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George Reynolds, adieu les cons

Vous ne connaissez pas cet ex-perceur de coffres, millionnaire, génie autoproclamé et patron de club complètement branque ? Il se raconte dans une lettre d'outre-tombe. 

Auteur : Kevin Quigagne le 26 Avr 2022

 

Je m'appelle George Reynolds, vous n'avez sans doute jamais entendu parler de moi, mais je suis un richissime génie du foot anglais. Un génie tout court, en fait. 

C'est inscrit en plaqué or sur mes cartes de visite : "Ex-perceur de coffres-forts, ex-matelot dans la marine marchande, entrepreneur millionnaire, faiseur d'argent et génie absolu."Fortune faite, j'ai racheté le club de D4 de Darlington FC, en 1999. J'ai fait rêver le peuple de "Darlo" et lui ai offert le plus beau stade au monde. 

Sans tous ces pisse-froid, ces fonctionnaires incapables et journaleux mis sur terre pour me plomber, on aurait atteint l'objectif fixé : la Premier League. Mais à cause de ces branquignols, on nous a placés en redressement judiciaire fin 2003. Et je suis retourné au zonzon. 

Toute ma vie, les cloportes ont garé le bus pour m'empêcher d'avancer. De quoi se poignarder le cul avec des saucisses, je vous le dis. 

 

 

Je suis né en 1936, à Sunderland, quelques mois avant la fameuse "Jarrow Crusade", partie d'ici. Deux cents chômeurs affamés qui ont marché jusqu'au parlement à Londres pour faire entendre leur désespoir. C'est pas les assistés d'aujourd'hui qui feraient ça, tiens. Ce qu'il nous faut, c'est une bonne guerre, ça redresserait toutes ces putains de feignasses dans ce pays.

J'ai grandi autour de Roker Park, l'ancien antre des Black Cats, dans la misère. On surnomme ce coin malfamé "Barbary Coast", la Côte Barbare. Des navires et matelots étrangers traînent dans les parages, ça pirate et traficote. 

« Scolairement attardé et mentalement déficient »

Arrive la guerre, la faim, le rationnement, le marché noir. Je sèche un peu l'école et, pour nourrir ma famille, je vole des clopes que j'échange contre de la bouffe. Les profs me cataloguent "débile" à cause de mes mauvais résultats scolaires. Je suis dyslexique, mais handicap inconnu au bataillon, ou bien ils s'en foutent. On me répète que je suis un bon à rien. 

À huit ans, je me fais choper à piquer du pain dans un bread van. Le rectorat de Sunderland m'envoie à Besford Court, une maison de redressement à Pershore, dans l'ouest du pays [1]. Ça arrange mes parents qui n'ont pas les moyens de m'élever. J'en ressortirai aussi illettré qu'en arrivant, mais avec des acquis manuels. Et la rage de réussir. 

Sur mon dossier, il est écrit : "Educationally sub-normal and mentally deficient". Le rectorat m'a en fait vendu à Besford Court, pour cent livres sterling. Le prof principal nous accueille avec ces mots doux : "You are the utter dregs of humanity" (Vous êtes les déchets de l'humanité). Ajoutant qu'en bon catholique, il se doit de nous aimer. Ça figure pages 43-44 de Cracked it !, mon autobiographie. Lisez-la, j'en suis fier.

Besford Court est une sorte de bagne, tenu par des sœurs et quelques prêtres. Des psychopathes, qui nous frappent bestialement les fesses et le reste avec des triques, parfois devant tout le monde, lors "d'assemblées spéciales". Le week-end, on essaie vaguement d'apprendre à lire et à compter. La semaine, c'est les travaux forcés, dans des fermes, ateliers ou ailleurs. 

Je trime quarante heures par semaine, puis soixante à partir de douze ans. Dans les dortoirs : ni eau courante, ni électricité, ni chauffage, et la toiture a des trous béants. Il caille tellement qu'un jour, mon voisin de lit meurt d'hypothermie pendant son sommeil. Enterré dans un champ. 

Besford, c'est l'esclavage, les coups, la faim, le froid, la peur. De cette cruauté sadique, je tiens ma détermination, mon goût pour la baston, mon tempérament volcanique et mon instinct de survie. À seize ans, j'en sors. 

La mer, la mine, les coffres-forts, la prison

Mon père, anciennement matelot, m'encourage à entrer dans la marine marchande. Je parcours les mers du globe. Le sport ne me dit rien, sauf la boxe à mains nues. Pendant les escales, pour gagner du blé, je fais des combats sauvages. Et je déconne. Vols de voiture, cambriolages, trafics. De tout : cigarettes, montres, animaux exotiques. Le taf me plaît, mais faut que je me pose.

