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Un Pierre dans notre jardin

Faut-il encore parler de Pierre Ménès en 2019? Pourquoi pas, puisqu'en 2019 il est toujours là et que cette présence est chaque année plus embarrassante. 

Auteur : Jérôme Latta le 20 Fev 2019

 

 

On dispute la 47e minute du Canal Football Club, quand retentit un puissant bruit corporel pendant que Laure Boulleau commente le match PSG-Fleury en D1 féminine (4-0). Pierre Ménès vient de signifier son hilarité, et quand le résumé s'achève quelques secondes plus tard, le réalisateur ne s'y trompe pas: il cadre l'animateur, effondré le visage entre les mains.

 

Dès son premier son, Pierre Ménès nous fait habilement comprendre qu'il rit de la sortie hasardeuse de la gardienne de Fleury. À l'image, il nous permet de visualiser ce rire. Enfin, il verbalise, en réponse à Hervé Mathoux: "Je ne dénigre pas le foot féminin, je dénigre les gardiennes". Et d'ajouter: "Qu'est-ce qu'elle fait, là, elle est allée chercher sa montre?" en suscitant un mélange de rires gênés et de rires gênants.

 

 

 

 


Liquidateur

Le propre des blagues de Pierre Ménès est qu'on les comprend trop bien. Elles relèvent d'une forme d'humour qui consiste à se moquer et qui a donc besoin de cibles faciles. Il s'esclaffe. Et rapporte tout à lui.

 

La moitié de la minute consacrée au football féminin dans l'émission a ainsi été trustée par le spectacle de son hilarité. Laure Boulleau s'est fait deux fois couper la parole et l'embarras s'est lu sur le visage des autres. Non pas que le niveau des gardiennes ne soit pas un sujet de critiques, c'est même un sujet intéressant. Le problème est que Pierre Ménès liquide les sujets.

 

Il ne s'agit pas non plus de déplorer la portion congrue réservée au football féminin: la plupart des médias spécialisés évoluent très positivement à cet égard. On peut simplement regretter qu'un comique des années 70 se sente obligé de débouler avec des blagues d'époque fin Pompidou-début Giscard d'Estaing. Il ne manquait que le logo de l'INA dans le coin de l'écran.

 

Très imprudemment, la semaine dernière, il avait fustigé "les accusés de la Ligue du lol tout ce conglomérat de bobos suffisants et donneurs de leçons qui étaient en fait des harceleurs", s'exposant à une reprise de volée immédiate et au rappel de son palmarès de considérations sexistes.

 

 

 

 


"Pas que des conneries"

Cyril Linette, ancien patron des sports de Canal+, avait laissé sa vedette se multiplier dans toutes les émissions. Il était partout. Quelques années plus tard, il est tout à la fois. Journaliste, consultant, humoriste, commentateur. Au générique du CFC, on le découvre… présentateur de l'émission (!). En 2013, il fut même l'invité d'honneur de J+1 et on l'aperçoit jusque dans les pages de publicité qui interrompent les émissions.

 

Comprendre que c'est lui qui commente un match de son équipe préférée, un vendredi soir, c'est commencer le week-end dans un état d'abattement immérité. Pierre Ménès ne sait être que lui-même, alors il ne commente pas, il fait du Pierre Ménès, et seuls ses fans les plus hardcore peuvent encore s'accommoder de ses blagues sans écho.

 

Par quel prodige les dirigeants de sa chaîne le maintiennent à un tel niveau de visibilité? Le personnage ne fait pourtant plus illusion: journaliste de connivence, homme-sandwich, chroniqueur qui sous-traite ses chroniques, détaillant de la démagogie anti-arbitrale, détenteur d'un sentiment de compétence et de légitimité universelles, bloqueur compulsif de tous ses contradicteurs sur Twitter…

 

Cela fait longtemps, aussi, que ses analyses sont plus drôles que ses blagues. "Il ne dit pas que des conneries", entendait-on le plus souvent à son propos, en un aveu involontaire de l'attente minimaliste à son égard, ou du pari qu'en plaçant la barre si bas, un vaste public pourrait se reconnaître en lui.

 

 

De Pierre en pire

N'ayant élevé que son niveau de "je", il est aujourd'hui condamné à s'autoparodier indéfiniment. Et nous à le subir quand nous ne pouvons l'éviter. On n'aurait d'ailleurs jamais écrit ce texte si on s'en était tenu à la sage habitude d'un visionnage du CFC en différé afin de sauter les parties en plateau.

