Raymond Domenech, Bruno Genesio et ceux qui sont tombés sur Pablo Longoria après ses propos critiques envers la formation française. Bien sûr, le football français doit accomplir une révolution technique.

 

Mais les sectateurs du bôjeu finissent par devenir pénibles, à passer de zéro au point Godwin-Deschamps en moins de deux tweets et à toucher en épiciers leur petite rente du dénigrement pathologique du football français – lequel a droit à un procès plus équitable. Surtout, ils se font les alliés involontaires d'une conception problématique du football en général.

 


La Farmers League plutôt que la Super Ligue

Posons la question initiale autrement: qu'est-ce qui a créé cette obligation de spectacle? Notre sport est devenu un spectacle presque immédiatement après sa création – l'invention de la main courante l'atteste –, qui a drainé les foules dans des stades de plus en plus grands. Ce spectacle a changé de nature en deux temps: avec le développement de sa diffusion télévisée, puis avec la transformation de cette diffusion en gigantesque marché.

 

Le football est donc devenu un produit de divertissement et son activité économique une industrie… du spectacle. Doit-il pour autant cesser d'être un sport, sa dimension sportive doit-elle devenir secondaire? Parce que le sport, c'est aussi l'ennui, l'échec, les rencontres rébarbatives, les "nuits froides à Stoke". En tout cas, pas du cirque, du cinéma ni du théâtre.

 

Que serait un football délivré de la pression du résultat et de la peur de la relégation, consacré à la production de "spectacle"? Ah oui: ce serait le football de la Super Ligue. Un football pour spectateurs, pour fans, pour clients qu'il faudrait respecter en leur fournissant un produit satisfaisant. À l'opposé du football des supporters – auxquels Thierry Laurey a donné satisfaction, rappelons-le.

 

Il faut se rendre compte que ce dénigrement (qui est aussi celui des trêves internationales et du football de sélection, des compétitions et des clubs de second rang, des phases qualificatives et des matches entre "gros" et "petits") a partie liée avec la promotion d'un football élitiste, mondialisé, spectaculaire et progressivement fermé. Au-delà, on pressent une troublante compatibilité du "romantisme" avec le football libéralisé…

 

Entre la Super Ligue et la Farmers League, ici, le choix est vite fait. Au diable le "spectacle", dont les apologues auraient dû abandonner leurs réflexes et suivre un peu plus attentivement le championnat de France cette saison: ils auraient vu des équipes avec des principes de jeu séduisants.


 

Réactions

  • Tonton Danijel le 01/05/2021 à 20h22
    "Le propos a été séparé de son contexte: celui d'une équipe qui jouait son maintien face à plus forte qu'elle, qui n'a pas proposé qu'un jeu restrictif cette saison et dont l'entraîneur a livré d'autres éléments explicatifs au cours de cette conférence de presse."

    Marrant du reste ce procès d'entraîneur défensif qui est fait à Laurey de la part de supporteurs parisiens (entre autres) alors que Strasbourg fait davantage le jeu contre des équipes à sa portée. Cela leur joue même des tours, la journée précédente ils avaient perdu à la Meinau contre Nantes alors qu'il n'y avait que du bleu en première période...

  • Joswiak bat le SCO le 01/05/2021 à 20h23
    Amen. À venir, un pamphlet contre l'injustifiable ligue à 18 clubs?

  • Jamel Attal le 01/05/2021 à 20h35
    @Joswiak bat le SCO
    Je ne sais pas si ça répond à la demande, mais : lien

  • José-Mickaël le 02/05/2021 à 01h30
    Toujours cette diabolisation du terme "spectacle"... Le football professionnel *est* un spectacle puisque les gens paient (contrairement au football amateur qui peut s'en passer). Mais on n'emploie pas le mot dans le même sens : ce n'est pas le cirque ou la Super League, c'est du football : des matchs au scénario imprévisible, de l'émotion, du suspense, etc. Ce pour quoi le public est prêt à payer.

    Après, si le football professionnel devenait ennuyeux (je ne dis pas que c'est le cas !), il risquerait d'attirer moins de public, c'est normal : les gens paient pour regarder les matchs.

    Donc non, le spectacle n'est pas le complice du football élitiste. (Ne pas confondre spectacle et cirque.)

  • Jamel Attal le 02/05/2021 à 11h39
    @José-Mickaël
    Je ne diabolise pas le spectacle et je nie pas que le football soit un spectacle. J'alerte sur les risques de concevoir le football d'abord comme un spectacle (et non plus comme un sport), une conception tout à fait conforme à celle qui préside à la Super Ligue.

  • Mik Mortsllak le 02/05/2021 à 16h54
    Deux salles deux ambiances:
    lien

    Le discours de Laurey ressemble aussi pas mal à un aveu de faiblesse, s'il n'y avait selon lui pas d'autre choix que de garer le bus chez le 6ème de L1 pour espérer prendre un point (pas vu le match cela dit).

  • dugamaniac le 02/05/2021 à 19h16
    Il y a peu je lisais un combattant de MMA, discipline à la frontière du sport et du spectacle, qui expliquait qu'il avait dû changer son style qui le faisait gagner (au sol) pour avoir un style plus spectaculaire (debout pour mettre de KO) car les promoteurs n'allaient pas le garder sinon?

    Ici on a un exemple où le spectacle l'emporte sur le sport. Le sportif peut être le meilleur mais viré pour des critères hors sportif

    Au foot, c'est plus insidieux mais c'est une menace pas si lointaine.

  • Bernard Diogène le 03/05/2021 à 09h13
    Il n'y a pas deux écoles : les pragmatiques et les romantiques. Il y a cinquante nuances de gris et même de couleurs* dans le foot, pour notre plus grand plaisir.
    Et heureusement.
    Pêle-mêle : jeu direct, jeu de possession, contre-attaque, philosophie du duel, etc.
    La bipolarisation du débat, en foot comme en politique ou n'importe quel sujet de société, nuit à la diversité dont chacun doit se nourrir pour alimenter sa réflexion, sans avoir besoin de statuer au final.
    (*Pour une métaphore géométrique, la philosophie du foot n'est pas un segment avec deux points et éventuellement des points intermédiaires entre les deux, mais un espace à n dimensions.)