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Manchester City : trouver le succès par le jeu

Depuis son arrivée à la tête du club anglais, Pep Guardiola impressionne par les résultats mais surtout la manière. Capable de déployer un jeu superbe, son équipe porte déjà sa patte.

Auteur : Christophe Kuchly le 19 Sept 2016

 

 

Et si c’était, déjà, la fin d’un petit mythe? Pas celui du niveau de la Premier League, a priori destiné à augmenter au fil de son enrichissement, d’autant que bon nombre des meilleurs entraîneurs de la planète y sont arrivés. Non, plutôt cette idée selon laquelle, en Angleterre, le football ne peut se jouer que d’une certaine manière: dans l’intensité. Ou plutôt qu’il ne peut pas se faire "à l’espagnole", pays où on préfère généralement se battre pour la possession plutôt que dans les duels. Il faut le reconnaître, on s’est également posés la question, étonnés par les défaillances de certains entraîneurs et notamment de Manuel Pellegrini, l’homme qui avait permis à Villarreal et Malaga de se battre avec les cadors européens. En quelques matches, Pep Guardiola, qui a repris Manchester City après le départ du Chilien, est en train de prouver qu’une bonne méthode peut transcender les particularismes locaux. Et que quand on a des bons joueurs pour l’appliquer, le résultat est spectaculaire.

 

 

Au pays de Pep

Cinq rencontres de championnat, trois de coupe d’Europe. Impossible, sur une portion si faible, d’imaginer le nombre de titres que gagnera City cette saison – même si commencer par 100% de victoires fait toujours bonne impression. Les vingt-cinq buts marqués, contre quatre encaissés, embellissent le bilan… que le pedigree des adversaires nuance. Hormis Manchester United, qui aurait pu arracher un point, et une équipe de Gladbach vraiment très intéressante, les autres ne disposaient pas des mêmes armes. Et pourtant, c’est précisément dans ce type de rencontres que le jeu si particulier de l’entraîneur catalan était attendu. Ses détracteurs, pour beaucoup situés outre-Manche, nuançaient en effet ses succès passés (six titres nationaux en sept saisons de coaching, sept en huit si on compte la Tercera Division avec le Barça B) par la faiblesse des adversaires. Ceux-ci, résignés avant de combattre face au Bayern ou à Barcelone, seraient des proies faciles. Pas comme Stoke et tous ces clubs anglais qui jouent leur chance à fond, prennent des risques et peuvent faire perdre des points à tout le monde. Un discours qui s’entend dans une certaine mesure, mais dont on voit déjà les limites.

 

 

Sous le coup de l’emballement, on aurait presque envie de, déjà, désigner Manchester City champion. On en est encore loin, et le bilan de fin de saison nuancera peut-être grandement l’impression de facilité actuelle. Avant de penser à la reproductibilité dans une durée beaucoup plus longue, un constat s’impose: City, géré par Guardiola depuis trois mois, atteint déjà des niveaux jamais connus depuis le rachat par Abu Dhabi United Group. Une transformation totale du style de jeu, même quand le onze aligné est presque uniquement composé de joueurs déjà là l’an dernier, qui relativise d’un coup le travail de tous les autres entraîneurs de la planète. Imposer sa patte demande en théorie du temps, qui plus est dans un environnement inconnu. Seuls quelques extrémistes un peu fous, comme Marcelo Bielsa ou Zdenek Zeman, arrivent parfois à impacter leurs troupes aussi vite. Sauf qu’au pays de Guardiola, la révolution est de velours.

 

La fascination qu’exerce l’ancien milieu de terrain est sans doute la vraie raison des critiques émises à son égard, dans un réflexe bien connu de modération des louanges. Comme pour chaque entraîneur, des réserves peuvent être émises sur une partie de son travail – sur ses choix tactiques lors de la dernière année à Barcelone et la gestion des fins de saisons au Bayern notamment. Mais, plus que le nombre de trophées, c’est son parti-pris qui rend son travail aussi intéressant. Comme Bielsa, pour qui l’effet se manifeste sans doute plus via le nombre et la réussite ses disciples que les siennes, il affirme à travers ses équipes une manière de jouer qui infuse un peu partout et fait avancer le football. C’est la raison majeure de sa présence marquée dans "Comment regarder un match de foot ?" et celle qui fait que Rinus Michels, qui n’a finalement gagné qu’une Coupe des clubs champions et cinq championnats, a été élu entraîneur du XXe siècle.

