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Les Football Leaks, Bosman et la folle mondialisation du football

Opportunités de régulations et de réformes, les révélations qui tombent chaque jour peuvent mettre un terme brutal à la folle économie du foot. À condition de le vouloir...

Auteur : Antoine Duval le 22 Dec 2016

 

 

Depuis deux semaines, les Football Leaks battent leur plein à un rythme quotidien de révélations plus scandaleuses les unes que les autres sur la face cachée du football. Nous avions décortiqué au début de cette année les accords de tierce propriété signés par Doyen Sport révélés lors de la première apparition, certes beaucoup moins spectaculaire, des Football Leaks. Proposons ici quelques pistes de réflexions sur la portée plus large de ces révélations.

 

 

 

 

Football Leaks et la folle mondialisation du football

Les Football Leaks relèvent d’une problématique qui va bien au-delà du football: l’emballement d’une mondialisation débridée et les énormes difficultés rencontrées par les États pour la réguler. La folle financiarisation du football est principalement due au boom des droits télévisés, couplé à un marché mondialisé des transferts qui convertit les contrats de travail des joueurs en actifs hautement spéculatifs et attire des intermédiaires peu scrupuleux, prêts à toutes les manigances pour en tirer le plus grand profit.

 

En cela, elle ne se distingue pas (ou peu), et s’inspire beaucoup de la finance transnationalisée ou du jeu de chaises fiscales musicales joué par des multinationales en quête de l’"optimisation" parfaite. Pas plus que ces dernières, ce marché sans frontière du football ne peut être aisément contrôlé par des États-nations qui subissent un chantage à la compétitivité redoutable (il faut par exemple sans cesse Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français). Les abus caricaturaux révélés par les Football Leaks ne constituent à ce titre que la face immergée d’un système opaque qui noircit impitoyablement l’argent des généreux consommateurs de football.

 

 

La faute à Bosman et à l’Union européenne ?

Alors, à qui la faute? Certains vont s’empresser de blâmer l’Union européenne et ce satané arrêt Bosman, qui aurait détruit l’image d’Épinal d’un football préhistorique pur et désintéressé. La vérité est bien sûr plus complexe. L’onde de choc du sport moderne était largement en marche avant l’arrêt Bosman, principalement du fait de l’émergence d’un marché très lucratif lié aux droits télévisés (Bourdieu avait bien senti venir cette transformation économique dans le cadre des Jeux olympiques). Par ailleurs, et cela est rarement bien compris, l’arrêt Bosman visait certes à permettre aux joueurs européens d’exercer leur profession librement à travers le territoire de l’Union, mais aussi à remettre en cause le fonctionnement du marché des transferts – qui est la source principale des abus mis en lumière par les Football Leaks.

 

La Commission européenne tenta même à la suite de cet arrêt d’abolir intégralement les transferts (voir ici mon compte-rendu de cet épisode), mais elle se heurta au refus obstiné de la FIFA et des fédérations nationales, ardemment soutenues à l’époque par Schröder et Blair. Le droit de l’Union européenne est en fait particulièrement favorable à une régulation du football véritablement axée sur des objectifs non-économiques (voir ma thèse pour les courageux qui voudraient aller plus loin). Cependant, cette régulation ne saurait se faire au préjudice de la liberté fondamentale de circulation des joueurs et, au contraire, d’autres mécanismes régulateurs doivent (et peuvent) être envisagés.

 

 

Et la FIFA dans tout ça ?

Alors que faire? Face à la multiplication de scandales pointant du doigt une mondialisation économique, fiscale, financière et sportive débridée et injuste, deux réactions prédominent: la fatalité et le repli. Nos élites politiques ont longtemps fait le choix de la fatalité, qui consiste à penser qu’une mondialisation dérégulée est plus ou moins inéluctable (le fameux TINA de Margaret Thatcher). Les peuples exaspérés, en témoignent récemment le Brexit ou l’élection de Donald Trump, peuvent, eux, être tentés par le repli national. Les abus dévoilés par les différents "Leaks" sont pourtant une opportunité politique à saisir afin de démontrer qu’il n’y a pas de fatalité et en particulier que l’Union européenne peut être une arme puissante pour contrer une mondialisation dérégulatrice.

 

La FIFA, par l’intermédiaire de son président, s’est lavée les mains de toute responsabilité quant aux révélations des Football Leaks. Elle ne se considère pas comme responsable de la régulation économique du football et renvoie la balle dans le camp des États. Toutefois, la mondialisation implique une nécessaire reconfiguration de la distinction public/privé. Les entreprises privées, et a fortiori les associations sportives internationales, qui profitent d’un monopole sur l’organisation de leur sport et en tirent des bénéfices économiques considérables, doivent être mobilisées pour réguler les activités transnationales qu’elles nourrissent. Il est temps que la FIFA investisse sérieusement dans la réglementation du marché des transferts, qu’elle recrute des enquêteurs spécialisés, et qu’elle impose des conditions de transparence strictes grâce à son système FIFA TMS. Telles sont aussi les conclusions d’un récent rapport sur la face cachée du football publié par l’université d’Harvard.