De retour sur la terre ferme, je m'efforce de filer à peu près droit. J'ai la tchatche, alors je fais du porte-à-porte, le camelot sur les marchés. Des produits tombés du camion, ou du bateau. Contre un billet, des marins de passage me refourguent de tout. J'ai des ennuis avec les condés et la douane. 

 

 

Je me fais embaucher comme boutefeu à la mine de Monkwearmouth à Sunderland, sur laquelle est construit le Stadium of Light. J'y manie les explosifs pour extraire le charbon. Avant d'arrêter ce boulot de forçat, je pique un max de gélignite. Mes potes et moi, on sait que les bureaux brassent un max de cash, surtout vers le vendredi, jour de paye. Du coup, on se sert. 

Je me reconvertis dans l'ouverture de coffres-forts, à la dynamite si ça résiste. Mais rien ne me résiste, je deviens un orfèvre dans l'art du découpage, dans le top trois mondial. On touche jamais aux petits commerçants, hein, on ne fracture que les gros groupes, les vrais escrocs quoi. Une nuit, on calcule mal notre coup et on atterrit dans un enclos pour lions. J'ai jamais tracé aussi vite de ma vie. 

Je flambe, je verse des dons et fais des cadeaux de Noël aux pauvres. On m'appelle Robin des Bois. Suivent des séjours en taule. Sept ans en tout. Le trou, c'est le pied franchement, le grand luxe comparé à ma jeunesse. Dernière pige en 1976, à la prison de Durham. Là, un aumônier me convainc de faire du business, proprement. Je serai un homme d'affaires respectable.

Chèque en formica de 110 kilos

J'ouvre un café et un night-club. Ça marche, on s'éclate. Avec des potes bricoleurs, je me lance aussi dans l'achat-revente de maisons à rénover. On fait de grosses culbutes, les affaires sont juteuses. Mais je ne suis ni partageur ni petit joueur, je veux taper bien plus haut, en solo. 

Un jour de 1979, en causant libre entreprise et élection de Thatcher avec un magouilleur, une fulgurance me traverse le bulbe : et si je fabriquais des plans de travail de cuisine à partir de chutes d'agglomérés ? Je récupère des cargaisons d'invendables et me lance dans la production industrielle d'aggloméré-stratifié pour cuisines. Je crée Direct Worktops, à Shildon, près de Darlington. 

Mon approche est révolutionnaire. Pas de syndicat et représentants chez moi, on démarche au téléphone. Je propose des produits low cost et innovants, sur des tailles et styles inédits. J'ai pris le contrepied des poussiéreuses méthodes conventionnelles et un tas de minables jaloux me prédisent l'échec. Évidemment, je cartonne. 

Je prends quelques raccourcis et des libertés avec la compta, mais comment faire autrement ? Ils sont tous contre moi, les rapaces des services fiscaux et tous ces parasites de l'administration. Une fois, les tocards d'un service quelconque me collent une amende salée pour non-conformité. En guise de règlement, je leur expédie un chèque en formica de 110 kilos. 

J'ai du flair et le sens du business. J'utilise du matos allemand hyper performant. Ça me coûte bonbon en emprunts, mais ça rapporte. Direct Worktops sort 200.000 plaques par an et s'impose comme le plus gros producteur mondial du secteur. On contrôle la chaîne de fabrication de A à Z.

En serrant davantage les prix, j'atomise la concurrence. Ventilés, éparpillés, pulvérisés, mes rivaux. Même la zone industrielle porte mon nom. Les plus gros cuisinistes et chaînes de bricolage me picorent dans la main. On truste le marché britannique et on exporte partout. Les tabloïds me baptisent "The Chipboard King", le Roi de l'Aggloméré.  

Trump, Branson et Winfrey

Je suis blindé. Le Sunday Times me classe 112e dans leur Rich list, avec 230 millions de livres. Je leur téléphone parce qu'ils me carottent (j'en pèse au moins 275) et ils rectifient. Je donne aux écoles, aux hôpitaux du coin et je soigne mes employés. Primes, cadeaux, décapotables. Je rembourse même les crédits immobiliers des plus performants. 

Je me déplace en hélicoptère et jet privé. Mes amis sont des célébrités - Donald Trump, Richard Branson, Paul Weller de The Jam. On m'élit "Britain's Best Boss" et Oprah Winfrey, séduite par ma générosité, me déroule le tapis rouge. Une année, je passe 410 fois à la téloche.

 

 

Ma troisième femme et moi créchons à Witton Hall, une propriété de sept millions que j'ai fait construire en style néo-géorgien. Marbre et plaqué or partout. J'ai un yacht de cinquante mètres et une flotte de voitures de luxe, un manoir dans le Lake District, un appart à Marbella et un penthouse à Londres. Mes voisines sont deux Spice Girls. Mon épouse adore Harrods et y claque parfois un million en une seule journée. 