 

Il semble ne lui rester que sa notoriété – un capital essentiel, difficilement épuisable, pour survivre médiatiquement – et le personnage qu'il a habilement créé, parfaitement adapté à la demande. Mais le malentendu s'est dissipé: le sniper ne tire que sur les ambulances, l'expert ne tire le débat que vers le bas.

 

Si on a longtemps vu ce qui suscitait la sympathie chez lui, sa carrière apparaît comme une inéluctable régression. À ne pas changer d'un iota dans un univers qui a beaucoup évolué ces dernières années, il apparaît en effet comme le vestige d'une époque révolue: la sienne. Ni intéressant, ni divertissant, sa valeur ajoutée s'est évaporée.

 

Alors le silence qui suit de plus en plus souvent ses propos, c'est un peu de leur vide qui se répand. Entre lieux communs du jour et diatribes si prévisibles contre les arbitres qu'on les entend avant qu'elles ne soient lâchées, il pourrait être remplacé par un générateur automatique. Qui présenterait l'avantage de pouvoir être désinstallé.

 

 

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Réactions

  • Pascal Amateur le 20/02/2019 à 11h07
    Des brames en trombe.

  • J'ai remis tout l'allant le 20/02/2019 à 11h39
    " (...) le personnage qu'il a habilement créé, parfaitement adapté à la demande."

    Tout le problème réside là : à partir de là, pourquoi s'en priver?

    Les audiences du CFC se sont-elles érodées avec le temps ? Ses apparitions dans J+1 ou en commentateur de match ont-elles fait fuir le téléspectateur ?

  • Mama, Rama & Papa Yade le 20/02/2019 à 13h57
    J'ai remis tout l'allant
    aujourd'hui à 11h39
    " (...) le personnage qu'il a habilement créé, parfaitement adapté à la demande."

    Tout le problème réside là : à partir de là, pourquoi s'en priver?

    Les audiences du CFC se sont-elles érodées avec le temps ? Ses apparitions dans J+1 ou en commentateur de match ont-elles fait fuir le téléspectateur ?

    Bonne question. Néanmoins en quoi sa présence améliore-t-elle l’audience? Et à quel point profite-t-il de la situation monopolistique de son émission sur le créneau « images de L1 en clair dans le week-end »?

  • Lucho Gonzealaise le 20/02/2019 à 14h45
    Comme dans beaucoup d'émissions qui attirent un public habitué et proposent énormément de contenu, les programmateurs ont très vite fait de se planter sur les raisons qui poussent les téléspectateurs à regarder. Les gars de Canal doivent se dire qu'on regarde le CFC pour Pierre Menes et leurs séquences où ils vont interroger les joueurs sur des sujets inintéressants à la sortie de l'entraînement. Alors qu'en fait on attend juste les buts de l'après-midi et les analyses de Beye et Carrière.

    En fait, Menes est juste là pour remplacer le son de la hotte pendant qu'on cuisine en attendant de voir des images de foot.

  • Toto le Zéro le 20/02/2019 à 14h53
    Ménès, le fils caché de Thierry Roland?
    Je note qu'Aude Gogny Goubert emploie la formule "Dit le mec qui...". Anglicisme, non? "Says the guy who..."

  • Pascal Amateur le 20/02/2019 à 14h55
    J'en déduis que son apport dans l'émission est plutôt mince. C'est peut-être pour ça qu'il y va ?

  • Tonton Danijel le 20/02/2019 à 15h12
    Toto le Zéro
    aujourd'hui à 14h53

    Ménès, le fils caché de Thierry Roland?
    Je note qu'Aude Gogny Goubert emploie la formule "Dit le mec qui...". Anglicisme, non?
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    Euh, non, l'inversion sujet-verbe peut aussi être utilisée en français, pour des raisons diverses (en l'occurrence, le fait ici que le sujet possède une assez longue proposition relative): lien

  • FPZ le 20/02/2019 à 15h37
    On est surtout dans le cadre d'une incise (discours rapporté), l'inversion aurait été nécessaire même avec un simple pronom sujet.
    Mais je suis pas sûr que ce soit l'inversion sujet-verbe que pointe Toto. Si c'est effectivement une formulation habituelle en Anglais, elle me semble en tout cas toutafé correcte en Français non ?

  • Toto le Zéro le 20/02/2019 à 15h47
    Ok Tonton, mais la formule paraissait très calquée sur l'Anglais "Says the guy who..."
    Yoda je ne suis pas.

  • Matu-Verratti-Vieira-Touré-Clément-Cearà le 20/02/2019 à 16h10
    "dit le mec qui" est pareticulierement moche, je dirais plutot "dit-il, lui qui", mais bon les tweets ne sont pas des poesies. On y ecrit comme ca vient a l'esprit.