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PSG, un jet privé de pilote

Qui, de Pochettino, Leonardo ou Al-Khelaïfi endosse la plus grande responsabilité dans les maux d'un PSG qui navigue encore à vue ? 

Auteur : Philippe Rodier le 6 Dec 2021

 

Spécialiste du management sportif, Philippe Rodier est notamment l'auteur de L'entraîneur idéal (éd. Hugo Sport, 2017) et de Leonardo, l'architecte du PSG sous QSI (éd. Marabout, 2021).

* * *

Au mois de juin 2019, Leonardo effectue son retour au PSG dans des conditions "idéales" pour mener à bien sa mission de directeur sportif. Marqué par une nouvelle remontada face à Manchester United en Ligue des champions, le club de la capitale a besoin d'un nouveau visage pour incarner l'autorité dans ses rangs.

Fort d'un premier passage durant lequel il avait permis au PSG de rejoindre l'élite européenne et de son année en tant que joueur au sein du club, "Leo" va en outre bénéficier du fameux "élan populaire" : "Jamais un retour n'avait suscité autant d'espoir dans un club où, pourtant, tout est irrationnel au possible", écrit le journaliste Mathieu Faure.

Ce dernier diagnostique un "fiasco institutionnel" en évoquant la gestion du cas Adrien Rabiot, les sorties médiatiques intempestives des joueurs et la vidéo de Presnel Kimpembe, incidents qui ont "donné l'impression que personne n'était à la barre du Titanic parisien" et que "ce bordel permanent, notamment incarné par l'absence chronique de Nasser Al-Khelaïfi, le mutisme d'Antero Henrique et l'absence de soutien médiatique autour de Thomas Tuchel, a plombé la saison parisienne dans les grandes largeurs."

 

 

Restaurer Leonardo, et l'autorité du club

Le 14 juin 2019, six années après son départ du PSG, l'ancien international brésilien est donc intronisé en tant que directeur sportif pour succéder au Portugais Antero Henrique. À l'initiative de cette décision, l'émir Tamim bin Hamad Al-Thani en personne, qui a toujours accordé un grand crédit à l'ancien joueur de Flamengo.

Il aurait été plus délicat de licencier Thomas Tuchel après seulement une saison : cela serait apparu comme un aveu d'échec et, surtout, c'est depuis un plus haut échelon hiérarchique qu'il faut rétablir l'autorité sur les joueurs. "Les dirigeants constatent qu'au sein même de leur club, il n'y a pas d'autorité : les joueurs font un peu de ce qu'ils veulent. () tout le monde sait que ce sont les joueurs qui décident ; dès qu'il y a un problème, ils appellent Nasser Al-Khelaïfi pour se plaindre", estime Dominique Sévérac dans Leonardo, l'architecte du PSG sous QSI.

Ce problème de gestion sportive était déjà patent à l'époque de Laurent Blanc entre 2013 et 2016. Au mois de février 2015, L'Équipe expliquait qu'il "estimait que les relations privilégiées entretenues par certains cadres de son effectif avec Nasser Al-Khelaïfi nuisaient à son autorité". En somme, ce dernier n'est pas un vrai patron, et quand Leonardo revient, c'est pour siffler la fin de la récré. Il réinstaure des règles strictes et entend reprendre le contrôle du vestiaire.

Sous la houlette de Thomas Tuchel, débarqué à Paris pour succéder à Unai Emery, le PSG vient de vivre sa pire saison depuis l'arrivée de QSI, malgré un nouveau titre de champion : à l'élimination européenne prématurée, il faut ajouter une défaite en quart de finale de la Coupe de la Ligue face à Guingamp et la finale de Coupe de France perdue contre le Stade rennais.

Le 18 juin 2019, quatre jours après l'intronisation de Leonardo, Nasser Al-Khelaïfi, dans une interview accordée à France Football, dessine les contours de ce qui ressemble à une mini-révolution : "C'était le moment de changer. Tous les clubs, à un certain moment, ont d'ailleurs besoin de se donner un nouvel élan. () Face à Manchester, quelque chose s'est cassé. Dans ces cas-là, ça ne sert à rien d'essayer de réparer. C'est trop fragile."