 

 

Tactique simple mais efficace

En attendant de savoir combien de paliers Manchester City peut franchir sous les ordres de Guardiola, on peut déjà voir où on en est. Samedi après-midi, face à une équipe de Bournemouth qui aime bien avoir la balle, les Citizens ont terminé avec 64% de possession, vingt tirs et 188 passes dans le dernier tiers de terrain adverse. Les circuits les plus fréquents? Otamendi pour Kolarov (vingt-et-une fois), et Kolarov pour Otamendi (vingt). Puis Sagna-Otamendi, Clichy-Kolarov et inversement, Bravo-Kolarov… et les relations entre latéraux et ailiers, Sterling-Sagna d’un côté, Clichy-Nolito de l’autre. Pas besoin d’élaborer beaucoup plus, on visualise de suite la construction du jeu par l’arrière. Le système? Assez peu pertinent à décrire vu le mouvement perpétuel, mais proche d’un 4-1-4-1 avec Fernandinho proche de ses défenseurs centraux et Iheanacho en pointe. Le style? Partir du gardien, mettre la balle sur une aile, changer de côté si l’adversaire est présent en masse et donc en infériorité ailleurs, percuter s’il y a de l’espace, jouer en appui vers Kevin de Bruyne dans l’axe s’il est libre. Presser en nombre dès la perte du ballon et profiter de toutes les (rares) contre-attaques.

 

 

Dans l’absolu, rien de révolutionnaire. Mais cette combinaison de pressing-possession n’a aucun équivalent en Premier League et prend presque les adversaires par surprise. Manchester United semblait désemparé d’être acculé devant son but, incapable de relancer tranquillement. Bournemouth était préparé mais n’a pas su comment récupérer le ballon une fois que, devant au score, City a décidé de le confisquer. Par séquences, à 2-0, l’absence totale de pressing aurait même pu pousser une équipe cynique à faire une passe à mille devant son but. Heureusement pour le spectacle, les Citizens se décidaient tout de même à remonter le terrain balle au pied, même si rien ne les y obligeait. Rien, hormis leur entraîneur: à son perfectionnisme défensif, point clé de son discours qui se ressent dans l’énorme discipline tactique de tout l’effectif, s’ajoute une volonté d'aller de l'avant inspirée par la philosophie cruyffienne. Et, là, c’est le talent individuel des joueurs qui s'exprime.

 

 

Discipline et fulgurances

Comment expliquer que Raheem Sterling, fantomatique depuis de longs mois, soit redevenu si bon? Pour les mêmes raisons qui expliquent que Kingsley Coman brillait au Bayern, et que Nolito se fonde dans le moule: la liberté et la confiance. Témoignage du jeune anglais: "Il te dit exactement ce qu’il veut sur le terrain, et que le reste ne dépend que de toi. Il n’y a pas de meilleur sentiment que ça, qu’un entraîneur rende le jeu si simple." Les ailiers, s’ils participent à l’effort défensif collectif, permettront à leur équipe de récupérer rapidement la possession. Si les circuits de relance sont bien maîtrisés par les joueurs plus bas sur le terrain, ils recevront le ballon proche du but adverse et pourront ensuite faire parler leurs qualités. La discipline permet la création. Une discipline pas toujours si fatigante: la semaine dernière, le journaliste Guillem Balague a révélé que Guardiola avait dessiné à la craie sur le terrain d’entraînement l’endroit où Sterling devait se situer pendant les matches. Le long de la ligne de touche, sans bouger, pour créer naturellement de l’espace. Forcément, cette incitation à l'immobilisme permet d'être frais quand il s’agit d’exploser dans les trente derniers mètres.

