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Paris 1993, le pire pour le meilleur

Snuff The Rooster (4/5) – Cette série sur les plus grosses claques subies par l'équipe de France devait forcément passer par la plus cinglante de toutes, douloureux prélude au sacre de 1998.

Auteur : Brice Tollemer le 8 Juin 2013

 


Au cours de son histoire, l’équipe de France a certes connu des victoires mémorables et des périodes prestigieuses. Mais elle a également vécu des défaites cuisantes et des contre-performances honteuses. Des désillusions traumatisantes qui sont aussi révélatrices d’une époque. Quatrième chapitre avec le bourreau Kostadinov.
 

* * *
 

Il flotte un drôle de parfum sur le football français en cet automne 1993. Pourtant, a priori, l’optimisme devrait être de rigueur. Depuis le 26 mai 1993, un club français a enfin remporté une coupe d’Europe, la plus prestigieuse qui plus est. Mais le succès de l’Olympique de Marseille est entaché par l’affaire de corruption VA-OM. Début septembre, l’UEFA interdit à l’équipe phocéenne de disputer la Ligue des champions et la FFF suspend le titre de champion de la saison 1992/93.
 


Le groupe vit bien

Les Bleus, eux, sont idéalement placés dans la course à la qualification pour la Coupe du monde aux États-Unis. À deux journées de la fin, ils sont en tête de leur poule avec un point d’avance sur la Suède. Il leur reste deux matches à jouer, à domicile, contre respectivement Israël et la Bulgarie. Une victoire contre les premiers ou un match nul contre les seconds envoie les hommes de Gérard Houllier en Amérique. Néanmoins, là aussi, l’atmosphère est pour le moins lourde: le scandale de VA-OM est dans tous les esprits, les tensions entre les joueurs parisiens et marseillais sont palpables, le cas de David Ginola pose problème et la qualité de jeu de l’équipe de France est critiquée. Si mathématiquement la position des Bleus est confortable, la sérénité n’est nullement de mise avant ces deux dernières rencontres, bien qu’elle soit en partie masquée par un évident excès de confiance, dû à la faiblesse supposée d’Israël…
 

 


 

Le climat politique du pays est également délétère. Après la défaite des socialistes aux élections législatives du printemps 1993, la droite est revenue au pouvoir. Surtout, la France est sous le choc après le suicide de l’ancien Premier ministre, Pierre Bérégovoy, le 1er mai. Par ailleurs, François Mitterrand voit les polémiques et les scandales se cristalliser sur sa personne: les révélations de son passé pendant la période du régime de Vichy, de son cancer de la prostate, ou de l’existence de sa fille naturelle troubleront ses deux dernières années de mandat. Sur les écrans, on peut admirer les performances de Tommy Lee Jones et d’Harrison Ford dans Le Fugitif, tandis que Brian de Palma dirige pour la seconde fois Sean Penn, dans Carlito’s Way (L’Impasse), dans lequel il joue l’avocat cocaïné d’Al Pacino, quatre ans après Casualties of War (Outrages).


C’est aussi au cours de cet automne 93 que Nirvana propose In Utero et Pearl Jam VS. Depuis que les deux groupes ont sorti respectivement en 1991 Nevermind et Ten, ce qu’on a surnommé grossièrement le grunge est le phénomène musical et culturel des années quatre-vingt dix. Avec entre autres Soundgarden, Alice In Chains et Mudhoney, tous ces groupes en provenance de Seattle déferlent sur les ondes du monde entier. C’est une époque où le CD règne en maître absolu sur l’industrie de la musique. À ce titre, les chiffres de vente de VS donnent le tournis: en dix jours, plus d’un million d’exemplaires de l’album sont vendus. Mais ce succès tourne au grand n’importe quoi: Time Magazine met Eddie Vedder en couverture, les créateurs de mode surfent sur ce "mouvement" grunge et la sphère médiatico-musicale se complaît dans une opposition Nirvana/Pearl Jam qui n’a pourtant pas lieu d’être…
 


And the rockets’ red glare…

Les rivalités, c’est aussi ce qui plombe l’équipe de France durant cette période. Le 13 octobre, les Bleus se sont déjà fait surprendre par Israël alors qu’ils menaient 2-1 jusqu’à la 83e minute de jeu. Mais, dix minutes plus tard, ils encaissent deux buts et s’inclinent finalement 3-2. Au cours de ce match, Jean-Pierre Papin se fait siffler par le public parisien du Parc des Princes. Éric Cantona dénonce plus tard ce climat, alors que David Ginola revendique un autre statut en équipe de France, quelques jours seulement avant le match décisif contre la Bulgarie. L’avant-match est plus que tendu.