Le président développe le diagnostic : "L'issue de ce match [retour contre United] a révélé certaines de nos faiblesses en termes d'engagement, d'implication, de motivation, de mentalité des joueurs. () On a tous des rêves, notamment celui d'aller chercher un jour cette Ligue des champions. Mais il faut tous s'en donner les moyens et le désirer encore plus fort que celui du camp d'en face. Or, face à Manchester, je suis convaincu que nous n'étions pas ceux qui voulions le plus la qualification".

Quand on veut "rêver plus grand", il faut savoir s'en donner les moyens : "On a tous manqué de caractère et d'autorité. Moi le premier, je le reconnais. Je ne veux pas fuir mes responsabilités. Je suis le premier coupable. Je ne veux pas me cacher ni reporter la faute sur les autres, les joueurs et le coach."

Le mythe de l'homme providentiel

Pourtant, aujourd'hui, malgré ces déclarations d'intentions, à chaque soir de déroute sportive (ou du constat que le plein potentiel de cette équipe n'est pas exploité), ce sont bien les noms de Leonardo et Mauricio Pochettino qui sont pointés en premier.

Leonardo a forcément des torts dans la gestion du mercato avec, notamment, des prolongations étranges accordées à certains joueurs en plus de son incapacité à vendre certains indésirables, ce qui empêche par la même occasion l'intégration progressive de certains jeunes joueurs au sein du groupe. Cependant, faut-il le rappeler, le choix de Pochettino n'est pas celui de Leonardo, mais de Nasser Al-Khelaïfi.

Or Pochettino s'égare de plus en plus dans sa quête d'équilibre tactique sur le terrain, faisant douter de ses capacités en la matière et dégradant son image par des déclarations quasiment lunaires sur la réalité du jeu proposé par son équipe.

Durant cet entretien pour France Football aux allures de confessions intimes, le président du PSG avait précisé les missions de Leonardo : "faire évoluer les mentalités", "faire de ce club un vrai club de gagnants", apporter un "surplus de rigueur". Quitte à entretenir le mythe de l'homme providentiel, auquel est accordée une "confiance totale" : "Il a le tempérament, la personnalité, l'expérience, la force de persuasion et le caractère pour réussir. Je ne vois pas qui d'autre dans le milieu du foot regroupe toutes ces qualités."

Le message adressé aux joueurs est explicite : ils "vont devoir assumer leurs responsabilités encore plus qu'avant, () faire plus, travailler plus. Du premier entraînement au dernier match de la saison. C'est ça un grand club. Je veux des joueurs fiers de porter notre maillot, pas des joueurs qui font le job quand ça les arrange". L'heure est à la prise de conscience collective : "Je ne veux plus de stars, au mauvais sens du terme. On en a assez. () Et s'ils ne sont pas d'accord (les joueurs), les portes sont ouvertes. Ciao !"

Problème : le PSG a le besoin récurrent de régénérer son vestiaire en actant le départ de certains joueurs peu motivés, mais d'autant moins faciles à vendre que leurs salaires sont élevés et qu'à Paris, la soupe est bonne et la vie plaisante. Qui est le premier responsable de cette situation, si ce n'est Leonardo ?

Leonardo, du pouvoir à l'impuissance

Pourtant, malgré l'accession historique à la finale de la Ligue des champions sous l'ère Tuchel, à l'hiver, comme pour confirmer son indécision chronique au sujet des entraîneurs, le club prend la décision de se séparer du technicien allemand. Quelques heures après une victoire contre Strasbourg, il est convoqué par Nasser Al-Khelaïfi et Leonardo qui lui signifient la fin de son mandat.

Au-delà des résultats sportifs (à cette époque, le PSG est troisième du championnat, à un point de Lyon et Lille), les dirigeants reprochent à leur entraîneur "son manque d'influence auprès du groupe (), comme sa communication envers le club depuis sa prise de fonction, estime Mohamed Bouhafsi pour RMC. Autant de raisons qui ont donc motivé le PSG à se séparer de Tuchel à six mois de la fin de son contrat."

En vérité, choisi par Doha avant l'arrivée de Leonardo, jamais l'entraîneur allemand n'est parvenu à établir une relation de confiance avec son directeur sportif. Dans les coulisses du club de la capitale, on explique que "Leo estime que les entraîneurs n'ont pas à décider du nom des joueurs qui doivent renforcer l'effectif, qu'ils sont là pour travailler avec ceux qu'on leur propose" (L'Équipe). "Quand la situation ne lui va pas, il tient tête", abonde Alain Roche.