 

Le cadre, c’est le cœur de la philosophie tactique de tous les entraîneurs, mais cela se manifeste de différentes manières. Pour José Mourinho, Kevin de Bruyne ne faisait pas assez d’efforts défensifs en comparaison d’Oscar (c’est vrai), une chose incompatible avec son système à Chelsea (là aussi, ça s’entend). Avec Dieter Hecking à Wolfsbourg puis Manuel Pellegrini à City, il était déchargé d’une partie de ces tâches ingrates pour pouvoir être sur le terrain. Les choses se sont encore accélérées cet été: désormais, outre le pressing, qui réduit considérablement le travail défensif sans ballon, c’est Fernandinho qui abat la plupart du boulot au milieu, aidé par un Nicolas Otamendi habitué à défendre dans l’anticipation, loin de son but – et qui est en pleine JérômeBoatengisation à la relance. Écarter Yaya Touré, talentueux mais indiscipliné tactiquement et évoluant dans un style incompatible avec celui prôné (projections depuis le milieu alors que celui-ci doit rester en bloc quand les joueurs de côté sont très haut), permet ainsi d’avoir un voire deux meneurs au cœur du jeu. De Bruyne-Silva en version offensive, Gundogan à la place d’un des deux pour plus de contrôle.

 

 

 

 

Tintin au pays de l'or noir

Plutôt dans un rôle de finisseur contre United, avec de très bonnes minutes dans un rôle d’attaquant de pointe quand City a dû se replier pour défendre le jeu aérien, De Bruyne a réussi face à Bournemouth l’une des plus belles prestations individuelles de ce début de saison. Un match d’un niveau incroyable, dans la lignée des précédents et qui l’installe un peu plus parmi les très grands footballeurs de la planète. Comme lui, à peu près tous les joueurs ont progressé, au point que la défense Sagna-Otamendi-Kolarov-Clichy a pu montrer de belles aptitudes techniques, au-delà de la simple gestion de l’attaque adverse. Cela vient un peu tard dans la carrière des latéraux français, qui n'ont plus un grand avenir en équipe de France, mais très tôt dans celle de Sterling, Ineanacho et des recrues Stones et Sané – en attendant Gabriel Jesus en janvier.

 

Il faut l’avouer, voir une certaine partie du microcosme anglais perdre ses certitudes, notamment des consultants très centrés sur leur championnat (on a les mêmes en France), a quelque chose de très réjouissant. Enfermée dans ses certitudes sur son football de club sans faire le lien avec les ratés de l’équipe nationale, cette Angleterre conservatrice réalise que ses spécificités locales de football à l’ancienne ne sont peut-être pas plus dures à prendre en défaut que le pressing délirant de certaines équipes espagnoles, ou l’intensité folle de certaines formations allemandes. D’autres ont ouvert la voie, les Mauricio Pochettino prenant le pas sur les Tony Pulis. Mais, en attendant que quelqu’un trouve la solution et rende ces mots beaucoup trop élogieux, Guardiola a déjà gagné une première bataille.

 

Réactions

  • Sens de la dérision le 19/09/2016 à 08h43
    J'ai du mal avec le début de cet article (pas dans la globalité certes). Déjà on part du postulat que tout le monde croit que la Premier League est le championnat le plus dense du monde. Je crois que c'est faux : la Premier League est représenté comme le championnat le plus fort du monde parce qu'il y a 5-6 équipes plutôt fortes (4 avant avec le fameux Big 4), au contraire justement de l'Espagne et de l'Allemagne. Un Bournemouth ou un Alavès, c'est du pareil au même dans la tête des gens (certes peut-être pas dans la tête des Anglais).

    La question pour moi, concernant Guardiola, serait plutôt : pourrait-il réussir ailleurs que chez un monstre aux revenus quasi-illimités ?

  • hulumerlu le 19/09/2016 à 09h56
    Si les débuts de City se confirment, on pourra peut être laisser de côté l'idée en vogue selon laquelle en plus de n'entrainer que des monstres aux moyens quasi-illimités, il rend ses équipes ennuyeuses et inefficaces...