 

 

Une demi-heure après le début de la rencontre, Éric Cantona ouvre la marque sur une remise de la tête de Jean-Pierre Papin. Pourtant, l’euphorie est de courte durée puisqu’Emil Kostadinov égalise cinq minutes plus tard. La suite de la rencontre est alors crispée pour les Bleus, qui jouent la peur au ventre. À vingt minutes de la fin, Gérard Houllier cède au public du Parc des Princes, dont une grande partie scandait le nom de David Ginola depuis plusieurs minutes. Le Parisien remplace ainsi Papin, habituel capitaine de la sélection. Les minutes s’égrènent doucement et l'on arrive difficilement au terme de cette rencontre. Il reste juste une vingtaine de secondes à tenir. Elles vont être dramatiques. Ginola, à proximité du poteau de corner adverse, centre trop loin, trop fort. La remontée bulgare du terrain est foudroyante. En un éclair, elle aboutit à la frappe d’Emil Kostadinov sous la barre transversale de Bernard Lama. La France n’ira pas à la World Cup. En conférence de presse, Gérard Houllier lance: "David Ginola a envoyé un exocet à travers le cœur du football français. Il a commis un crime contre l'équipe. Je le répète, un crime contre l'équipe." Il ne parle pas de son centre, mais de ses déclarations dans les jours précédant la rencontre – la légende ne fera pas le détail.
 

Après cette élimination, le sélectionneur démissionnera (quoique pas tout de suite). C’est son adjoint, Aimé Jacquet, qui lui succède, de manière "provisoire". Sous son règne, les Tricolores atteindront les demi-finales de l’Euro 1996 et remporteront la Coupe du monde deux ans plus tard. Et au jeu de l’uchronie, on peut toujours s’amuser de penser que si Kostadinov avait mis sa frappe au-dessus, la France n’aurait probablement jamais gagné en 1998.
 


Snuff the Rooster (1/5) : Bâle 1960, dernière station avant le désert
Snuff the Rooster (2/5) : Londres 1969, The Fab Five
Snuff the Rooster (3/5) : Nicosie 1988, le point de non-retour
Snuff the Rooster (5/5) : Séoul 2002, Shooting star

 

 

France-Bulgarie, 17 novembre 1993, Paris, Parc des Princes, 48402 spectateurs : 1-2
Arbitre : M. Mottram (Ecosse)
Buts : France : Cantona (32e) ; Bulgarie : Kostadinov (37e, 90e)
France : Lama – Desailly, Roche, Blanc, Petit – Deschamps, Le Guen, Sauzée, Pedros – Papin, Cantona
Bulgarie : Mikhailov – Kremenliev, Ivanov, Khubtchev, Tzvetanov - Letchkov, Yankov, Balakov, Kostadinov – Penev, Stoitchkov

 

Réactions

  • Pas haut les tas! le 10/06/2013 à 10h47
    Ce drame à l'époque ... Je m'en souviens comme si c'était hier, je revois particulièrement Jacquet se prendre la tête à deux mains ... Si il avait su ce qui se passerait 5 ans plus tard.

    C'est une bonne idée de remettre tout ça dans le contexte de l'époque. Autant je peux citer la date de cette grosse claque footeuse sans soucis, avec date précise, autant la mort de Bérégovoy (qui a eu un impact "historique" plus marqué) j'aurai été incapable de la sortir. La mémoire est quand même super sélective. Bon, j'avais 15 ans à l'époque, ceci explique peut être cela ... On a autre chose à gérer que le suicide d'un premier ministre ...

    Ah et dans ma cour de lycée, il y avait plus un clash Nirvana / Guns n' Roses ... Il ne me semble pas avoir vu de patch "Pearl Jam" ...
    La nostalgie Simone ... la Nostalgie ...

  • José-Mickaël le 10/06/2013 à 11h02
    > Et au jeu de l’uchronie, on peut toujours s’amuser de penser que si Kostadinov avait mis sa frappe au-dessus, la France n’aurait probablement jamais gagné en 1998.

    Je ne le pense pas. Si on remontait le temps et qu'on rejouait la coupe du Monde, on ne la regagnerait pas forcément - j'y mets nettement moins d'une chance sur deux - tant il y a d'éléments aléatoires, mais je ne vois aucune raison de penser qu'une qualification en coupe du Monde 1994 aurait diminué cette probabilité.

    En effet, qu'on ait joué la coupe du Monde 1994 ou pas, il y aurait eu le remplacement de la génération Papin-Cantona par la génération Djorkaeff-Zidane (et probablement de Houllier par Jacquet, même si ça me semble moins important). Zidane, surtout à partir de 1995-96, ne peut qu'être le meneur de jeu de l'équipe de France.

  • lyes le 10/06/2013 à 14h18
    Ma première torpeur footballistique à 11 ans, je n'ai qu'un souvenir très vague de la coupe du monde 90, j'attendais celle de 94 avec impatience, je l'ai suivie dans tout les détails. L'absence de la France après ces deux matchs la...