 

 

Agents, transferts et droits télé

Mais peut-on faire confiance à la FIFA pour nettoyer les écuries d’Augias mises à jour par les Football Leaks? Évidemment, non. Les États devront agir, et en particulier les États européens collectivement. Une part très importante de l’argent échangé sur le marché des transferts, l’est sur le territoire de l’Union européenne (et en particulier du Big 5: l’Angleterre, l’Italie, la France, l’Allemagne et l’Espagne). Une régulation stricte des transferts au sein de l’Union européenne aurait par conséquent un impact déterminant sur les pratiques opaques dénoncées par les Football Leaks. Il est ainsi venu le temps d’imposer une réglementation européenne de la profession d’agent (ou d’intermédiaire), de mettre en place des sanctions civiles et pénales dissuasives en cas de corruption ou de conflits d’intérêts liés à des transferts, et d’introduire des obligations de publication étendues pour les frais engagés par les clubs sur le marché des transferts.

 

 

Une autre piste de réforme, qui va se jouer elle aussi au niveau européen, concerne une remise à plat complète du système des transferts tel qu’il est imposé aujourd’hui par la FIFA. Le syndicat des joueurs de football, la FIFPro, a déposé en septembre 2015 une plainte auprès de la Commission, arguant de la non-conformité du système des transferts avec le droit de la concurrence. La Commission devrait, au vu des défaillances criantes du système actuel mises en exergue par les Football Leaks et de son incompatibilité avec les termes de l’accord signé en 2001 avec la FIFA, se saisir de la question et engager des négociations (potentiellement via le comité du dialogue social sectoriel pour le football professionnel) en vue de l’adoption d’une nouvelle réglementation.

 

Enfin, à un horizon plus lointain, certainement utopique pour le moment, il s’agirait aussi d’entamer une réflexion sur la dé-financiarisation du football. Cette bulle économique, source des nombreux maux pointés du doigt par les Football Leaks, repose sur une absurdité: la vente collective des droits télévisés. Cette vente en position de monopole absolu, qui remplaça une diffusion libre par des chaines publiques, est la source principale de l’inflation de l’économie du foot. Elle restreint l’accès des consommateurs et des passionnés au jeu, sans nécessairement améliorer leur expérience vécue. Il suffirait de "publiciser" ces droit télévisés (en prévoyant – au niveau européen voire mondial – que la couverture médiatique des compétitions sportives ne saurait faire l’objet d’une exploitation commerciale) pour mettre un terme brutal à la folle économie du foot. Réfléchissons-y…

 

Réactions

  • José-Mickaël le 22/12/2016 à 09h19
    Très intéressant article ! J'approuve complètement le dernier paragraphe, et j'espère que les choses vont changer dans le bon sens, mais je n'y crois pas trop. J'ai peur que les "football leaks" aient moins de retentissement que la remontée de Marseille ou le mercato à venir du PSG...


  • On meinau score le 22/12/2016 à 09h32
    Si je comprends bien le dernier paragraphe, il s'agirait de faire des compétitions ouvertes ou un media pourrait se pointer, le filmer et diffuser ?
    Ou alors les images seraient produites par l'organisateur et rendu disponible à qui les souhaite ? Mais produite pour quelle contrepartie ? A fond perdu ?
    Aujourd'hui si les chaînes payent si cher ces droits c'est pour vendre des abonnements et de la publicité.
    Un libre accès aux images couperait le premier robinet mais laisserait libre accès au second et on verrait donc des médias se goinfrer sur le dos des équipes et des joueurs, qui ne verrait pas la couleur de l'argent ainsi généré, ce que je trouve problématique.
    Une plus large diffusion minimiserait certainement ces revenus publicitaire mais ils existeraient certainement malgré tout.

    Tout ceci sans nier les graves problèmes que crée les sommes folles qui tournent autour du foot évidemment, mais j'ai simplement du mal à voir comment cette utopie (selon le terme de l'article) pourrait réellement s'articuler.

  • Belhanda loose le 22/12/2016 à 10h31
    On meinau score
    aujourd'hui à 09h32

    -----

    A mon avis, l'idée c'est toujours de vendre les images à un diffuseur, mais interdire à celui-ci de les rendre payantes pour les voir. En clair, fini les Canal, les BeIN, SFRsports... et retour au principe de la coupe de la Ligue de France Télévision.

    Forcément, avec ce principe, les candidats vont offrir beaucoup moins à la FIFA, UEFA, Ligues,... pour diffuser les matchs, vus qu'ils ne pourront rentabiliser leur investissement que par la publicité.