Je ne déclare que 2.500 livres de salaire mensuel, comme directeur général. Vu la taille de mon empire, les impôts m'ont dans le viseur. À force de faire des descentes chez moi et écouter les rumeurs provenant d'envieux et de ratés, ils finissent par trouver mon coffre-fort secret, caché dans une pièce dérobée. 

Cette histoire fait du bruit et à cause de ces médiocres, des gangsters tentent de nous séquestrer. Pour décompresser, j'emmène ma femme et sa mère à Londres. Là, trois cailleras m'agressent pour me tirer ma Rolex à quarante boules. Mais ces têtards ont affaire à du gros gibier, bibi, et repartent bredouilles. 

J'ai des projets dans le football local, ça serait bien pour la communauté et ma pomme. Je décide de vendre une partie de mon business à une boîte américaine, pour 41 millions. Le foot, j'y connais rien, mais si j'applique mes méthodes infaillibles, ça le fera. Obligé.

« D'ici cinq ans en Premier League ! »

J'adore qu'on parle de moi, en bien, alors j'achète localement : les Quakers du Darlington FC. Le Guardian titre : "Darlington fait désormais partie de la jet-set". Enfin, je rachète leurs dettes (5,2 millions). Des gueux de D4 qui évoluent devant 2.000 spectateurs dans un stade d'une vétusté repoussante, Feethams. Mais bon sang, Al Fayed a bien réussi à Fulham avec une épicerie de quartier. Ça peut pas être sorcier, bordel [2].

Le 14 août 1999, avant le premier match de la saison, je m'adresse au public : "Je vous promets une chose : d'ici cinq ans, on sera en Premier League ! Et demain, c'est pas Barnet ou Torquay qu'on accueillera, dans notre stade flambant neuf, mais Manchester United et Arsenal !" Les supporters scandent mon nom. J'ai des frissons comme jamais.

En lever de rideau, pour troller ceux qui me renvoient sans cesse à mon passé crapuleux, je me pointe sur le terrain déguisé en taulard, et je jongle avec un faux boulet. 

 

 

Ce qui me flingue, dans ce milieu, c'est les salaires. Les joueurs ne sont que de simples employés, mes employés, mais ils se prennent pour des divas, même en D4. Je bombarde de lettres les 71 autres propriétaires de clubs de Football League [D2 à D4] pour leur dire de ne pas se laisser faire. 

Les joueurs sont trop gourmands, même les chèvres. Les miens me coûtent 1,4 million de livres par an, pour végéter en D4 ! C'est du racket. Ils exigent aussi un tas de primes à la con. Une "prime d'apparition", juste pour enfiler le maillot, en plus d'être grassement payés ! Pis quoi encore, un bonus pour lacer leurs grolles correctement ? Une indemnité traumatisme pour buts encaissés ?

Est-ce que je verse une prime d'apparition à mes ouvriers à chaque fois qu'ils pointent au boulot dans mes usines ? Pour leur mettre la pression, je fais publier leurs salaires dans la presse locale. Ça agite le vestiaire, mais libres à eux de prendre la porte. 

Descentes nocturnes chez les journalistes

Autre truc écœurant : les médias orchestrent ma mise à mort. On m'accuse de tous les maux, d'avoir un ego démesuré, d'être parano, de jouer les persécutés. Bullshit en barres. La vérité c'est que tous les aigris de la région veulent ma perte ! Je suis un sanguin, alors ces branlousers, je m'en occupe personnellement, ils sont pas près de me faire un deuxième trou au fion ceux-là. 

Les reporters du torchon local par exemple, le Northern Echo, ils sortent un tas de saloperies sur moi et le club. Craig Stoddart, Chris Lloyd et Peter Barron, le rédac chef. Je leur rends visite en pleine nuit s'il le faut. Les types comme eux, ils allument planqués dans un bureau, mais si tu cognes à leur porte à deux heures du mat', ils font moins les caïds.

Ils cherchent à me descendre avec leurs unes incendiaires. OK, jouons à ce jeu des gros titres. Toutes les semaines, je fais ériger un panneau publicitaire géant devant le stade avec des "unes" sur ces imposteurs, en lettres énormes, comme ils font eux . Ma préférée : "SACK BARRON, BARRON IS A LIAR [avec dessin de Pinocchio], BARRON IS GAY." (Virez Barron, Barron est un menteur, Barron est gay).

Et l'autre reporter radio de mes deux, Paul "Goffy" Gough, une sacrée petite tarlouze. Lui, il a eu droit à "Goffy is gay". Un commentateur m'a décrit comme "l'homme le plus craint dans le football depuis que le Colonel Kadhafi a acquis des parts dans la Juventus". Et ils ont encore rien vu. J'adore quand ça castagne. 

