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Séoul 2002, Shooting star

Snuff The Rooster (5/5) – Maraboutés ou plutôt victimes de leur excès d'assurance, les Bleus perdent contre le Sénégal et abandonnent déjà leur titre de champions du monde.

Auteur : Brice Tollemer le 24 Juin 2013

 


Au cours de son histoire, l’équipe de France a certes connu des victoires mémorables et des périodes prestigieuses. Mais elle a également vécu des défaites cuisantes et des contre-performances honteuses. Des désillusions traumatisantes qui sont aussi révélatrices d’une époque. Dernier acte, direction la Corée du Sud.
 

* * *
 

En deux années, l’équipe de France s’est installée confortablement sur le toit du monde. Après la traumatisante élimination contre la Bulgarie un soir de novembre 1993, Aimé Jacquet a su amener les Bleus à la victoire finale en 1998. Deux ans plus tard, la France réalise le doublé en remportant l’Euro organisé conjointement par la Belgique et les Pays-Bas. Le triomphe est absolu. Le foot tricolore est rentré dans une nouvelle ère. Subitement, les penseurs de tout poil, les philosophes, les politiques, les sociologues, les experts, les habitués de la sphère médiatique ont profité de ces victoires pour s’emparer de cet état de grâce footballistique et donner constamment leurs avis. C’est la fumeuse époque de la France dite Black-Blanc-Beur, de la victoire de l’intégration à la française, des valeurs tricolores, de la France qui gagne, du pays des Droits de l’Homme, de tout ce que vous voulez. Glorieuse nation! Le football est devenu le miroir de la société française et les élites putassières se contemplent dans ce reflet évidemment déformé.

 


Les invincibles

Printemps 2002. Après le premier round de l’élection présidentielle, marqué par une abstention qui avoisine les 30% (et un nombre record de candidats), Jean-Marie Le Pen se retrouve au second tour face au président sortant, Jacques Chirac. L’illusion de la France ouverte sur le monde et multiculturelle en prend un sacré coup. D’autant que la présence du Front National n’est plus un épiphénomène, aujourd’hui encore bien installé dans le paysage politique hexagonal. Certes, Jacques Chirac est réélu avec 80% des voix, ce qui relativise le danger du FN. Il n’en reste pas moins que le pays ressent un sentiment de honte après ce choc moral et politique.
 

 



 

L’équipe de France, elle, marche toujours sur l’eau. Championne du monde, championne d’Europe, la sélection dirigée par Roger Lemerre est favorite du tournoi que se déroule cette année en Corée du Sud et au Japon. Symbole de cette domination, la victoire 5-0 contre l’Écosse, le 27 mars, confirme cette toute puissance. L’ampleur du score vient renforcer l’idée que rien ne peut empêcher les Bleus d’accomplir un fantastique triplé et fait oublier quelques signaux d'alarme. En fin de saison, elle possède en son sein les meilleurs buteurs des championnats anglais, italien et français avec respectivement Thierry Henry, David Trezeguet et Djibril Cissé. Zinédine Zidane remporte la Ligue des champions avec le Real Madrid grâce à une somptueuse reprise de volée. Non, décidément, rien ne peut se mettre en travers du chemin de cette équipe.
 


Cérémonie d'adieux

Rien, si ce n’est l’atmosphère débilitante qui va accompagner les Bleus dans les semaines qui précèdent la Coupe du monde en Asie. La surexploitation commerciale des joueurs tend au grand n’importe quoi. Lors du France-Belgique amical du 18 mai 2002, une cérémonie d’adieux est organisée par Coca-Cola pour souhaiter "bonne chance" aux Bleus avant leur départ vers le pays du matin calme. Une rencontre que les Tricolores ont par ailleurs perdue, mais personne ne semble y prêter véritablement attention. Surtout pas Adidas, dans ses campagnes de pub, qui coud déjà une deuxième étoile sur le maillot français.
 