Parfois décrit comme caractériel et sanguin, orgueilleux et susceptible, Leonardo n'est pas homme de pouvoir à partager le sien. Dans ces conditions, il apparaît comme étrange de lui avoir imposé Mauricio Pochettino au détriment de Massimiliano Allegri, qui avait sa préférence. Il se dit que le vestiaire se serait opposé à cette option, ce qui entretient les doutes sur l'exercice de l'autorité dans le club, et augmente la part de responsabilité de Leonardo au travers du départ de Tuchel.

Défaut d'autorité pour incarner le projet sportif, confort au quotidien, recrutements et prolongations discutables : malgré les millions dépensés, rien n'aura donc contribué à un climat propice à l'excellence.

L'attaquant du Bayern Munich Thomas Müller oppose un contre-modèle : "En Allemagne, nous ne croyons pas trop aux superstars. Ici, on nous apprend dès le plus jeune âge à jouer en équipe, pas à briller seul. Peu de joueurs allemands remportent le Ballon d'Or, mais par contre, vous pouvez voir quatre étoiles sur notre maillot. () Nous jouons en équipe, nous marquons en équipe et nous gagnons en équipe parce qu'il n'y a pas de place pour l'égocentrisme dans notre football".

La Ligue des champions, un objectif devenu fardeau

Parmi les missions confiées à Leonardo à son retour, après les éliminations cuisantes en Ligue des champions : rapporter de la sérénité dans les rangs. Leonardo avait endossé cette responsabilité : "La première leçon, le premier changement à apporter, c'est de ne plus avoir peur de l'échec. Des échecs, on en connaîtra d'autres. Mais c'est une certitude : le PSG fait partie des équipes qui peuvent gagner la Ligue des champions."

Ce discours avait aussi été celui d'Unai Emery et Thomas Tuchel autant de tentatives pour amoindrir les séquelles de la fameuse déclaration de Nasser Al-Khelaïfi, lors du rachat du PSG à l'été 2011, affichant l'objectif de remporter la Ligue des champions dans les cinq ans. Un objectif devenu un fardeau, qu'alourdit chaque échec en C1 vécu comme un drame, et que les titres nationaux ne peuvent alléger.

Pourtant, racheté à l'été 2008 avec un projet similaire à celui du PSG (malgré une stabilité plus prononcée et la présence depuis 2016 du meilleur entraîneur au monde dans ses rangs, Pep Guardiola), Manchester City n'a toujours pas remporté la Ligue des champions en étant l'équipe qui a le plus dépensé sur le marché des transferts depuis 2010 (le PSG est sur le podium derrière Manchester United).

Avec beaucoup plus de rationalité dans ses dépenses et son approche du management sportif, Chelsea a remporté la Ligue des champions à deux reprises depuis son acquisition par Roman Abramovitch. À chaque fois, l'entraîneur qui avait débuté la saison avait été démis de ses fonctions durant celle-ci : c'est dire la part "d'aléatoire" dans une victoire finale sur la scène européenne.

Compte tenu du niveau de concurrence entre les meilleurs clubs européens, et du niveau de leurs effectifs, il paraît même inconcevable de considérer qu'un club a "échoué" après avoir manqué la victoire finale. L'entraîneur de Manchester City lui-même expliquait que "nous vivons dans un monde étrange où, si vous perdez, on dit que vous avez échoué". C'est toute la cruauté du sport. Et ça, Leonardo l'avait bien compris.

L'aléa, ce sont aussi les sorties médiatiques incontrôlées de son président, que l'ancien joueur de Flamengo ne peut maîtriser. Au lendemain du feuilleton de son transfert avorté au Real, Mbappé avait lâché au micro de RMC : "Ça fait peur quand ton président dit 'Il va jamais partir libre'. Quand j'ai entendu ça, j'ai avalé de travers. Je me suis dit 'Mais donc il va se passer quoi, là' ?"

Une pyramide sans base ni sommet

Alors que durant le dernier mercato estival, la cerise sur le gâteau se nomme Lionel Messi, selon le journaliste Abdellah Boulma, l'arrivée de l'Argentin n'a pas permis à Pochettino de consolider l'édifice qu'il tentait de mettre en place. Une donnée à laquelle il faut ajouter le vrai-faux départ de Mbappé vers le Real Madrid.

