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Opportunisme olympique

Mardi, Sakho a fait preuve d’un opportunisme extraordinaire. D’autres opportunistes lui ont alors emboité le pas. Discutons le concept.

Auteur : Gilles Juan le 25 Nov 2013

 


Il s’agit de régler son compte au discours suivant:
"On disait les Bleus finis ;
Mais on ne s’est pas trompés en les disant finis ;
En effet, c’est parce qu’on les a dit finis qu’ils se sont révoltés ;
Moralité : on avait donc doublement raison de les dire finis (d’une part ils l’étaient, d’autres part, vu qu’on leur a dit…)".

Il s’agit d’une forme particulière de discours opportuniste.
 


Opportunismes : des finitions

La chanson de Dutronc incarne la définition de l’opportunisme qui est devenue standard: l’image de la veste retournée, toujours du bon côté, associe à la notion une dimension franchement péjorative.
 

 


 

L’opportunisme s’est ainsi éloigné de son étymologie. L’usage approprié d’opportunus, en latin, concernait le vent qui arrivait impeccablement pour rapprocher le bateau du port. Est opportun, initialement, ce qui est utile, avantageux. Ce qui tombe à pic. C’est dans le foot, vraisemblablement (mais je ne suis pas objectif), qu’on entretient le mieux cette tradition du sens valorisant de la notion: nul ne pense sérieusement que l’opportunisme de Sakho contre l’Ukraine ait été le fait d’un caractère insupportable. Sakho a eu une "attitude consistant à régler sa conduite selon les circonstances du moment, que l'on cherche à utiliser toujours au mieux de ses intérêts" (la définition neutre du mot sur larousse.fr). Lorsqu’il n’est plus question du vent ni du hasard, ce qui tombe bien est alors le résultat d’une compétence: s’être placé au bon endroit, au bon moment. Avoir contribué à ce que le hasard se combine bien par la pertinence ou l’audace de son positionnement, par la vivacité de ses réflexes.
 

"Celui qui retourne sa veste" reste cependant une possibilité de l’opportunisme traditionnel: entre celui qui adapte sa conduite aux circonstances et celui qui se renie volontiers pour le faire, il n’y a qu’un pas. Mais si un courant politique a pu s’appeler "l’opportunisme" sous la troisième République, c’est parce qu’il peut y avoir, derrière l’idée d’adaptation, celle de pragmatisme: il n’y a pas de mal, en soi, à suspendre son jugement en attendant de voir ce que dicteront de pertinent les circonstances.
 


Toujours du bon côté?

Ne tournons plus autour du pot: quels opportunistes sont les commentateurs et auteurs qui ont subi un gros vent contraire mardi soir? Ne sont-ils pas, finalement, d’honorables gens pragmatiques? N’ont-ils pas, en outre, le talent de tourner les voiles dans le sens adéquat? Ou bien sont-ils des girouettes subissant les bourrasques pour se mettre toujours dans le sens de la course à l’audience?
 

On ne peut pas dire que ces gens-là (pas "les médias", hein… "Certains") ont été au opportunistes au sens valorisant du terme: la condition de ce pragmatisme est le refus de se prononcer a priori. On dépend des circonstances, mais on dit et on assume qu’on dépend des circonstances. On se rend disponible aux circonstances. En attendant de voir ce qu’il faudra faire, on ne dit rien d’autre que ce que l’actualité dit qu’il faut faire. Tel Inzaghi à la pointe de l’attaque, on traîne en apparence, on se fait discret, dans l’idéal on se fait oublier, et on s’adapte à la circonstance, c’est-à-dire à la limite du hors-jeu. Et on est à l’affut, excité à l’idée qu’une situation critique se présente et qu’on agisse alors en fonction d’elle.
 

Or certains n’ont pas eu cette sagesse stratégique, ils n’ont pas annoncé qu’ils attendaient de juger sur pièce, de voir si l’équipe de France allait donner une autre image que celles qu’elle avait apparemment donnée au premier match – ils se sont emportés, ils se sont permis d’incendier, de généraliser, d’exécrer. L’opportunisme n’est pas celui qui attend de voir la situation. Il est celui qui passe d’un extrême à l’autre, sans vergogne. Certains ont même, en se retournant, osé le renversement le plus culotté: loin d’assumer l’opportunisme du discours, ils ont insisté sur son opportunité.
 


De toutes les parties

Pour filer la métaphore, l’habileté pragmatique consisterait à s’adapter aux circonstances pour tracer une route vaguement tracée; l’opportunisme traqué ici choisit de prendre toujours le sens du vent, quitte à devoir faire demi-tour, tout en ne cessant de crier non seulement que cette fois c’est sûr, c’est par-là, mais en plus (toupet suprême !) qu’il avait nécessairement fallu croire que c’était par là-bas pour trouver au final la bonne route. C’est bien commode, surtout quand on ne sait pas où on va, naviguant à vue, sans cartes ni compas: certains "capitaines" ne voient pas plus loin que le bout du résultat. Maintenant faisons-les démâter.
 