L’Hexagone est submergé par une déferlante d’abrutissement général, qui voit le mauvais goût le disputer à l'arrogance. C’est tout d’abord Johnny Hallyday qui fait don de sa voix à la France avec un magnifique hymne sobrement intitulé Tous ensemble dont les paroles résonnent encore dans nos cœurs: "Oh, les champions, On est tous ensemble, C’est le grand jeu, la France est debout". Autre héraut de la cause nationale, l’impeccable Jean-Pierre Pernaut anime l’émission du même nom sur TF1, consacrée à la compétition. À côté de son indiscutable rigueur journalistique et de son sens de la réserve, il réussit à faire partager à un public ébahi son amour de la France éternelle, rurale et familiale.
 


Le coup de Diop

Cinq jours avant leur entrée dans le tournoi, la France ne trouve rien de mieux que de terminer sa préparation contre la Corée du Sud, pays co-organisateur. Si les hommes de Roger Lemerre remportent à l’arrachée ce match, ils perdent Zidane qui se blesse à la cuisse gauche. Egalement privés de Robert Pires, les Bleus se présentent diminués à ce mondial, bien que personne n’exprime une quelconque inquiétude.
 

Les Bleus ouvrent donc le tournoi face au Sénégal, composé pour la plupart de joueurs évoluant dans le championnat de France et dirigé par Bruno Metsu. Après vingt minutes de jeu, l’équipe de France domine et Trezeguet touche le poteau. Mais, dix minutes plus tard, Djorkaeff se fait chiper le ballon, Lebœuf passe au travers avec son tacle et, après un centre de Diouf et un peu de confusion devant la cage, Boupa Diop ouvre le score. Par la suite, la France essaie d’égaliser, Henry touche la barre mais est finalement battue dès le match d’ouverture. À Paris, le quartier de Château-rouge improvise un carnaval dans la rue.

 


 

Après un résultat nul contre l’Uruguay et une défaite face au Danemark, l'équipe de France est éliminée de la Coupe du monde en finissant dernière de sa poule, sans réussir à inscrire le moindre but. Quatre ans après le sacre de 1998, la chute est vertigineuse.
 


Snuff the Rooster (1/5) : Bâle 1960, dernière station avant le désert
Snuff the Rooster (2/5) : Londres 1969, The Fab Five
Snuff the Rooster (3/5) : Nicosie 1988, le point de non-retour
Snuff the Rooster (4/5) : Paris 1993, le pire pour le meilleur


 


France-Sénégal, 31 mai 2002, Séoul, World Cup Stadium, 64 400 spectateurs : 0-1
Arbitre : M. Bujsaim (Emirats Arabes Unis)
But : Sénégal : Diop (30e)
France : Barthez – Thuram, Leboeuf, Desailly, Lizarazu – Vieira, Petit, Wiltord, Djorkaeff – Henry, Trezeguet
Sénégal : Sylva – Daf, Diatta, M. Diop, Coly – B.Diop, Cissé, Fadiga, Diao, N’Diaye – Diouf

 

Réactions

  • José-Mickaël le 24/06/2013 à 02h15
    Cela dit ce n'était qu'un match amical pour meubler, suite à l'annulation de la coupe du Monde (suite au 11/09 je crois). D'ailleurs c'était même un match de jubilé, non ? (vu que l'adversaire n'était pas une vraie équipe nationale, mais les Sénégalais de la 1ère division si je me souviens bien - je me souviens qu'ils avaient mis un entraîneur français à leur tête).

    Enfin, je crois...

  • Gouffran direct le 24/06/2013 à 03h54
    He he...

    Roooo le tacle de Leboeuf!

  • Toi Filou, Moi Louda le 24/06/2013 à 08h03
    Joli exercice de journalisme-fiction avec des détails qui rendent l'histoire tout a fait crédible. On peut continuer d'imaginer ce que la coupe du monde 2002 aurait pu être si elle n'avait pas été annulée a la suite des événements de triste mémoire qu'il est inutile de rappeler ici.

    Bravo au romancier !

  • blafafoire le 24/06/2013 à 09h42
    Il nous a vraiment fait du mal, Domenech.