Les supporters me gonflent aussi. Au début, ils étaient contents de me voir débarquer, mais ils veulent tout immédiatement et me pourrissent. On a repéré une bande d'ahuris là, on va pas les lâcher. J'ai identifié les meneurs, ceux qui beuglent non-stop et souillent mon nom. Ils veulent mon scalp, comme ils ont eu la peau de mon ami Michael Knighton à Carlisle United [3]. Et me branchez pas sur les entraîneurs ou les recruteurs...

Mais qu'est-ce que tous ces guignols y connaissent à la gestion d'un club de foot professionnel, hein ? Que dalle, c'est pour ça que le chapitre "What Managers, Footballers, the Media and Fans know about Running a Football Club as a Business", dans mon autobio, consiste en une bonne grosse page blanche [4].

Tata flingueuse

L'équipe piétine et les relations s'enveniment. En mars 2002, après une énième défaite, lors d'un "Fans' Forum" organisé avec joueurs et public, ma femme, attachée de presse au club, défouraille. Susan défonce d'abord ces pseudos-supporters schizos (un jour t'es culte, le lendemain t'es nul), puis humilie un traître de dirigeant. 

Elle habille aussi pour l'hiver ces charognes de journalistes et, bouquet final, elle accuse les joueurs de laisser filer les matches et de penser qu'au fric. Toute l'équipe et les dirigeants quittent la salle. Le PFA [syndicat des joueurs] porte plainte. 

Je soutiens ma femme à 500%. Sur le terrain, ce que je vois surtout c'est des jean-foutre qui touchent plus que les meilleurs chirurgiens. Si ces joueurs n'aiment pas ce que moi ou Susan disons sur eux, qu'ils aillent se faire foutre ("I have got top players here earning £120,000 a year, and top surgeons don't get that. But the fans are watching players who just aren't trying. If these players don't like what I or my wife has said, they can f*** off.").

Pas question de moisir en D4, alors je fais accélérer la construction du nouveau stade. Il fera 25.000 places. J'en ai discuté avec mon ami Uri Geller, co-président d'Exeter City, et il trouve l'idée géniale. C'est ambitieux vu qu'on fait 3.500 en moyenne, mais je suis persuadé qu'avec un super stade, le public viendra. On piquera sûrement aussi des milliers de supps à Middlesbrough. 

Gazza et Asprilla en sauveurs

Intersaison 2002. On vient de finir 15e de D4, les supps braillent, comme d'hab'. Mais j'ai ferré du gros : Paul Gascoigne et Tino Asprilla ! Enfin, presque. J'ai proposé 1.000 livres par semaine à Gazza mais il m'a répondu : "A thousand quid wouldn't keep me in pork pies and Mars bars" (mille livres par semaine couvriraient même pas mes frais de pâtés en croûte et de Mars).

Il sort d'une saison poussive à Everton, les blessures et son lifestyle l'ont cramé. Mais il ferait venir le public, donc je vais augmenter l'offre ou négocier un paiement au match joué, sobre si possible. 

La piste Asprilla se précise. On se lie d'amitié pendant l'été, je lui arrange le coup avec le Home Office [immigration]. On s'entend vachement bien. Il me promet de venir annoncer sa signature au public le 27 août, avant notre match contre Carlisle. Tino As-pri-lla, putain ! C'était une star à Newcastle, et Parme a casqué sept millions pour lui y a juste quatre ans. On se met d'accord sur 7.000 livres par semaine, avec intéressement à la billetterie. 

Et Tino tient parole, le 27, il est parmi nous, à Darlington ! Devant les 5.163 spectateurs présents, il déclare : "Je suis ravi de signer ici et j'ai hâte de porter le maillot de Darlington". Le courant passe super et il se sent déjà comme chez lui ici.

 

 

Je trouve étrange qu'il passe quasiment tout le match sur son portable, au lieu d'observer ses futurs coéquipiers, mais je jubile. Je repense à tous ces sceptico-mécréants qui ont douté de moi, j'entends encore les pisse-vinaigre nous enterrer vivants. Bande de baltringues. Tino passera demain une visite médicale de routine et le deal sera conclu. 

Le champ' est déjà au frais, le buzz est phénoménal. Je pense à mes parents disparus, à la montée en D3, à la Premier League. Le lendemain, pas de Tino. Juste un bref coup de fil de son agent. Ces enfoirés veulent le double du salaire convenu. Ça ferait 60.000 livres mensuels, impossible, j'ai trop emprunté pour le nouveau stade. 

Quelques heures plus tard, j'apprends qu'il s'est envolé pour le Golfe persique. Un âne de dirigeant me glisse : "Boss, je crois qu'ils nous l'ont fait à l'envers pour faire grimper les enchères." Je ressens comme une furieuse envie de l'emplâtrer. Je marmonne une insanité en le fusillant du regard, avant de m'éclipser. 