À la décharge de l'ancien entraîneur de Tottenham, il est vrai que le panel de joueurs qui compose son secteur offensif n'est pas réputé pour être ceux qui courent le plus sur le terrain. Et, dans ces conditions, il demeure difficile d'obtenir un équilibre tactique cohérent en un laps de temps restreint.

Dernière rumeur en date, selon L'Équipe, dans l'entourage de Lionel Messi, « des doutes sont nés récemment sur les aptitudes tactiques de Mauricio Pochettino, notamment sur son plan de jeu ». C'est dire le climat délétère qui règne autour du club de la capitale.

Aujourd'hui, du côté du directeur parisien, Leonardo ne dispose plus de la même marge de manœuvre que lors de son premier passage. Son autonomie a été progressivement réduite et le management du club s'effectue principalement à Doha, avec Nasser Al-Khelaïfi comme courroie de transmission. Zlatan Ibrahimovic expliquait récemment : "Si un joueur reçoit un ordre, il dit : 'D'accord, ça va', puis il se plaint à Nasser, qui lui donne raison et ainsi le directeur sportif se retrouve en position de faiblesse."

Le mythe de l'homme providentiel a toutefois fait son retour à Paris avec la rumeur envoyant Zidane sur le banc, sans que l'on s'interroge sur sa compatibilité avec Leonardo, ni sur la faible probabilité qu'il accepte de se voir imposer des choix par un directeur sportif. Faudrait-il, alors, que ce dernier prenne la porte ?

Les contradictions du triumvirat aux commandes à Paris (Al-Khelaïfi, Leonardo, Pochettino) autant que les interférences de Doha semblent aggraver à la fois le manque de cohérence dans la gestion sportive et la faiblesse de la gouvernance globale. Comme le résume Zlatan Ibrahimovic : "Si le sommet de la pyramide est faible, la base sera également faible."

Adlai Stevenson, ancien gouverneur de l'Illinois de 1949 à 1953, expliquait : "Il n'y a que trois règles pour avoir une administration solide : choisissez les bonnes personnes, dites-leur de ne rien laisser au hasard et soutenez-les jusqu'au bout. La plus importante de ces trois règles étant la première."

photo psg.fr

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Réactions

  • Mangeur Vasqué le 12/12/2021 à 19h41
    Merci pour cet article éclairant, très intéressant. Même si pour moi de toute manière le PSG est sur le déclin terminal depuis que le grand Jantzen Derrick lien a été transferré à Bath City (le club de Ken Loach). Avec le recul, on mesure aujourd'hui combien vendre ce bon Jantzen fut une énorme erreur, et là, dans cette rupture, faut-il peut-être chercher l’origine de la chienlit actuelle (saisons mitigées, football peu convaincant, starification à outrance, joueurs ouvertement Bolsonaristes, dernier titre aux gueux Lillois, etc.). Bon, après la tant prometteuse ère post-Jantzen, j’ai un peu continué à les fréquenter, purement par fidélité, mais c’était plus pareil, quelque chose avait été irrémédiablement cassé dans mon âme supportériale péésgiste.

    Des fois on se demande à quoi sert l’entraîneur au PSG (“dès qu'il y a un problème, ils appellent Nasser Al-Khelaïfi pour se plaindre”). C’est assez fascinant d’observer, de loin dans mon cas, comment les dynamiques et équilibres dans ce club dysfonctionnel se font et défont au gré des rapports de force malsains entre les divers acteurs, et s’interroger sur l’impact de ces aspects négatifs dans leurs revers et échecs successifs en Europe.

  • Gilles et jeune le 16/12/2021 à 10h42
    Merci pour cet article éclairant, en effet.

    Il aurait été éclairant en complément de savoir :
    - sur quels éléments Léo a perdu du crédit, et auprès de qui
    - pourquoi Nasser refait la courroie de transmission entre joueurs et Doha, alors qu'il voulait s'éloigner
    - finalement, si Doha a partagé le diagnostic d'un besoin d'une gouvernance plus forte
    - si d'autres éléments / jeux d'acteurs perturbent le fait d'entretenir une direction sportive
    - s'il y a un ou des tauliers dans le vestiaire qui donne(nt) un cadre commun : puisque si le pouvoir est aux joueurs, alors y'en a-t-il qui sont garants d'un cadre commun ? Je pense notamment aux nombreux joueurs qui semblent saluer la bonne ambiance dans ce groupe.