  • G.Best le 24/06/2013 à 09h50
    Durant cette coupe du monde la France perd contre le Racing Club de Lens de El Haji Diouf si je me rappelle bien. (5 lensois dans l'équipe. Diouf, Coly, Diop, Sarr, et???)

    Bien mauvais souvenir que ce mois de juin 2002 pour moi. Une annulation de la coupe du monde et 1 mois passé immobilisé à cause d'un genou qui se flingue (rupture des ligaments croisés..) dans un tournoi sixte, le jour où d'après mes souvenirs la Croatie jouait contre je ne sais plus qui. Mais j'ai ce souvenir en tête en arrivant aux urgences. Des damiers, une douleur et une coupe du monde qui ne démarre pas.

  • LLBB1975 le 24/06/2013 à 10h55
    J'ai pas vu un match de cette coupe du monde ce qui tendrait à prouver qu'elle n'a jamais eu lieu. Mais alors, je comprends pas ce gout amer dans ma bouche (pour rester dans la charte...).

    Ce que je retiens de cette coupe du monde, c'est la suffisance de la plupart des joueurs français et de l'entourage de l'équipe de France. Je revois Desailly en train d'expliquer qu'il compensera son manque de physique par son placement et son expérience. ce jour là, j'ai compris qu'on aurait du mal à se séparer de pas mal de joueurs de 1998. Y en a pas beaucoup qu'on réussit leur adieux.

    Ce qui fait le plus mal, c'est qu'on marchait sur l'eau juste avant. Entre 2000 et 2002, on a eu la meilleur équipe au monde. Le match contre la Turquie avec un duo Zidane-Micoud en novembre 2000. Miam Miam.

    Et après, malgré tout, c'était encore pas mal. On a filé pas mal de raclées. Quand on fait la comparaison avec maintenant, cela fait mal.

    Bref, en 2002, on pourrait le résumer comme cela : un seul être vous manque...

  • Metzallica le 24/06/2013 à 12h08
    Eh dites, vous (les journalistes) nous avez déja fait le coup avec l'homme qui marche sur la lune (LOL) et l'avion qui s'écrase sur le pentagone sans le casser et sans laisser de carcasse (MDR).
    J'ai allumé ma TV tous les soirs en 2002, pas un match, on ne me la fait pas.

  • Josip R.O.G. le 24/06/2013 à 17h29
    Je me souvenais plus que Manu Petit avait failli être le dernier buteur de 98 et le premier de 2002.
    Si Blanc avait été sur le terrain et Leboeuf en tribune...l'histoire aurait été toute autre.
    En tout cas sur ce match.
    What an air tacle Mr Beef!

  • Pas haut les tas! le 25/06/2013 à 12h45
    Tout de même, sans aucunement remettre leur performance en doute, les sénégalais ont un bol incroyable sur ce match!

    2 poteaux en leur faveur, un but ... bon, plutôt chanceux. Je l'ai toujours dit mais si Trezeguet met le cuir au fond des filet au lieu de taper le montant, la compétition n'est plus la même.

    Ca a de toute façon été une CdM bizarre. Le parcours de la Corée, des résultats étranges ... Nos petits gars européens ont du manger des sangliers qui avaient mangé des trucs bizarres.

  • José-Mickaël le 25/06/2013 à 18h09
    Pas haut les tas!
    aujourd'hui à 12h45
    > Je l'ai toujours dit mais si Trezeguet met le cuir au fond des filet au lieu de taper le montant, la compétition n'est plus la même.

    Comme toi je pense que la malchance a un rôle prépondérant. Par contre je ne suis pas sûr que ça aurait tout changé. Pour expliquer la catastrophe, on a mis en avant plusieurs explications, mais je pense qu'elle est due à plusieurs causes :
    - si on n'a pas passé le 1er tour, c'est avant tout la faute à pas de chance ;
    - par contre si on était passé, je soupçonne qu'on n'aurait pas été loin, cette fois la faute à la fatigue des joueurs, l'arrogance de l'équipe, l'hôtel où on rentre comme dans un moulin, etc.