Robinets en or et comptes dans le rouge

16 août 2003. Le plus beau jour de ma vie. Darlington reçoit Kidderminster, devant 11.600 spectateurs, dans le tout nouveau Reynolds Arena. Un bijou qui m'a coûté 30 millions. Comme chez moi, à Witton Hall, c'est urinoirs hi-tech, robinets plaqués or dans les toilettes, sols en marbre et boiseries fines à l'étage. Avec escalators et ascenseurs pour les supporters ! 

Les affluences ne dépassent pas les 4.000, alors, pour réduire les coûts, on regroupe le public sur une tribune. Ça sonne creux et on se fout de notre gueule, mais putain qu'il est beau, mon stade. La municipalité de Darlington m'embrouille. Ils pinaillent sur des certificats de conformité, les accès au stade, ce genre de conneries. 

 

 

Je veux juste rentabiliser mon investissement, moi, avec des concerts, des vide-greniers géants, etc. Eux, leur mantra, c'est formulaires, normes, hygiène et sécurité. Putain de planqués. S'ils étaient dans la vraie vie, ils verraient. Marre de ces nuisibles tout droit sortis d'une secte Cerfa.

Je vais créer un syndicat des propriétaires, le CDA (Chairmen and Directors Association), on aura des bureaux à Manchester. Nous, proprios, on doit pas se laisser faire. Il faut traquer les diffamateurs, les conspirateurs, les crevards, jusqu'au dernier. 

On finit 14e en 2003. Les dettes s'accumulent, surtout celles du remboursement du stade. On est à cinq millions dans le rouge. La veille de Noël, le club est placé en redressement judiciaire et vendu à un consortium. Janvier 2004, je démissionne.

« Folie égocentrique »

À peine le grisbi viré par les repreneurs, je retire 500.000 livres en liquide à la banque du club. Mais la banquière alerte les flics et ils trouvent l'oseille dans le coffre de ma Mercedes. Octobre 2005, je passe devant le Crown Court de Newcastle, pour blanchiment d'argent et 650.000 livres de fraude fiscale. 

Depuis cinq ans, j'ai payé zéro impôt because, officiellement, je n'ai que ma maigre pension d'état pour survivre. Le juge flaire le gri-gri. Je sens venir le tacle à la carotide. Mon baveux plaide la "folie égocentrique". Il explique à la cour que le football, la cause de mon surendettement, c'était un élan passionnel désintéressé. Mais qu'est-ce qu'ils pigent aux choses du foot ces justiciers ?

Je tente de jouer sur la corde sensible : "Le lésé-baisé dans l'histoire c'est moi ! Je suis victime d'une chasse aux sorcières. Mon seul délit est d'avoir du succès, de bosser dur, d'être ambitieux, et ça c'est criminel dans ce pays. J'ai sorti 37 millions de ma poche pour Darlington FC, et j'ai tout perdu ! Je suis pas un voleur. Les gens de la City qui s'en mettent plein les fouilles 'légalement', c'est eux les voleurs."

Mais ils sont tous bouchés à l'émeri dans ce tribunal et je replonge pour trois pigettes. Je suis libéré en décembre 2006. On me met un bracelet électronique et m'astreint à un couvre-feu. Dont je me cogne. Peu après, re-gnouf, pour un mois. 

 

 

À ma sortie, Susan m'a quitté. Je suis fauché et interdit d'activité commerciale pour encore six ans. En 2012, je rebondis. Après vendeur ambulant, je fais dans la restauration à emporter. Je vise une vingtaine d'ouvertures et un chiffre d'affaires de 6 millions. 

Puis je reprends des magasins de vape et deviens fabricant-distributeur de cigarettes électroniques pour deux cents points de vente. J'ai même droit à la couverture de Vapour Magazine, en exclusivité. Mais la municipalité de Chester-le-Street est déterminée à me torpiller et je bifurque. 

Je me lance dans la location de chalets de vacances. Une nouvelle fois, des gratte-papier bornés et revanchards s'acharnent contre moi. J'affiche leurs tronches et coordonnées un peu partout, je vais les trouver et les menace. Retour à la case tribunal, à 84 ans, accusé de harcèlement. Le juge qualifie mon comportement "d'ignoble". Un mois plus tard, je tire ma révérence définitive. Dans mon appart, avec vue sur la prison de Durham.

 

[1] Sur Besford Court, voir ici. Un documentaire de 2004 d'ITV, intitulé Besford Boys, révéla l'extrême brutalité qui y régnait et les abus commis dans les années 1940-1950. G. Reynolds réussit à obtenir (malhonnêtement...) des archives sur Besford Court, et a inclus dans son autobiographie (page 165) la lettre officielle de sa propre vente, pour 100 livres, émanant du rectorat de Sunderland. Voici la photo du document (en bas à droite, le 'punishment wall').