    Mécaniquement, les droits télé vont baisser (voire s'effondrer), d'où moins d'argent pour les clubs, moins d'argent pour les transferts, salaires et autres avantages indécents... CQFD


  • On meinau score le 22/12/2016 à 10h42
    L'article dit:

    "[...]une absurdité: la vente collective des droits télévisés. Cette vente en position de monopole absolu, qui remplaça une diffusion libre par des chaines publiques [...] Il suffirait de "publiciser" ces droit télévisés (en prévoyant – au niveau européen voire mondial – que la couverture médiatique des compétitions sportives ne saurait faire l’objet d’une exploitation commerciale)[...]".

    Je ne crois pas que ce soit ce que tu décris.
    Ou alors par "exploitation commerciale" on entend uniquement la diffusion sur des châines payantes, auquel cas, ok.

  • narcoleps le 22/12/2016 à 11h01
    J'ai bien compris que ce point a été évoqué davantage comme élément de réflexion que pour apporter une réponse définitive au problème, mais la dernière solution évoquée me surprend aussi un peu, peut-être parce que "l'absurdité de la vente collective des droits télévisés" ne me saute pas aux yeux en tant que telle. Que la diffusion de certaines compétitions et matchs précis soient considérés comme relevant d'un service public en raison de leur suivi par un très grand nombre, pourquoi pas (et c'est déjà en partie le cas). Qu'il faille en revanche tout "publiciser", là, la justification m'échappe. Pourquoi le service public devrait-il se charger de fournir les images du championnat de L1 ? Et quid des autres sports ? Bref, curieux d'en lire davantage de la part de l'auteur sur ce sujet.

  • José-Mickaël le 22/12/2016 à 13h54
    Moi, ce qui ne me saute pas aux yeux, c'est l'évidence des exclusivités télévisuelles.

    Le système dont je rêve, c'est celui où la LFP ne cherche pas à faire du profit, mais à promouvoir son championnat, donc à lui donner la plus large visibilité possible (et de même pour d'autres compétitions, là c'est juste un exemple). Donc la LFP réaliserait elle même les retransmissions télévisées, et vendrait le droit de diffusion à toutes les chaînes qui le désirent. Sans exclusivité. Et avec un tarif raisonnable, c'est-à-dire non pas issu de la loi de l'offre et la demande, mais lié aux coûts de réalisation. Ainsi plusieurs chaînes pourraient diffuser les matchs, et les téléspectateurs auraient le choix. Tout le monde y trouverait un intérêt :
    - les chaînes, qui n'auraient plus à débourser des sommes folles ;
    - les téléspectateurs, 1) parce que même les chaînes gratuites pourraient diffuser les matchs, 2) parce qu'ils auraient le choix ;
    - les clubs de foot, parce que tout ça diminuerait drastiquement les sommes en jeu dans le football : salaires, transferts, etc.

    Seuls les footballeurs et (surtout) leurs agents auraient à y perdre. Mais en fait ce serait un retour à la normale.


  • Sens de la dérision le 22/12/2016 à 21h07
    Donc tu coules BeIn et Canal (tant pis pour le cinéma français) ?
    Tarif raisonnable OK mais comment tu fais le choix entre TF1, C8 ou Numéro 23 ?

  • dugamaniac le 22/12/2016 à 21h41
    Y a qu'à monter un site de streaming international hd hébergé dans un paradis fiscal hors de toute juridiction, et on fera explosé le système par leurs systèmes.

  • José-Mickaël le 22/12/2016 à 23h07
    Sens de la dérision
    aujourd'hui à 21h07
    > Donc tu coules BeIn et Canal (tant pis pour le cinéma français) ?

    Canal Plus coulerait sans le sport ? Ça me paraît anormal si le cinéma a besoin du foot pour vivre. Quelque part ça prouve que quelque chose cloche.

    > Tarif raisonnable OK mais comment tu fais le choix entre TF1, C8 ou Numéro 23 ?

    Je ne comprends pas ta question. Tu veux dire si ces trois chaînes diffusent le match ? Ben c'est comme pour le journal de 20h, chacun choisira selon ses goûts.

    En 1996, les J.O. étaient diffusés par TF1, A2 et Canal Plus. Certaines épreuves importantes comme la natation et l'athlétisme étaient diffusés par les trois chaînes. Le téléspectateur pouvait choisir.

  • Sens de la dérision le 23/12/2016 à 07h58
    Je ne pense pas que Canal coulerait sans le sport. Sans le foot, j'en suis quasiment certain. La quasi totalité des gens qui ont Canal autour de moi sont abonnés pour le foot, pas pour voir des films qui sont sortis il y a quasiment un an.

    Pour le reste, j'avais raté la partie "plusieurs chaînes pourraient diffuser les matchs" ce qui explique que je me demandais qui remporterait la timbale et comment ça se ferait.
    Par contre, ça ne marcherait pas franchement dans un marché "ouvert" non ?