Pour ce faire, il y a une chose quelque chose qu’il faut rappeler, et qui n’est paradoxale qu’en apparence: c’est extrêmement facile, de dire toujours vrai. Il n’y a rien de plus facile. "Vendredi la France n’a pas fait le match qu’il fallait". "Mardi la France a fait le match qu’on attendait d’elle". C’est vrai. C’est très vrai, non pas bien que, mais parce que c’est facile à dire. On peut même le dire en criant pour que ça ait l’air très très vrai.
 

Pour dire quelque chose de vrai, il suffit de dire… quelque de vague. D’inconsistant. Les horoscopes ne disent que des choses vraies ("un beau moment vous attend cette semaine", "un certain manque d’engagement à un moment de la journée"). Et lorsqu’on a atteint le dernier stade de la superficialité, et qu’en plus on est très convaincu par ce qu’on dit, nos mots peuvent alors couvrir toutes les situations. "Ça va se jouer à des détails!" On se demande bien ce qui peut ne pas se jouer à un détail, dans le foot. De même, quel qu’aurait été le résultat mardi, les réactions de samedis avaient été suffisamment creuses pour s’accommoder de tous les cas de figure mardi minuit. Le discours objectif se reconnait… à ce qu’il peut se tromper, à ce qu’il peut être pris à défaut par des explications plus précises encore, proposant des interprétations plus cohérentes encore, et expliquant plus habilement les faits. Par opposition, le discours des usurpateurs ne se laisse jamais attraper (tu es verseau, tu es gentil. Tu n’es pas gentil? C’est l’antécédent…).
 

Moralité : la condition pour dire tout et son contraire, la condition de la pirouette, est de combiner suivisme et superficialité. Une certaine définition de l’opportunisme. Ça ne marche pas quand on ne dit rien: le vent exige tout de même que les réactions à chaud aient le poids minimum pour qu’il y ait une résistance minimale à faire tourner – à l’instar de la girouette, qui elle n’a cependant pas le choix de faire autrement.
 


Épilogue

D’autres craignait craindre que le stade de France ferait preuve d’opportunisme pragmatique, voire d’un certain scepticisme, et que les supporters crispés diffèreraient leur décision, pour fêter dans un cas, ou siffler dans l’autre. Il peut être en effet tentant de ne pas se prononcer puis de crier, quelle que soit la situation finale: "C’était sûr! On le savait…" Mais les supporters du stade de France n’ont pas été un douzième homme "attentiste" (au contraire du douzième Pie, donc) et opportuniste en ce sens. Avant même que ne débute l’épopée des Bleus mardi, les supporters ont donné de la voix avec beaucoup d’énergie, portée par l’espoir et l’envie plus que par la confiance, à l’image des joueurs galvanisés non pas grâce à, mais malgré l’environnement médiatique.

 

Réactions

  • C. Moa le 25/11/2013 à 15h42
    (tu es verseau, tu es gentil. Tu n’es pas gentil? C’est l’antécédent…).
    ____

    L'ascendant ?
    (Non, je ne suis pas fan de Domenech)

  • Coach Potato le 26/11/2013 à 14h28
    Gouttes d'eau sur Pierre. Brûlantes !

    Je vous lis toujours avec plaisir et vous remercie pour cet hommage à l'aire du vide investie par nos disciples d'Edgard Faure qui font tenir une causerie d'après match dans un fortune cookie un peu sec.

    Je ne souhaite pas sur la forme infléchir votre implacable démontage de la position de "certains" qui auront sacrifié la prudence au péremptoire, au mauvais endroit et au mauvais moment. Sur l'instant, comme tant d'autres ici et de façon épidermique, j'en ai conçu une vive animosité à leur endroit. Ainsi, sans trop de réflexion, j'ai éprouvé l'ivresse fugace d'appartenir un instant au camp du bien dont j'essaie de me tenir éloigné d'ordinaire, au point d'alimenter l’effervescence du fil bleu. A l'issue de la rencontre, j'ai surtout connu l'ivresse puis l’effervescence en 500Mg.

    Toutefois, si la mobilisation contre toute attente des supporters bleus et le résultat de la confrontation a décrédibilisé les ultras de l'éditorialisme institutionnel,certains arguments développés pour critiquer l'équipe de France et son management ne deviennent pas toutes infondées par la magie d'un résultat heureux.

    Depuis notre position privilégiée, cette propension à compter les points résiste mal, dans le temps, au désir moralisateur de distribuer les bons points. Sans doute, nos arroseurs arrosés ont mérité de voir moqué leur faculté à retomber sur leurs pattes; ils survivront car ils disposent d'au moins neuf vies médiatiques. Certains de leurs arguments méritent d'être entendus et débattus, sur le fond. Ils n'ont pas à priori tord pour cause de qualification comme une élimination n'auraient pas validé tous leurs arguments d'une traite.
    Notre enthousiasme de supporters nous empêche parfois de considérer qu'un journaliste dispose d'informations qui nous échappent.

    Le commentaire sur la saillie initiale de Pascal Praud mériterait à elle seule un article sur le mythe de Cassandre. La webosphère s'est payée sa tête et a voulu sa mise à mort symbolique dans une réaction d'un conformisme absolu sur laquelle j'avais cru bon d'écrire, après y avoir souscrit sous le coup de la colère (pan sur le bec).

    N'empêche, j'aime bien lire ce que vous publiez; ça change.

    Un libero, ascendant connard du premier décan. C'est primordial, l'ascendant.


La revue des Cahiers du football