[2] "If Al Fayed can do it, I can do it. All he's got is a corner shop." Le "corner shop" en question est Harrods, que Mohamed Al Fayed revendit pour 1,5 milliard en 2010. 

[3] Michael Knighton, un homme d'affaires visionnaire (il avait pressenti le boom du football business), tenta de racheter 50,6% des parts de Manchester United en 1989, pour 10 millions de livres (le chiffre d'affaires annuel du club, déficitaire, était alors de 7 millions). En août 1989, avant un match, il se présenta au public mancunien en jonglant du rond central au but. Problème : ce Kachkarien avant l'heure n'avait pas les fonds et ses associés le lâchèrent. Il resta trois ans au directoire de United avant de reprendre Carlisle United, alors dernier de D4, en promettant la Premier League. En 1997, entre deux interviews où il racontait avoir vu un OVNI, il vira l'entraîneur en début de saison - de D3 - pour prendre sa place. La suite fut désastreuse (descente en D4) et l'équipe, reprise par Nigel Pearson en catastrophe en décembre 1998, ne se sauva qu'à l'ultime seconde du dernier match de la saison 1998/99 grâce à une demi-volée du gardien, Jimmy Glass, un but entré dans la légende. 

[4] Idée calquée sur Len Shackleton, joueur mythique de Sunderland qui, dans son autobiographie de 1956, The Clown Prince of Soccer (son surnom), intitula un chapitre "The Average Director's Knowledge of Football" (le savoir footballistique du membre du directoire moyen) qu'il laissa blanc.

 

Réactions

  • OLpeth le 26/04/2022 à 11h17
    Il me semble qu'on en a pas des vrais profils de cinglés comme ça devenus présidents de club en France ? J'ai vraiment l'impression que c'est une spécificité british (mais je ne demande qu'à être démenti par plein d'autres excellents articles similaires sur les escrocs qui se sont intéressés au foot aux 4 coins du monde).

  • blafafoire le 26/04/2022 à 11h19
    Un article qui vaut d'être lu ne serai-ce que pour cette phrase :
    "Un jour de 1979, en causant libre entreprise et élection de Thatcher avec un magouilleur, une fulgurance me traverse le bulbe : et si je fabriquais des plans de travail de cuisine à partir de chutes d'agglomérés ? "

    Merci.

  • theviking le 26/04/2022 à 13h59
    Ce bon vieux Nanard peut aller se rhabiller ! Merci pour le portrait de ce personnage qu'on qualifiera de "haut en couleurs"

  • Mangeur Vasqué le 26/04/2022 à 21h47
    Merci.

    Je précise d’abord, aussi improbable que cela puisse paraître, que je n’ai rien inventé ou romantisé dans cet article : tous les faits et propos sont authentiques, autant que l'on puisse l'attester ou l'authentifier en tout cas.

    Ils sont tirés soit de son autobio (‘Cracked it!’), d’interviews ou d’articles (je mets pas mal de liens dans l'article). Puisés aussi dans ma connaissance du personnage, vu qu'il était très connu ici, dans le 'triangle d'Or' du North East (Sunderland-Newcastle-Durham), c’était une ‘sleb’ (célébrité) dans le milieu football. J’ai des contacts dans la région qui le connaissait assez bien. Après, évidemment, avec ce type de personnage, y’a forcément une part d’ombre, y'a du clair-obscur.

    Ses interviews avec les médias locaux et le Times, en particulier, étaient légendaires et souvent grâtinées. Par exemple, sous la première photo, celle où il sort le ‘wonga' (la maille) devant le tribunal, j’écris : “Ce qu'il nous faut, c'est une bonne guerre, ça redresserait toutes ces putains de feignasses dans ce lien.

    C’est effectivement en substance ce qu’il déclarait en 2016 au Times dans l’article que je mets en hyperlien lien (bon, il n'a pas super bien vieilli hein, le reste de ses propos dans l'ITW fait aussi un peu froid dans le dos. J'ai préféré les omettre).

    Hormis le Daily Mail et le Guardian tout est en ‘paywall’ aujourd’hui au Royaume-Uni (y’a quelques articles du Mirror et de l’Independent parfois librement accessibles mais c’est rare). A la fin de l’article-interview, il dit ceci : “He [Reynolds] has trenchant opinions — “What this country could do with is another war; straighten the f***ing lot out. Everybody makes for Britain because we cater for the bums and stiffs who don’t work”