  • Toto le Zéro le 10/06/2013 à 14h37
    @José-Mickaël

    Ca serait un super sujet du bac de philo:
    "Canto est-il Zidano-compatible?"
    Vous avez deux heures.

  • Ba Zenga le 10/06/2013 à 14h47
    Cette équipe de France me tapait sur le système, je la trouvais arrogante. Avec mon père, on avait sauté de joie sur le but de Kostadinov. Franchement, je le regrette, j'étais con, j'avais 12 ans et ma passion venait de naitre... Dès qu'Aimé Jacquet a pris l'équipe en main, j'ai tout de suite cru en elle et en lui et je n'ai cessé de la suivre.

  • blafafoire le 10/06/2013 à 15h37
    Ba Zenga
    aujourd'hui à 14h47

    C'est marrant, moi c'est l'inverse. J'espérais tellement revoir Papin au plus haut niveau, c'est-à-dire à la Coupe du Monde, qu'après ce match il m'a fallu un temps fou pour me réintéresser au foot. Quand j'ai vu que notre meilleur attaquant en 96 était Karembeu, j'ai continué d'en avoir rien à foutre (pourtant mes potes me vendaient du Zidane et du Djorkaeff à tout va) à tel point que quand on a gagné la CDM, j'étais pas vraiment heureux, je trouvais que c'était n'importe quoi. Il m'a fallu l'euro 2000 et la remontée du LOSC pour y revenir vraiment...

  • Zénon Zadkine le 10/06/2013 à 15h39
    José-Mickaël
    aujourd'hui à 11h02

    > Et au jeu de l’uchronie, on peut toujours s’amuser de penser que si Kostadinov avait mis sa frappe au-dessus, la France n’aurait probablement jamais gagné en 1998.

    Je ne le pense pas. Si on remontait le temps et qu'on rejouait la coupe du Monde, on ne la regagnerait pas forcément - j'y mets nettement moins d'une chance sur deux - tant il y a d'éléments aléatoires, mais je ne vois aucune raison de penser qu'une qualification en coupe du Monde 1994 aurait diminué cette probabilité.

    - - - - -

    Tout pareil (ceci dit, je me demande si ce n'est pas Houllier qui a lancé l'idée que 93 a permis 98).

    La Suède et la Bulgarie, qui nous devancent de peu en qualifs (2 points et 1 point) et suite à un invraisemblable chiage dans la colle final, finissent demi-finalistes de la Coupe du Monde l'été suivant. Au jeu de l'uchronie, on peut tout aussi légitimement penser que si Kostadinov avait mis sa frappe au-dessus (et avec de la réussite aux USA) il y aurait deux étoiles au-dessus du coq aujourd'hui.

  • Moravcik dans les prés le 10/06/2013 à 17h39
    Notre jeu en 93 n'était certes pas très beau, mais pas moins qu'en 98. On était sans doute moins forts derrière, mais clairement plus forts devant : je me souviens que Papin et Canto étaient exceptionnels durant cette période, et qu'on pouvait se contenter d'être simplement solides et de compter sur eux pour faire la différence... soit exactement ce que fera le Brésil un an plus tard pour gagner la CdM (avec Bebeto et Romario devant). Le fait que Ginola alors très très fort, n'arrivait pas à prendre sa place montre assez le niveau de notre attaque de l'époque, à mon avis plus forte que celle du début des années 2000.

    Vraiment triste et injuste qu'eux trois (même si Papin y avait déjà goûté en 86) et d'autres comme Roche ou Lama par exemple, n'aient pas pu disputer une CdM. Ils avaient largement les moyens d'y briller.

  • Toto le Zéro le 10/06/2013 à 18h50
    Même si on parle beaucoup plus de ce qu'il y avait devant (Gino, Canto...), derrière et au milieu il y avait quand même des gens comme Deschamps, Roche, Blanc, Lama, Desailly. Même si collectivement c'était pas génial, il y avait du solide et facilement de quoi aller au moins en demie aux USA...

  • Jankulovic Hasek le 11/06/2013 à 22h40
    Moravcik, Lama est champion du monde 98 et vainqueur de l'euro 2000, il a même joué un match dans chaque tournoi.

    Je crois que c'est Platoche qui a dit qu'il fallait passer par une non qualification pour pouvoir mieux rebondir derrière.

    Sinon, je rejoins Pas haut les tas sur le clash guns-nirvana et non pas pearl jam.

    Pour José-Mickael, si on s'était qualifiés aux US 94, Houiller serait resté sélectionneur et Canto aurait retardé l'éclosion de Zidane, voire l'explosion de Youri.
    Je me souviens d'un France-Roumanie à Geoffroy Guichard en 1994 avec une équipe ultra offensive, Canto et Zidane jouant ensemble, mais qui a fait 0-0.
    Au retour à Bucarest en 1995 (victoire fondatrice du groupe 3 à 1), Canto n'est plus là et Zidane joue libéré...