    Au-delà de Guardiola, l'article critique un championnat/foot anglais autocentré et caricatural.

    Il me semble d'ailleurs que les Démanageurs ont déjà évoqué l'idée que grâce aux nouveaux entraineurs, ce foot va faire son évolution... Alors certes toujours à coups de millions mais pas seulement dans des transferts exorbitants.

  • osvaldo piazzolla le 19/09/2016 à 14h40
    @sensdeladérision, la compara

  • osvaldo piazzolla le 19/09/2016 à 14h43
    ...ison Bournemouth-Alaves est pas vraiement pertinente : si Bournemouth se maintient deux ou trois saisons, il aura la puissance financière de n'importe quel club espagnol qui n'est pas le Barça ou le Real ET ne sera pas un esclave de la TPO. Le championnat anglais est non seulement richissime mais il est égalitaire dans sa répartition. Alaves même en cas d'exploit ponctuel est condamné à disparaître en deux saisons max.

  • osvaldo piazzolla le 19/09/2016 à 14h52
    et ça dépend ce que tu appelles "les gens", mais pour 1Go de chinois, Bournemouth c'est pas Alaves du tout.

  • Radek Bejbl le 19/09/2016 à 15h36
    C'est toujours aléatoire d'essayer de prendre le pouls de l'opinion mais, pour perdre pas mal de temps à lire les commentaires sous les articles, sur les réseaux sociaux etc, je confirme ce que dit osvaldo : pour moi, les gens et notamment dans les pays s'ouvrant au foot pensent sincèrement que le bas de tableau anglais est bien plus fort qu'ailleurs, ce qui explique que les leaders terminent avec 80 points et non 100, sur le thème "tout le monde peut battre tout le monde". Le top 5-6 anglais, je suis pas certain qu'il soit plus fort que celui de Liga (dont les 3 premiers sont meilleurs et qui gagne la C3 avec des équipes entre 4 et 6). Le "other 14" est riche mais encore indiscipliné tactiquement. Si ça se met à bosser comme dans certains clubs étrangers (je parle souvent de Liga mais on peut citer Sassuolo), il n'y aura en revanche plus photo.

    La question de réussir sans fonds illimités est finalement très accessoire. Pas philosophiquement mais parce qu'elle ne se posera jamais, comme celle de la réussite de Messi avec Dijon. Ce qu'on peut voir, c'est que des onze sans recrues jouent mieux qu'avant. Le recrutement de bons joueurs ne fait qu'améliorer encore le niveau.

  • Luis Caroll le 19/09/2016 à 17h45
    Ce que fait Guardiola est d'autant plus fort que c'est carrément difficile d'entraîner une équipe de foot avec la main de Radek perpétuellement dans son slip!

  • Radek Bejbl le 19/09/2016 à 17h53
    Et pan !

  • Pamèche le 19/09/2016 à 23h30
    Tout d'abord, merci Radek pour ton commentaire qui m'ôte les mots de la bouche.

    "il y a 5-6 équipes plutôt fortes (4 avant avec le fameux Big 4), au contraire justement de l'Espagne"

    Ah bon? Real, Barça, Atlético, Valence, Séville sont pourtant des équipes qui jouent régulièrement les quarts/demis de coupe d'Europe et qui n'ont à mon sens rien à envier au top 5 de Premier League...

    "La question pour moi, concernant Guardiola, serait plutôt : pourrait-il réussir ailleurs que chez un monstre aux revenus quasi-illimités ?"

    La réponse est non, mais elle serait la même pour tout le monde. Personne ne gagnera la Ligue des Champions avec Bruges ou le Legia Varsovie... Non, la vraie question est plutôt: "Guardiola pourrait-il se planter avec un club?" Guardiola c'est quand même 8 demi-finales de LDC consécutives, même avec un club richissime, je ne sais pas si beaucoup d'entraîneurs sont capables d'une telle perf... Et ce qui est d'autant plus fort, c'est qu'il le fait en appliquant toujours son système de jeu, y compris au sein d'équipes qu'il n'a pas lui même construites, comme c'est le cas avec Man City.