    Le 13 avril 2021, quand j’ai appris sa mort ici, j’ai immédiatement regretté de ne plus écrire d’article sur le foot anglais car faire sa nécro me démangeait. Quand j’ai repris mes activités à l’automne, je me suis dit que pour le premier anniv’ de sa mort, j’en ferai une sur ce personnage à la fois fascinant et ignoble (voir les deux liens sous l'intertitre 'Descentes nocturnes chez les journalistes', en particulier le témoignage de Peter Barron, je le remets lien. Et là, j’ai ressorti son autobio, ‘Cracked it!’ (jeu de mots, vous saisissez ?). En 2010, j’avais brossé son portrait en deuxième partie de ce long poste, celui du 26/03/2010 à 02h39 lien (il dit notamment : "De toute manière, je comprends nos faibles affluence, on est une équipe de merde (we are a pile of shite)". Je voulais inclure ce commentaire mais n'ayant pas pu retrouver la source, je l'ai omis. C'était lui tout craché ce genre de saillie, il adorait les balancer aux médias.

    Vincent Duluc a inclus George Reynolds dans sa série ‘Les proprios dingos du foot anglais’ lien, que je n’ai pas lue n’étant pas abonné à l’Équipe.

  • Mangeur Vasqué le 26/04/2022 à 22h24
    On dirait ‘larger-than-life’ en anglais… lien (‘colourful’ également). Y’avait du Nanard, du Loulou et du Claude Bez chez lui, et un poil de Boudard aussi (la taule, et y'a pas mal d’argot local dans son autobio).

  • Mangeur Vasqué le 26/04/2022 à 22h56
    C'est effectivement plutôt une spécialité british il me semble. Le foot a toujours beaucoup plus attiré les capitaines d’industrie et les ‘spivs’* au Royaume-Uni.

    Des spécimens comme Reynolds, doit pas y’en avoir beaucoup cela dit en Europe. Quelques noms viennent cependant à l’esprit, Gigi Becali en Roumanie ou l’horrible Zdravko Mamic en Croatie lien. En Espagne, y'a eu Jesús Gil aussi (à l’Atléti) mais je connais mal son oeuvre.

    Mais depuis le début des années 2000 en Angleterre et la création du ‘fit and proper person test’ en 2004 lien), y’en a beaucoup moins. ‘Sadly’ j’allais dire... Jusqu’alors y’avait pas mal d’escrocs et personnages ‘fantasques’.

    Citons Ken Richardson à Doncaster dans les années 1990 (envoyé au zonzon pour 4 ans pour avoir fait incendier le stade du club juste pour toucher l’assurance… La police retrouva sur place le portable de l’un des criminels pieds nickelés, un ancien militaire de la SAS. Richardson avait aussi auparavant tenté de vendre le stade du club, propriété de la ville, illégalement donc).

    Darren Brown à Chesterfield à la fin des Nineties, ou feu l’incroyable John Batchelor à York City et ailleurs. J’avais brossé un bref portrait de lui dans TK lien, vignette # 15 (Brown et Batchelor sont directement à l’origine de la création du ‘fit and proper person test’).

    Y’en a d’autres, on pense notamment à l’incroyable Sam Hammam lien à Wimbledon puis Cardiff, j’avais aussi évoqué son cas dans Teenage Kicks, notamment ici dans un dossier sur le Crazy Gang de Wimbledon lien et ici sur Cardiff City lien (Hammam se faisait protéger par le capo des hools locaux, à Cardiff City, y’avait quelques ‘firms’ particulièrement violentes, dont la notoire Soul Crew. Notez sa décla sur les hools dans le passage sur Cardiff : “[…] Nombre de hooligans sont des gens charmants, sincères qui ont un bon fond et adorent leur club. Beaucoup de gens en G-B grandissent avec la haine de la police, de la justice et des institutions. […] En réalité, il suffit de leur tendre la main, leur parler et là, vous découvrez combien ils savent être positifs et disciplinés.”)


    [*Spiv = industriel/entrepreneur véreux. Ne vous fiez surtout pas à la trad’ totalement erronée qu’on trouve dans certains dictionnaires bilingues, tel mon Robert & Collins édition 2006 : ‘chevalier d’industrie’, ou ‘capitaine d’industrie’. Un spiv fait certes du business, souvent louche, mais c’est avant tout un escroc, et ce depuis des décennies lien. Ça s’employait en particulier beaucoup pendant WWII pour ceux qui faisaient du marché noir à grosse échelle, et ça s'emploie toujours bcp. Mais bon, les lexicographes sont parfois totalement à l’ouest. On parle parfois de ‘spivocracy’ au Royaume-Uni, souvent en parlant des Conservateurs d'ailleurs... lien (faut dire qu’ils sont bien plus souvent aux manettes que les Travaillistes).

  • balashov22 le 27/04/2022 à 09h44
    Merci pour ce poignant roman fantaisiste ! Comment, tout est vrai ? Eh ben dis donc, y'a du champion en Angleterre...

  • Hydresec le 27/04/2022 à 11h57
    Superbe récit ! Un délice.

  • Mangeur Vasqué le 27/04/2022 à 22h23
    Merci à vous deux.

    Yep balashov, tous les faits et commentaires sont rigoureusement exacts, aussi WTFesques soient-ils !

    Après, ce n’est pas forcément toujours exactement les mots que Reynolds emploie mais c'est souvent le cas. Quand ça ne l'est pas, il s'agit d'une restitution, qui en épouse l’esprit. Par exemple, “se poignarder le cul avec des saucisses” ou “ils sont pas près de me faire un deuxième trou au fion”, ce n’est pas de lui bien sûr (c’est évidemment un clin d’œil à Loulou). Mais c’était son langage, sa façon de s’exprimer (cash, drôle, outrancière, vulgaire, provocante), pour le meilleur comme pour le pire. Reynolds ne parle pas non plus de “secte Cerfa”...

    Y’a juste deux endroits où le texte relève de l’interprétation (légère) de ma part (extrapolation de ses sentiments) :

    1) Dans son autobio, ainsi que dans plusieurs interviews, il parle des salaires ‘choquants’ de ses footballeurs. Le type n’a jamais rien pigé au foot et ça le rend vénère de voir que des ‘employés’ touchent autant et qu’ils osent réclamer des primes (surtout des joueurs de D4, qu’il n’est pas loin de considérer cô des bourrins – alors que bon, quand Reynolds a repris le club y’avait par exemple des joueurs comme Craig Liddle dans l’effectif lien, ex Premier League). La ‘prime d’apparition’ en particulier l’ulcère et il fait un parallèle avec ses ouvriers, qui évidemment n’exigent pas de prime quand ils pointent chaque matin dans ses usines. C’est ce passage dans le texte :

    “Les joueurs sont trop gourmands, même les chèvres. Les miens me coûtent 1,4 million de livres par an, pour végéter en D4 ! C'est du racket. Ils exigent aussi un tas de primes à la con. Une "prime d'apparition", juste pour enfiler le maillot, en plus d'être grassement payés ! Pis quoi encore, un bonus pour lacer leurs grolles correctement ? Une indemnité traumatisme pour buts encaissés ? Est-ce que je verse une prime d'apparition à mes ouvriers à chaque fois qu'ils pointent au boulot dans mes usines ? Pour leur mettre la pression, je fais publier leurs salaires dans la presse locale. Ça agite le vestiaire, mais libres à eux de prendre la porte”

    Il dit/écrit bien tout ça, sauf (licence artistique de ma part) : “Pis quoi encore, un bonus pour lacer leurs grolles correctement ? Une indemnité traumatisme pour buts encaissés ?”. Mais vu le personnage, il l’a sans doute pensé ou un truc bien pire :-)

  • Mangeur Vasqué le 27/04/2022 à 22h46
    2) Plus bas, sur le faux bond d’Asprilla :

    “Quelques heures plus tard, j'apprends qu'il s'est envolé pour le Golfe persique. Un âne de dirigeant me glisse : "Boss, je crois qu'ils nous l'ont fait à l'envers pour faire grimper les enchères." Je ressens comme une furieuse envie de l'emplâtrer. Je marmonne une insanité en le fusillant du regard, avant de m'éclipser”

    Un dirigeant (courageux) lui a bien soufflé un truc dans ce style, mais le reste (“Je ressens…”) est mon interprétation par rapport à mon souvenir de l’incident et la manière dont il a ensuite raconté l’incident, quoiqu’il ne se soit pas trop étendu là-dessus car se faire avoir n’est jamais plaisant et il avait beaucoup d’orgueil (il avait un ego XXL et une foi inébranlable sur ses capacités à y arriver, compréhensible vous me direz vu d’où il est parti). Surtout qu’il pensait vraiment que réussir dans le football lui serait facile (il n’y connaissait pas grand chose), y'a tout un passage là-dessus dans son autobio (écrite en 2003, donc 4 ans après la reprise du club mais avant l'échec spectaculaire et brutal. On peut pas dire qu'il y fasse beaucoup de 'soul-searching', d'introspection. Aucune remise en question non plus).

    Acheter le club local était avant tout un ‘ego trip’ pour lui. Il était aussi fort mal entouré, ou en tout cas il n’a jamais voulu écouter personne, sauf sa femme (la troisième, Susan, qui l’a quitté quand les choses sont parties en sucette, milieu années 2000 – redressement fiscal, grosse amende, prison, faillite, surendettement, interdiction d'exercer. “It got too much in the end” est son seul commentaire connu sur les raisons de la rupture). C’était quelqu’un de violent, qui avait la menace facile. Il était très ‘thin-skinned’ comme on dit (hyper susceptible), et c’est le genre de commentaire qu’il aurait très bien pu faire et a peut-être même fait.